Êtes-vous plutôt perfectionniste ou work-in-progressiste ?

Sylvia Di Pasquale

Êtes-vous plutôt perfectionniste ou work-in-progressiste ?

Dans quelques jours, la fine fleur de la tech mondiale se réunira à Paname. Du côté de la Porte de Versailles, du 15 au 17 juin, quelques 500 start-up viendront dévoiler – et vendre – leurs IA, leurs datas, leurs learnability quotients, et autres nouveautés à l’occasion de ce Vivatech 2017. Cerise sur le soft, quelques chairmen éclairés, comme Bernard Arnault et les boss d’Alibaba et de Lenovo, viendront y expliquer que demain c’est tout de suite.

Que de l’optimiste, du beau, du bon et de l’infiniment perfectionné dans les halls du parc des expos. Et surtout du concernant pour les cadres puisque les futurs outils RH s’offrent une part du gâteau des innovations  présentées. Sauf que ce monde ultra parfait ne l’est pas tant. Une imperfection qui serait même parfaitement assumée. Et c’est le patron de Vivatech lui-même qui nous en dira tant. Christophe Victor est aussi directeur général des Échos, mais c’est dans L’Usine Nouvelle qu’il insiste en expliquant que « les start-up n’hésitent pas à mettre sur le marché des produits ou des services qui ne sont pas finalisés. »

Tiens donc, les boîtes paieraient alors pour des services qui ne sont pas au point. Le fondateur du salon en convient et ajoute même que « pour une entreprise de l’ancienne économie, mettre sur le marché un produit imparfait est difficilement concevable », ce que l’on s’accorde à reconnaître. Mais dans la nouvelle éco, cette façon d’agir serait non seulement un usage en vigueur, mais un truc indispensable. « Une conception de l’innovation permanente très importante », selon Christophe Victor.

Si l’on rassemble les quelques neurones de bon sens qu’il nous reste, on pourrait résumer ainsi la situation : au temps des anciens, on passait bêtement commande d’un produit ou d’un service à un fournisseur. Si ladite commande une fois livrée ne fonctionnait pas parfaitement, on la renvoyait stupidement à son envoyeur. Charge pour lui d’en corriger les défauts. Mais ça, c’était avant. Car aujourd’hui, on passe toujours commande, on paie toujours, mais on sait à l’avance que le produit ou le service ne sera pas au point. Et c’est nous, avec l’aide de la start-up ou de la SSII qui allons l’améliorer, en remontant les failles.

En fait, le fournisseur livre un prototype qui a subi le minimum de test qualité. Ce qui lui permet tout de même de gagner du temps et de l’argent, puisque ce boulot est délégué au client. Évidemment, sécurité oblige, quelques secteurs comme les fabricants d’avions ou de centrales nucléaires échappent à cette tendance.

Reste que cette nouvelle manière de produire, d’organiser et de travailler est en train de doucement s’immiscer dans la vie de toutes les entreprises. Et commence à cliver ceux qui ont toujours en tête de fiabiliser un projet avant de le livrer et ceux qui le lâchent dans la nature, en interne ou à l’externe, alors qu’il n’est qu’à moitié achevé. Ce clivage et cette nouvelle façon de coopérer est un chantier que les DRH devront ouvrir si ce n’est déjà fait. Comment concilier les perfectionnistes avec les work-in-progressistes ? Faut-il recruter des candidats parmi les premiers ou les seconds ? Ou les mélanger mais en quelle proportion ? Autant de questions auxquelles les outils à découvrir à Vivatech ne répondent peut-être pas. Ou alors au travers d’intelligences artificielles en cours d’amélioration.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

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Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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