Transparence des salaires, une question aussi taboue que le sexe

Publié le 24 février 2020 Sylvia Di Pasquale

Les tabous ont la vie dure, surtout quand ils touchent à l'intimité. En France, le salaire en fait partie.
Transparence des salaires, une question aussi taboue que le sexe

« Les gens ont plus de difficulté à parler d'argent qu'à parler de leur sexualité », résumait la sociologue Janine Mossuz-Lavau qui connaît bien les deux sujets. En réalité, parler salaire n'est pas tabou tant que l'on ne donne pas le sien. Une vérité bien française que l'on a pu vérifier ces derniers jours une fois de plus.

Dans notre dernière enquête sur les salaires, on découvre que les cadres de l’agriculture après une décennie de disette, gagnent bien leur vie. Très bien même, parfois avec des salaires à plus de 50 000 qui peuvent grimper jusqu’à 200 000 euros pour les stars du secteur. Pour le découvrir, Cadremploi n'a eu qu'à interroger les recruteurs pour obtenir ces chiffres. Et ils étaient plutôt ravis de parler.

En revanche, des cadres de la FNSEA ont beaucoup moins apprécié que leurs très hauts salaires soient dévoilés par Mediapart. Selon l'enquête du media en ligne, le directeur général de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles touche 13 400 euros bruts par mois, tandis que d’autres de ses cadres ont bénéficié de solides augmentations il y a quelques mois. Médiapart reproche aux dirigeants syndicats de mener grand train alors que la Fédération essuierait une perte de 1,5 million d’euros.  « Nous assumons la politique salariale de nos dirigeants, nous avons besoin d‘experts de haut niveau », s’est défendue la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, sur France Inter, tout en précisant que le syndicat allait porter plainte pour « vol de document ».

Un réflexe impensable chez la start-up parisienne Adopte un bureauchacun sait combien gagne ses collègues, nous apprend le Parisien. Depuis un an, le fondateur a décidé de rendre les salaires de tous ses collaborateurs totalement transparents – primes, frais et bonus compris. Ils sont 5 et l’écart entre le plus petit salaire – de 1700 € brut annuel – et celui du fondateur n’est que de 1 à 2.

En théorie, une telle transparence est censée lutter contre les inégalités salariales mais dans les faits, seules de très rares entreprises la pratiquent en France (Thermador, Tilkee, Lucca, Meltis selon différentes sources) . Et aucune n’est une grosse boîte.

Reste que cette polémique a un goût de déjà-vu. A chaque révélation de rémunération élevée d’un homme politique ou d’un chef d’entreprise ressurgissent des reproches de rémunérations indues. On imagine l'ambiance si la Loi Pacte avait été moins timide sur la transparence des salaires.

En France on n’est jamais assez pauvre tout en rêvant d’être plus riches. Un pays où pour vivre riche, il convient de vivre caché. Pourquoi pas, après tout ? Il est possible de créer une société harmonieuse qui tend à l’égalitarisme tout en baissant le store, par pudeur, sur les affaires d’argent ou les affaires politiques, puisqu’il ne faut pas non plus dire pour qui l’on vote.

Sauf que nos contemporains rêvent de regarder à travers les lames du store, brûlent de savoir ce que pense et gagne le voisin. Et désirent en gagner autant voire plus. "La jalousie est l'effet pervers du désir dévoyé de son but."

Et vous, seriez-vous prêt à ce qu'on révèle votre salaire ?

Dessin original de Charles Monnier ©Cadremploi

 

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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