Savoir partir

savoir-partir

Sylvia Di Pasquale

14/09/2015

Le départ de Claire Chazal des JT de fin de semaine sur TF1 va peut-être au-delà des simples vicissitudes du microcosme médiatique. Il suffit pour s’en convaincre d’éteindre les projecteurs, d’enlever le vernis et d’oublier les couvertures de Paris Match. Que reste-t-il ? Une femme cadre de 59 ans, évincée au bout de 24 ans de bons et loyaux services, d’une manière plutôt expéditive. Une histoire de tous les jours, une épée de Damoclès pointée sur nombre de seniors dans nombre d’entreprises, femme comme homme, au nom du besoin de sang neuf, de rajeunissement, de changement d’image ou d’économies salariales.

Évidemment, ses émoluments passés, actuels et à venir, qu'elle choisisse ou pas de quitter TF1, lui permettront sans trop de soucis de voir arriver son tiers provisionnel de cette année et de toutes les suivantes. Bien sûr son image lisse et aseptisée peut susciter des moqueries.

Néanmoins, l’émoi causé par son éviction mérite d’être grattouillé.

Car au-delà d’une people surmédiatisée, c’est peut-être un peu d’eux-mêmes que ses défenseurs ont vu pour la dernière fois à l’écran hier soir. Surtout si ce sont des seniors, cadres, jugés has-been par une direction qui estime qu’ils/elles coûtent trop cher, qu’un/qu’une plus jeune ferait parfaitement l’affaire. Des hommes et des femmes qui projettent dans Claire Chazal leur angoisse de l’éviction.

Et puis, il y a les autres, ceux qui considèrent qu’elle a fait son temps. Un reproche que notre société brandit souvent aux responsables qui s’attardent sur leur zone de confort. Savoir partir à temps, surtout quand on occupe des postes exposés, est une discipline trop peu pratiquée. Pas forcément pour laisser la place aux jeunes, mais pour soi-même, passer à autre chose, continuer à apprendre et à se renouveler. « La vie commence où s’arrête notre zone de confort », résume un mantra. Rester trop longtemps, c’est vivre le risque de se prendre un gros coup à la dignité le jour où le vent tourne. La dame du 20 heures le savait, elle qui déclarait il y a peu « Je redoute le moment où cette façon d’exercer mon métier va s’arrêter ».

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi

Illustration de Charles Monnier

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commentaires

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plop

24/09/2015

à 12:14

Je suis d'accord sur le fond, mais dans les faits c'est malheureusement exactement l'inverse.

TOUT est fait pour ceux qui ne prennent pas de risques :
- Le système de retraites est calculé pour des carrières linéaires
- L'épargne qui devrait permet de passer les moment difficile est découragée par la fiscalité et les choix des banques centrales
- Au dela de 50 ans il est très difficile de retrouver un vrai emploi, il n'y a plus que les emplois à la petite semaine genre emploi déguisé en freelance (qui n'est pas du vrai freelancing) interim etc.
- Les sytèmes de préretraites qui permettent à pas mal d'employés de partir avant 60 ans
- Le RSI qui fait payer cher le fait de ne pas être salarié

Plus que jamais, en 2015 il vaut mieux être employé d'un grand groupe (si possible politisé) ou d'une administration, pour sécuriser les 20 dernières années de sa carrière.

Ce sont les seuls à garantir une augmentation régulière basée sur l'ancienneté. Travailler en PME ou avec un statut autre que le CDI, c'est avoir son salaire capé par les services achat des clients qui tirent les prix vers le bas.

Enfin, et c'est le pire : si votre poste est menacé à un endroit, il y a fort à pense qu'il est menacé partout, c'est un cercle vicieux.

Ce qui se passe pour Claire Chazal est probablement aussi politique, mais je ne fais pas de soucis pour elle.

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VM

16/09/2015

à 16:35

La question à se poser est il me semble : est-ce qu’elle était compétente ou pas pour ce poste ?
Je n’ai pas vu ou entendu qu’elle n’était plus compétente pour ce poste !
La débarquer de cette façon ça ne se fait pas !
Avoir de la notoriété ne doit pas être une protection en soi, mais la virée par ce qu’elle à 24 ans d’ancienneté, non ! Ce n’est pas une raison valable.
Vincent

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tagore

15/09/2015

à 22:24

Et si tout simplement TFI venait de passer au XXI ème siècle en réalisant que le sacro saint JT avec son présentateur vedette (PPDA et maintenant Chazal) était totalement obsolète pour pas dire ringard.
N'espérant plus les audiences d'antan et ne sachant pas se renouveler, il préfère la jouer petit braquet et faire de menues économies en attendant...
La fin d'une époque où le bétonneur du paf flambait et les pub et l'oseille tombaient !

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Marcel

15/09/2015

à 14:38

Mise à l'écart des séniors, brutalité du management : c'est un bien piteux exemple que nous donne TF1.

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yoyolesocio

15/09/2015

à 13:50

Il ne faut pas généraliser un poste de travail exceptionnel soumis à une popularité extraordinaire et des enjeux financiers énormes avec des postes de cadre , certes à responsabilité, mais beucoup moins MARKETING.

Encore une fois : l'EXCEPTION NE FAIT PAS LA REGLE.

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Mike

15/09/2015

à 13:00

Il est vrai qu'elle ne pensait pas partir si sa direction ne l'avait pas poussé dans ses retranchements. Mais renouveler fait partie du management. Elle était un peu trop bien installée, à vrai dire. Contrairement à ce qu'elle a dit
, nous n'avons pas tissé une relation d'ami de 30 ans... Nous sommes des téléspectateurs et en tant que tel il faut nous amuser, nous détendre, nous informer et pas durer pour durer. A la météo il y a du renouvellement à faire aussi , du sang neuf et jeune.
Les jeunes journalistes doivent eux aussi avoir leur chance. Peut-être, qu'ils n'auront pas la chance de rencontrer Martin Bouygues aussi facilement que Claire Chazal.
Maintenant il faut savoir partir et non pas partager sa déception devant toute la France pour espérer avoir du soutien lorsqu'on touche 20-30 keuros par mois. C'est un peut limite.
Ca va aller pour Claire, elle dispose de contacts je ne m'inquiète pas. Elle a fait son temps voilà tout, pas d'émotions à avoir, nous ne sommes pas dans le sensationnel.Tous les jours des cadres se font licencier dans les entreprises et ils ne passent pas à la télé pour s'exprimer car c'est la vie.
Les choses évoluent et il faut accepter de vieillir Claire...

Bonne retraite

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