Un cool-recrutement pas si cool

Sylvia Di Pasquale

Vous imaginiez sans doute que pour décrocher un job, il suffisait d'être archi-compétent, d'avoir les diplômes qui vont bien et de posséder une tchatche suffisante pour emballer le tout devant un recruteur, le temps d'un ou plusieurs entretiens dans un banal bureau ? Ça, c'était au temps d'avant le  « cool-recrutement ». Aujourd'hui, il est indispensable de savoir déambuler tranquille dans un cocktail, une coupe à la main, bouger son body en dansant la salsa, ou encore de maîtriser l'art du  une-deux et du dribble d'anthologie.

Terrains de foot, buffets dansants ou lounge bar sont les dernières tocades recruteurs. Mais pourquoi donc les GFI, H&M, Konica-Minolta ou Unilog, entre autres entreprises qui adhèrent à cette tendance revival des années 90, veulent-ils attirer les Franck Ribery du dimanche ou les clubbers du samedi ?

C'est que, aiguillonnées par leurs agences de communication, elles font un double constat : la pénurie de candidats dans certains domaines est telle qu'il faut en attirer par tous les moyens. Et comme tout le monde convoite les mêmes profils, pas d'autre choix que de donner dans l'original pour se faire remarquer.

Alors, depuis un an, le recrutement bling-bling fait ce qu'il peut pour être agréable, prendre dans ses filets des cadres en poste ou non, et les mettre à l'aise dans une ambiance décalée. Mais terriblement piégeuse. Car paradoxalement, la sélection reste tout aussi draconienne. Et si le candidat baisse la garde, au cours d'un buffet dansant ou dans les vestiaires d'un stade, il peut laisser apparaître des points faibles qu'il aurait réussi à dompter au cours d'un entretien classique. Le cool-recrutement l'est évidemment moins que son nom l'indique.

Pour les  candidats, bien sûr, qui doivent se maîtriser dans des circonstances où tout les pousse à se relâcher. Mais cette technique n'est pas plus zen pour des recruteurs qui n'ont appris,  et pratiqué, que les bons vieux entretiens à la papa : en face à face dans un bureau ou une salle de réunion. Pas devant un bar, sur les planches d'un dance floor ou sous une douche collective. Heureusement pour les plus mal à l'aise d'entre eux, après les agapes, les tacles et les pas de deux, tout ce petit monde va reprendre le chemin d'un recrutement plus classique avec étude du CV et entretiens multiples.

C'est que le cool-recrutement ne remplace pas le système classique, il s'y surajoute. Ce n'est, selon les pros qui le pratiquent, qu'une première prise de contact, qui permet de repérer des gens au contact facile, à l'aisance naturelle en société. Pas sûr que ce type de compétition artificielle ne fasse pas fuir des cadres qui ont plus qu'avant l'embarras du choix. Un effet inverse à celui  escompté. Pas cool.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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