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Se vendre aux enchères à un employeur, ça tente quelqu’un ?

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Sylvia Di Pasquale

30/01/2017

On pensait que toutes les turpitudes en matière de recrutement avaient été expérimentées. On se trompait naïvement. Car son dernier avatar touche le fond des abysses. Cette fois, il a la forme d’une plate-forme de recrutement plutôt destinée aux cadres, un truc qu’on maîtrise un peu par ici. On est toujours curieux d’accueillir un petit nouveau dans la famille des sites emploi, mais pas trop celui-ci. Parce qu’il propose tout bonnement aux candidats de se vendre aux enchères à un employeur.

L’offre d’emploi paraît et c’est le candidat qui propose ce qu’il estime être le juste salaire pour ce poste. Ils sont plusieurs à répondre ? Que le meilleur gagne car les enchères s’inversent. Évidemment, les fondateurs du site se défendent de faire du dumping social, assurant sans rire que « ce n'est pas forcément celui qui propose le salaire le plus bas qui gagne. » Si leur affirmation est exacte, on peut se demander pourquoi mettre en place un tel système d’enchères. Au nom de la transparence des salaires du marché ? Rappelons que des études précises sur le sujet, réalisées par de gros cabinets (Hays, Robert Walters, Robert Half, etc) paraissent chaque année depuis des lustres et sont en libre accès pour les recruteurs comme les candidats. D’ailleurs les tendances 2017 viennent de paraître.

Bienvenue dans un monde où les boss de ce site affirment que « nous sommes tous des produits, nous avons un prix et il est donc possible d'articuler recherche d'emploi et enchères. » C’est vrai, après tout, quelle différence entre un sèche-linge et un chef de produit. Sans doute le fait qu’un sèche-linge ne peut pas décider de son prix, ce bêta ? Tandis qu’un humain peut se solder pour se rendre plus employable. On peut d’ailleurs s’étonner qu’un tel site se lance à une époque où il n’y a quasiment pas de chômage chez les cadres sauf dans les catégories les plus fragiles que sont les jeunes et les seniors. Qui sont prêts à baisser leurs prétentions salariales avec le sourire pour décrocher un emploi, comme chacun sait.

Encore une illustration du principe de Gabor. Ce Hongrois, prix Nobel de physique décédé en 1987, affirmait, en gros, que tout ce qui est techniquement faisable et possible, sera fait un jour, tôt ou tard. Il le déplorait, constatant qu’il n’y avait pas de pilote éthique dans l’avion. On aimerait que les acteurs de l’emploi en particulier et du Web en général aient tous leur brevet de pilotage.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi.fr

9

commentaires

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Jean-Marc

01/02/2017

à 12:05

Si j'avais à diviser mon salaire par deux pour retrouver un emploi, je le ferai! Mais je diviserai aussi mon temps de présence par deux (et oui dans le forfait jours il n'y a pas de minimum dès qu'on est présent au moins 1 heure), la quantité de proposition d'amélioration par deux, la motivation de mes équipes par deux!!!!!!
Au delà de la période d'essaie il restera à mon employeur le licenciement donc un tour au prud'homme. Comment jugera le tribunal dans un cas similaire? Pas sur que ce soit au bénéfice de l'employeur qui en aura eu pour son argent.

Le salaire est la contrepartie d'un travail, et si le travail devenait la contrepartie d'un salaire.......

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toto

01/02/2017

à 11:13

c'est déjà fait par Amazon via le site "Mechanical Turk - MTurk" dans lequel les candidats déchantent vite : la « récompense » pour une « tâche d’intelligence humaine » est souvent exprimée en centimes de dollar.
voici le fond du fond de l'expression pure de la loi du marché.
ce qui est à présent possible ne sera pas forcément réalisé comme tuer son prochain. Cela dépend simplement de nous tous pour que ce soit enterré pour de bons.

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CroMagnon

01/02/2017

à 11:08

Ce système est ultra-valable pour le télétravail

on ne met pas les pieds dans l'entreprise , on ne côtoie pas ses collègues ; le job est réduit à sa stricte valeur marchande sans aucun aspect social .

