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Un Ticket Psy et ça repart

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Sylvia Di Pasquale

17/11/2008

Après les bons vieux « tickets resto » et « chèques vacances », les salariés vont pouvoir dépenser des « Tickets Psy ». Que n'y avait-t-on pensé plus tôt ! Grâce à ce sésame, le salarié qui a mal à son moi va s'allonger sur un divan et, à la fin de la séance d'une heure, il règle les 90 euros de la consultation avec son ticket. Son entreprise prend en charge une partie du carnet de 5 coupons qu'il aura pris soin de retirer auprès de sa DRH, de son comité d'entreprise ou de son médecin du travail, c'est selon. Plusieurs prestataires ont flairé le filon et proposent à de grandes entreprises de prendre en charge les maux invisibles de leurs salariés sous cette forme tellement pratique.

Inutile de leur jeter la pierre. Après tout, l'invention du ticket psy n'est qu'un nouvel avatar de la tendance à coacher à tout va.  Et ceux qui les commercialisent n'ont que les intentions de toute structure privée : innover pour faire tourner la boutique et nourrir leurs salariés. C'est plutôt du côté de leurs clients que l'observation s'avère intéressante. La souffrance de salariés se résout de la même façon que le petit creux de midi ou le besoin de vacances. Pas sûr que Maslow lui-même ait pu atteindre un tel degré de cynisme, lorsqu'il hiérarchisait les besoins à assouvir pour motiver l'homo laborius.

Que la vie est simple, finalement. Finis les problèmes de stress, de pression, de harcèlement moral au boulot. Et dire que, du ministre du Travail aux syndicats, en passant par le Medef et les médecins, tout le monde se prend le chou, se réunit pendant des heures, des jours et des mois pour tenter de trouver une solution. À quoi bon tant d'expertises, de commissions, de prudence, de projets de loi, puisque la solution est simple comme un carnet de coupons. Évidemment, les vendeurs de ticket ne le disent pas de cette manière. Mais presque. Sur le site de l'un d'entre eux, ses dirigeants vantent leur ticket en évoquant la « violence au travail, le mal être au travail, l'organisation du travail (absence de contrôle sur le répartition et la planification des tâches, imprécisions des missions, exigences contradictoires, mauvaise communication, flux tendus, incompatibilité des horaires de travail avec la vie sociale et familiale, précarité du statut, etc.) ». Autant de maux qui peuvent bien sûr altérer la santé du salarié, mais aussi, comme l'évoque le laïus des inventeurs du « Ticket Psy » : « sa contribution à l'entreprise ».

Finalement, ce simple petit bout de papier est un miracle, puisqu'il permet aux salariés d'apporter à nouveau leur « contribution à l'entreprise » et qu'il évite aux entreprises de dépenser des sommes folles pour adapter leur management et leur organisation. En fait, 90 euros pour un tel traitement, c'est donné.

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commentaires

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Mingasson

10/12/2008

à 07:24

Encore une arnaque !! Il est parfaitement immoral de jouer ainsi avec la crédulité des gens les plus fragiles.

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Scagnetti Federica Psychoth

20/11/2008

à 18:41

Bravo pour l'article très intelligent, avec des commentaires qui soulignent avec humour les paradoxes et le risque de manipulation qu'une telle initiative représente.
Je suis sûre que notre cher Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, avec certains collègues qui prônent et pratiquent l'application de l'intelligence émotionnelle en entreprise, saluent avec admiration cette initiative qui ne fait que confirmer la politique menée à l'heure actuelle pour protéger nos pauvres employés qui sont au bord de la déprime! On se demande pourquoi, enfin il y a tout ce qu'il faut on leur paye des séances psy, car comme tout le monde le sait et comme c'est si bien souligné sur le site du Ticket psy "Le service d'accompagnement et de soutien psychologique est un signe fort de reconnaissance des salariés". L'augmentation du salaire, la réduction du temps de travail (de 12 heures à 10 par exemple, en évitant les week-ends), l' augmentation des effectifs, seraient quelques petits exemples de signes de reconnaissance, mais comme ils ne sont plus pratiqués, le bien être au travail, la réduction du stress au travail passe par un signe plus efficace : le psy. Le psy donc au service de qui ? De l'entreprise qui crée la souffrance, si elle crée de la souffrance, peut être elle ne crée plus de souffrance , j'avais oublié ce sont les employés aujourd'hui qui créent la souffrance, il faut qu'ils apprennent à communiquer et à mieux gérer le stress et tout irait mieux, enfin!
Ah le temps ont changé, aujourd'hui nous ne faisons plus ce métier, je parle du métier de psy pour accompagner quelqu'un en souffrance , aujourd'hui on accompagne direct l'entreprise en souffrance. Son mal : les employés qui n'arrivent pas à gérer les horaires de 50 heures par semaine, la peur d'être licencié, etc.
Mais attendez le psy arrive il va vous résoudre le problème : vous devez apprendre à vous protéger, à gérer le stress, à communiquer et puis vos parents qu'est ce qu'ils vous ont fait ? Petit avez-vous souffert ? Le prof vous a-t-il traumatisé ? Eh oui il me semblait bien qu'il y avait un problème de confiance en vous, vous êtes polytraumatisé, il vous faut soigner vite!

L'entreprise ? Les horaires à ne plus en finir ? L'isolement ? Les collègues qui vous fuient depuis qu'ils ont appris que vous êtes le prochain sur la sellette ? Tout ça c'est la faute de maman ou papa, allez-vous soigner et si vous vous suicidez et bien on dira que vous veniez juste de divorcer, ou on pourra trouver un problème caché : la boulangère vous avez bien trouvé un peu fatigué et tendu avec votre femme et votre gamin , oui il avait sans doute des soucis familiaux. Comme si personne n'en avait! C'est connu tout va bien pour tout le monde!
Le cri d'une psy enragée et engagée pour défendre la pratique d'une profession qui peut aider des personnes en souffrance, et aussi donc des personnes souffrants au travail, mais il faut choisir son camp si je puis dire. Il faut savoir quelle lecture on empreinte. On ne peut pas faire l'économie d'une lecture sociologique. On ne peut pas aider sans aider à comprendre les mécanismes qui sont à l'œuvre pour ne pas continuer à culpabiliser et se rendre responsable de ce qui parfois est du ressort d'un problème d'organisation au travail.

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V

17/11/2008

à 17:50

Il s'agit là d'une perle collector, je suis admirative devant autant de talent à débusquer toutes les aberrations les plus incroyables d'une société qui marche sur la tête :-)

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