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Un PDG bientôt en retraite finance une intelligence artificielle pour le remplacer

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Sylvia Di Pasquale

09/01/2017

Trop caricatural. Pas assez crédible. Même dans un mauvais film de genre, un tel personnage se verrait rejeté du scénario. Mais Ray Dalio existe pour de bon. Le problème de ce patron de fonds spéculatifs ? Comme il veut prendre sa retraite, il souhaite passer le relais à un robot et lui confier, dans un premier temps, 75 % des décisions à prendre. Parmi elles : les recrutements et les licenciements, rien que ça. C’est que Ray l’avoue : il ne fait confiance à aucun de ses collaborateurs humains et leur préfère les intelligences artificielles (voir l'article de France 24). Alors il flique tous ses congénères qui travaillent pour lui, enregistre toutes les réunions comme le moindre coup de fil et met à la disposition de tous l’ensemble de ces données. Comme souvent, dans ces entreprises farfelues, révoltantes ou remarquables, le boss a donné un petit nom à son système de flicage. Il l’appelle la "transparence radicale".

De quoi se gondoler dans les écoles de commerce ? De quoi faire rire la presse ? Pas du tout. Le roi des hedge funds est même considéré comme un expert en économie, avec force ouvrages lus, et vidéos vues. En plus de se faire admirer par ses pairs, ce cauchemar de patron, attire des candidats. Il y a bien sûr les 20 % de salariés qui quittent la boîte au cours de leur première année de présence, mais les autres restent. Et d’autres encore accourent. Comme ces chercheurs, développeurs et mathématiciens qui, sous la direction de David Ferrucci, ex-star d’IBM, ont 5 ans pour bricoler la nouvelle IA qui remplacera leur boss. Celui qui va les diriger, ou les virer.

Un patron robot pour diriger l’un des plus puissants fonds spéculatifs au monde ? Bon sang de bonsoir, on nous avait pourtant assuré que l’intelligence artificielle libérerait d’abord l’humanité des tâches physiquement pénibles ou répétitives. Or selon Laurent Alexandre, cofondateur de Doctissimo, la disparition de tous les métiers a déjà commencé. Y compris les très qualifiés. Dans sa tribune à La Tribune, le chef d’entreprise les énumère. Quant aux managers, ils n’ont simplement plus aucune raison d’être. Car si, comme le successeur de Ray Dalio, le boss est un robot, on ne donne pas cher de la peau de ses proches collaborateurs, même de haut niveau.

Fatalitas, nous explique l’ex-patron de Doctissimo. A le lire, le progrès est une voiture folle qui roule vers la catastrophe en klaxonnant, et sans aucune chance de freiner ou de serrer le frein à main. Les opposants à cette marche forcée ne seraient que caricaturaux. Il présage d’ailleurs pour cette année une révolte de quelques-uns qui « pensent résoudre le problème en interdisant le smartphone ou en taxant les robots ».

Évidemment, cette manière de lutter contre la robotisation à tout crin est un peu courte et diablement inefficace. Peut-être que d’autres moyens, moins caricaturaux et plus efficaces peuvent être mis en place ? Peut-être qu’à quelques mois d’une échéance électorale essentielle on peut évoquer la prise en compte du futur fléau, la création éventuelle d’un gendarme de la robotisation excessive ? Cette question de l’omnipotence de l’intelligence artificielle, nous la poserons aux différents candidats à l’élection présidentielle que nous allons interroger sur toutes les problématiques de l’emploi au cours des prochains mois. 

Reste que pour le libéral Laurent Alexandre (il fut secrétaire national de Démocratie libérale le parti d’Alain Madelin), le marché est censé s’autoréguler sans intervention de l’État. Et il est fort à parier que Ray Dialo joue sa partition sur le même tempo. Nos sociétés postmodernes semblent bien désarmées pour envisager cette problématique nouvelle. Mais ce n’est pas une raison pour renoncer sans tenter.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

7

commentaires

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Ysoppom

15/01/2017

à 14:27

À quand un comité de déontologie sur les perspectives et les limites, comme en médecine, pour préserver l'humanité de fantasmes dangereux

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toto

13/01/2017

à 14:00

Et si l'IA du futur nous donne cette conclusion quant au management : Pourquoi changer?
Ce serait rigolo, non?

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Marie Thévenin

10/01/2017

à 16:12

Effrayant.
Ce n'est même plus de la science fiction, donc, on est bien dans l'ère post humaniste...
Kafka et big brother à côté, c'est de la rigolade. :(((
Quand est-ce qu'on se réveille de ce cauchemar?

> Répondre

En réponse à Marie Thévenin

blitz

22/02/2018

à 18:19

Les dégâts causés à l'homme se répercutent infailliblement sur notre vie.
la Société industrielle telle que conçue ne peut avoir d'avenir car elle est orientée vers le profit de quelques uns.
Cette civilisation que l'on connait est amenée à disparaître à brève échéance.
Elle a les germes de sa propre destruction.
Il suffit d'analyser. Le cauchemar s'amplifiera jusqu'à disparaître dans un décombre sans nom. c'est ensuite qu'on pourra se réveiller.

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Rafik

10/01/2017

à 14:52

Avec une meilleure français

> Répondre

Rafik

10/01/2017

à 14:48

Il peut n'y avoir plus d'être sans machine, mais il y a encore moins de machine sans appréciation humaine ; la preuve est que Ray est réfléchie par l'homme et ne pourra évoluer sans son appréciation éternellement remise en cause et qui de ce fait rendra aléatoire les décisions de la Machine.
C'est mon humble perception.
Alain M, qu'en pensez-vous ?

> Répondre

toto

10/01/2017

à 10:57

Bon article sur le management du futur, mais je crois que ce jour sera encore loin et aussi repoussé loin que possible.
Car, actuellement, la technologie a encore bien de vilains défauts. Par exemple, les automates boursiers qui effectuent les transactions à la vitesse de l'éclair se plantent parfois et provoquent des mini-krachs ou encore le pilote qui sait prendre la décision rapide d'amerrir avec classe quand ses moteurs sont en panne.
En matière de décision, le cerveau émotionnel nous aide à en prendre les meilleures (ce que IA ne le fais presque jamais) et de ce fait, c'est un atout du manager humain.
Ultime preuve est que Ray Dalio est bien un humain et un sacré manageur, alors pourquoi changer?

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