Les sentiments à la machine...

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CroMagnon

01/02/2017

à 11:08

Ce système est ultra-valable pour le télétravail

on ne met pas les pieds dans l'entreprise , on ne côtoie pas ses collègues ; le job est réduit à sa stricte valeur marchande sans aucun aspect social .

Les sentiments à la machine...

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serge

31/01/2017

à 17:41

Ben ma foi, c'est la suite logique de ce qui se fait déjà de plus en plus dans les entretiens de recrutement. En effet, de moins en moins de salaire pré-annoncé ou des fourchettes fantaisistes, des demandes plus précises de ce que vous souhaitez mais avec la justification de vos trois derniers bulletins de salaire, un salaire de "repli" au cas où il y aurait de la concurrence (sic!). Et de plus en plus souvent, une discussion DRH, en général le dernier entretien, qui revient sur vos propositions à l'aune de votre parcours tendance "je le démonte" ou des entreprises précédentes "pas des leaders". Voire un mail ultérieur qui tente de vous engager dans des sacrifices. Et je ne suis pas le seul...

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LetsGetSerious

31/01/2017

à 14:34

On touche le fond... Enfin j'espère, car j'ai souvent l'impression que certains passent leurs journées à imaginer comment exploiter l'humanité de la manière la plus abjecte possible.
Ces pratiques de sous-enchères, on les avait vu apparaître pour les appels d'offres au début des années 2000 - les sociétés qui souhaitaient décrocher le contrat proposé devant proposer le plus bas prix. Evidemment, comme chacun aurait du le savoir, toute offre s'appuie sur l'équilibre du trépied 'qualité-délai-prix' : si on baisse d'un côté, on baisse de l'autre. Après quelques expériences malheureuses, les entreprises qui avaient tenté le moins offrant avaient fini par se calmer ...
Je me demande bien ce que pensent obtenir ceux qui postent des offres d'emploi sur ce site (dont le nom n'a pas été cité, merci Cadremploi). Un salarié qui va foutre le camp à la première occasion, c'est certain, mais encore ... comment remercier la boite qui a bien fait ramper un chômeur en bout de course, qui a exploité l'angoisse de quelqu'un qui perdait l'espoir ? Le plus drôle, c'est qu'il seraient sans doute surpris qu'on les déteste et qu'on mette le souk dans la société avant de partir.

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ARLA Michèle, Lasegue

31/01/2017

à 12:50

Horrible ! No coment ! Participer à ce genre d'enchères est se sous estimer ! Se considérer tout simplement comme un vulgaire produit !!

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En réponse à ARLA Michèle, Lasegue

Julie

01/02/2017

à 10:30

ce site fonctionne comme tout commerce, selon le principe de l'offre et de la demande. S'il n'y avait pas de candidats (acheteurs), les produits (postes à pourvoir) ne se vendraient pas. Et donc, le magasin (site) ferait faillite. Ne négligeons pas le fait que pour celui qui a besoin de travailler et qui est en recherche depuis longtemps, c'est peut-être la dernière solution. Ce qui fait les beaux jours, de ce type de pratique.

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Catherine - Cadre Supérieur

31/01/2017

à 12:09

Un seul mot : Déshumanisation ! Comment se reconnaitre dans les valeurs d'une entreprise si on est prêt à s'humilier professionnellement pour s'y intégrer ? Comment s'investir dans une société prête à embaucher de nouveau collaborateurs en ne se basant que sur le critère de leur estimation financière. Même si les RH s'en défendent, qui croient-ils tromper ? Le plus compétent avec le moins bon salaire ! Exploitation oui !
Quid de la valorisation et de la reconnaissance du travail et des compétences ? Quid de la valeur intrinsèque du potentiel, de la conscience professionnelle, des capacités, des compétences justement, du savoir-faire, de l'expérience, et surtout du savoir-être : celui qui fait toute la différence face à un même profil ?

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