Une année de l’emploi toc toc toc

Publié le 20 décembre 2016 Sylvia Di Pasquale

Une année de l’emploi toc toc toc
  1. Chief happiness officer : le job le plus toc toc toc de l’année
  2. La fin du CV : une fausse bonne idée lourdement toc toc toc
  3. Le recrutement prédictif ? Fatalement toc toc toc
  4. A vous de voter pour le toc toc toc de l’année

C’est un commentaire sibyllin, une moquerie entre lard et cochon, une remarque un tantinet narquoise. A l’annonce d’une SNCF plutôt réjouie, communiquant l’arrivée du Wi-Fi embarqué dans ses TGV, Axelle Lemaire a tweeté le 13 décembre dernier  « Toc toc toc la @SNCF #lairderien #onavance »

La Secrétaire d’Etat chargée du Numérique a voulu saluer mais aussi gentiment bousculer le rail français qui commence à peine à installer du Wi-Fi sur ses lignes quand nombre de trains européens en disposent déjà. Il y a deux ans déjà, elle tweetait un mémorable « Toc toc toc, la SNCF : on peut se voir pour discuter wifi dans le train ? »

 

Une sympathique interjection qui nous a donné l’idée d’attribuer les « toc toc toc » de l’emploi. Des initiatives qui tardent à voir le jour mais aussi, plus largement des idées curieuses, novatrices, affligeantes, géniales, absurdes ou risibles dans le monde des RH : à chacun d’en décider. Comme dans tout concours respectable, celui-ci a ses catégories, piochés dans la grande agitation des idées furieuses de l’année 2016. Entre les jobs du futur, les fausses bonnes idées et les innovations qui foutent les jetons, soupesez, triez, rejetez, encensez et décidez laquelle de ces fulgurances mérite un toc toc toc bien toqué.

Chief happiness officer : le job le plus toc toc toc de l’année

On rêve tous d’en avoir un. Mais ils sont encore rares ces « Gardiens du bonheur », catapultés sur le vieux continent par les start-up de la Silicon Valley. Un titre qui claque sur une carte de visite mais aussi un métier qui cumule deux avantages souvent rivaux :  être 100% bienveillant pour les salariés et 100% utile aux actionnaires. Car il consiste à cultiver le bien-être de ses collègues, sachant qu’un salarié bien dans sa tête est six fois moins absent et neuf fois plus loyal. Une urgence nationale si l’on en croit la dernière étude de Steelcase désignant les Français comme le peuple le moins heureux au travail. Attention néanmoins à la gadgétisation de ce métier qui consisterait à devancer les caprices les plus délirants des salariés. Un exemple ?  Cette jeune Happiness driver a construit une grotte. Pourquoi ? Parce que les collaborateurs de la start-up où elle officie rêvaient d’une grotte, tout simplement. Et la montgolfière, on en parle quand de la montgolfière ?

La fin du CV : une fausse bonne idée lourdement toc toc toc

Certainement l’idée la plus toc toc toc de l’année, au sens absurde, qui tient de l’art de l’esquive et de l’enfouissement d’un problème dans le sable de la négation dudit problème. Supprimer le CV ne supprimera pas les discriminations à l’embauche. Si l’on ne sélectionne plus sur CV, en disant stop aux diplômes et à l’expérience, on se contentera de repousser la sélection à l’entretien d’embauche où l’on rejouera – cochez la case correspondante – le film du sexisme, du racisme, de la diplômite et de toutes les formes de discriminations. Un pur navet. 

Le recrutement prédictif ? Fatalement toc toc toc

Une pratique que j’ai régulièrement caricaturée parce qu’elle me semblait aux mains d’apprentis-sorciers des RH. Mais la discipline fait des progrès. Notamment parce qu’elle est expérimentée par des DRH progressistes mais pas naïfs. Comme Fatallah Charef par exemple, le DRH du BHV-Marais. Après un an de pratique, il a fait chuter le taux de fin de période d’essai des nouveaux vendeurs embauchés de 17 à 9 %. En clair, il se trompe moins. Grâce aux algorithmes qui compilent les données des meilleurs collaborateurs de la boîte, le recruteur peut en déduire des caractéristiques plus objectives du profil à embaucher. Tout candidat passe d’abord un test de compatibilité à la culture de l’entreprise et au job proposé. Si le candidat est « compatible », il est alors reçu par l’équipe RH. Résultat : de nouveaux profils ont fait leur apparition. Comme d’anciennes mères au foyer qui désiraient retravailler mais que les a-priori des recruteurs renvoyaient à leurs pénates. Ceci n’est qu’un exemple. Le recrutement prédictif porte néanmoins en lui un risque de clonage s’il est manié par des recruteurs moins humanistes.

A vous de voter pour le toc toc toc de l’année

Ces nominés aux trophées du toc toc toc en cachent évidemment d’autres, tout aussi enthousiasmants ou pathétiques. A vous d’élire le pire ou le meilleur. En attendant une année 2017 au cours de laquelle les propositions des candidats à la présidentielle viendront sans nul doute s’immiscer dans le grand débat sur l’emploi, la manière d’y entrer, de s’y comporter et d’y évoluer.

Dans l’exaltation de vous retrouver, tout début janvier, toute l’équipe de Cadremploi vous souhaite de bonnes fêtes. Qu’elles soient joyeuses, heureuses, et un brin toc toc toc aussi.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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