Sarkozy et Royal, managers of the year

Publié le 07 mai 2007 Sylvia Di Pasquale

Les sondages l'avaient annoncé, il l'a fait. Et pas dans la dentelle. Un score net, pas la peine de recompter. Joie à la Concorde et tristesse à la Bastille. Déçus ou comblés, ce matin, tout le monde retourne au bureau en enlevant ses autocollants « Ensemble tout est possible » (UMP), ou « La France présidente » (PS). Pour ceux qui conservent amoureusement le T-Shirt « Sexy centriste » depuis le premier tour, il convient de leur signaler qu'il faut le laver avec les précautions d'usage, eu égard au fait que l'orange déteint drôlement et peut virer au rose ou au bleu.

Bref, c'est lundi et chacun regagne ses pénates laborieuses en gardant en tête le grand destin avorté de sa championne ou celui, parfaitement abouti, de son champion. Evidemment, un bulletin de vote glissé dans une urne est une adhésion politique, pas une identification complète. Quand même, on imagine. Et on rapproche ces deux parcours des nôtres. Le pays devient l'entreprise et leur vie nationale, la nôtre, en plus locale. Car après tout, ce qu'ils ont réussi, pourquoi ne pas s'en inspirer ?

Un homme d'entreprise l'a fait pour l'un d'entre eux dans un ouvrage sobrement baptisé La méthode Sarkozy. Gérard Lelarge, responsable RH d'une banque dans la vraie vie, ose un parallèle entre le parcours du nouveau président de la République et l'attitude d'un manager menant sa carrière. Toutes les petites phrases qui ont fait les grands clichés accolés au nouvel hôte de l'Elysée y passent. « Ne doutez jamais de vous », « Croyez en vous », « Soyez ambitieux ». Plus finaud, l'ouvrage se penche aussi sur la manière de naviguer de Nicolas Sarkozy, de ses voltes faces politiques, à sa façon de toujours s'assurer des alliés, quels que soient les camps et les circonstances.

On peut dans un autre genre, se pencher sur la perdante de cette finale, puisqu'elle est, malgré tout, devenue en quelques mois la première femme politique du pays. Lorsqu'on sait la difficulté d'évolution des femmes dans les entreprises, piocher dans la méthode Royal s'avère malgré tout une bonne source d'inspiration. De son putsch sur le parti, par exemple, de sa manière d'écarter les éléphants avec l'aide d'une garde rapprochée, certes restreinte, mais ultra fidèle. Et de sa manière d'utiliser sa féminité, parfois en se réfugiant derrière elle, parfois en profitant de l'avantage quelle lui confère pour porter l'estocade.

Ces manières de faire peuvent être transposées au monde de l'entreprise. Mais allons plus loin encore et imaginons la synthèse parfaite, la fin des clivages de l'ambition : la méthode Ségolène Sarkozy ou Nicolas Royal. Un homme ou une femme peuvent l'utiliser à leur guise. Elle consiste à afficher l'ambition maximum. A décider de son courant en fonction des circonstances, quitte à en changer de temps en temps. A trahir ses amis en douceur. A s'afficher avec ses anciens ennemis dès qu'ils se rallient.

Des méthodes qui, à très court terme, transformeraient n'importe quelle boîte en un champ de bataille dévasté auprès duquel celui de Verdun ressemblerait à un paysage bucolique. Et dire que d'aucuns voudraient que le pays soit dirigé comme une entreprise. Ou vice-versa.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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