Tous des Forgeard

Publié le 23 avril 2007 Sylvia Di Pasquale

A notre tour de suggérer une idée à nos douze candidats à la présidence de la République. Une bonne grosse mesure, un pacte pour l'emploi que nous les engageons à signer. Sinon, attention : on n'exclut pas l'idée de se présenter aux présidentielles de 2012. Il leur suffit de s'engager à mettre à plat le bon vieux contrat de travail à la française. Rien à voir avec les propositions des nihilistes sans foi, des destructeurs du modèle social. Le nôtre consiste en un contrat de travail unique pour les cadres qui aura le mérite de leur redonner foi en l'entreprise. Au feu les CDI, CDD, stages, contrats seniors, CNE et contrats aidés divers et variés. A la place nous préconisons le « contrat immunité ». Lorsqu'il sera mis en place, aux alentours du mois de septembre prochain sans nul doute, toute embauche comportera plusieurs clauses obligatoires.

D'abord, un bon gros salaire annuel. Une mesure indispensable pour s'aligner sur les marchés internationaux, puisqu'on le sait, les entreprises jouent désormais sur la place centrale du village global et qu'il ne faudrait pas que nos cadres français présentent des salaires ridicules les jours de marché.
Il va sans dire que chaque embauche inclura l'octroi d'une bonne grosse louche de stock-options, offertes ou cédées à prix d'ami. Rien de tel pour motiver un salarié et lui donner envie de mener sa boîte sur les autoroutes de la croissance. Evidemment, le détenteur de ces titres pourra les revendre en toute liberté et à n'importe quel moment. Surtout un peu avant que les affaires ne partent en sucette et surtout s'il est le seul à le savoir, puisque le fiasco lui est, en partie, imputable.
Attention, ces largesses ne doivent pas faire oublier que le signataire du contrat de travail a aussi des devoirs. Les fautes professionnelles, lourdes ou graves, subsisteront. Il serait absolument insupportable qu'un cadre qui mette en péril son entreprise, et par là-même, l'emploi de ses petits camarades, reste en poste. Il doit être débarqué et remplacé.

Pour autant, faudra-t-il lui imposer la queue aux guichets de l'Apec et des Assedic ? Que nenni puisque les clauses de départ du « contrat immunité » auront rendu ces organismes superflus. Car le licenciement sera enfin devenu humain. Il n'est pas normal qu'un cadre qui a donné de son temps à son entreprise, même si celle-ci est en miettes, soit dans la nécessité de s'abaisser à retourner sur le marché du travail. Lorsqu'il est viré, un cadre doit pouvoir couler des jours tranquilles jusqu'à la fin de sa vie, grâce à la coquette retraite que son entreprise lui aura versé sous des formes que l'on pourra discuter avec les partenaires sociaux (indemnités, retraite chapeau, nouvelles stocks options, prime de non concurrence...). A lui la pêche à la ligne, à son successeur le loisir de réparer les dégâts.

On peut se demander pourquoi personne n'a eu cette idée fort simple, comme toutes les bonnes idées, avant nous. Peut être parce que nos politiques ont les yeux tournés vers le modèle social danois. Alors que la solution est juste devant eux, dans le modèle Noël Forgeard.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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