Très sobre père Noël

Sylvia Di Pasquale

Certes, l'alcool est supra dangereux, au volant ou pas. Mais la dernière cible de l'association Promotion et suivi de la sécurité routière en entreprise a de quoi filer un gros coup de blues à quelques légions de salariés qui n'avaient pas vraiment besoin de ça pour maugréer. Le mot d'ordre de l'organisme est simple : en 2007, le pot de Noël dans les entreprises, ce sera zéro alcool. Et Gérard Ploquin, délégué général de l'association de nous avertir dans France Soir : « en cas d'accident, sur le trajet entreprise domicile, la responsabilité de l'entreprise est engagée ». De quoi faire gamberger tous les PDG déguisés en père Noël d'un soir. Alors, cette année, principe de précaution oblige, c'est Champomy pour tout le monde.

Evidemment, les bonnes intentions du délégué, de son association, de la Sécurité Routière et de la terre entière sont éminemment louables. Alors invitons-les à rejoindre l'arbre de Noël de cette PME comme tant d'autres, ou de cette filiale d'un grand groupe, tellement loin, tellement absent. Comme chaque année, tout a été patiemment organisé par le comité d'entreprise. Et comme chaque année, le PDG y va de son speech trop long, de ses trop visibles tentatives de motivation des troupes. Le voilà qui loue les qualités de ses salariés, tous bosseurs, tous désireux d'aller dans le même sens. Et que, si cette année encore la boite sort la tête de l'eau, c'est grâce à chacun qui, tous réunis, forment une véritable équipe.

Pour conclure, il finira son speech sur une toute petite note dissonante, comme chaque année aussi. Juste pour dire que malgré les excellents résultats, il n'y aura aucune augmentation en janvier. La faute au yuan trop fort, au dollar trop faible ou à la concurrence trop féroce. Avant d'inviter chacun à trinquer. Jusque-là, quelques bulles d'un champagne trop vert faisaient l'affaire. Lucie, des achats, dégoisait sur ce grand escogriffe de Laurent, du marketing, avant d'avoir fini sa première coupe. Au bout d'un petit moment, quelques-uns s'essayaient même à quelques pas de danse, pendant que d'autres s'enflammaient à cause du nouveau logiciel de reporting créé par « des mecs qui haïssent les commerciaux ».

Mais en cette fin d'année Champomy, Lucie n'osera pas, les danseurs ne s'y risqueront pas et les commerciaux auront la tête dans leur planning du lendemain. Tous, en revanche, garderont tout au fond d'eux, une petite nostalgie. Comme une lassitude, même pas compensée par quelques fous rires désinhibés. Même pas gommée par ces conversations à l'emporte pièce que l'on a tenu à des collègues, à des hiérarchiques à qui on n'aurait jamais adressé la parole dans un couloir ou un bureau.

Bien sûr, le lendemain matin, tout ce petit monde sera frais comme un gardon. Personne ne se plaindra d'un mal de cheveux carabiné. Mais personne ne se remémorera un quelconque souvenir de la soirée. Sauf, peut être, la fin du speech du PDG. Cette phrase sur les augmentations qui ne passe pas. Pire qu'une coupette de mauvais champagne.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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