Et si les hommes étaient plus rentables que les robots ?

Sylvia Di Pasquale

Évidemment, la question est pour le moins abrupte. Mais quand elle est posée par Daron Acemoglu éminent prof au MIT et réputé libéral, on peut légitimement se demander dans un premier temps quelle mouche a piqué l’économiste et dans un second, s’en aller voir de plus près. 
Et si les hommes étaient plus rentables que les robots ?

Pour lui, tel qu’il l’expose dans la revue du FMI The Digital Future, la casse sociale, le chômage et le creusement des inégalités sociales coûterait plus cher que le gain de productivité permis par les machines. Il est donc temps d’arrêter les frais, d’autant que la crise sanitaire a fait bondir le recours aux intelligences artificielles, à l’e-commerce, aux logiciels et à l’automatisation maximum. Et comme tout un chacun à travers le monde prépare l’après Covid, le prof enjoint les entreprises à tenir les « rênes courtes » du cheval emballé  de l’IA.

Mais pourquoi ne pas s’emballer pour ce progrès qui facilite la vie des salariés et des consommateurs après tout ? La démonstration d’Acemoglu est somme toute simple. Il a soutenu la première automatisation, celle de la production. Elle a permis de soulager la pénibilité de masses d’ouvriers, reconvertis petit à petit dans le tertiaire, dans la vente ou les emplois support. Soit. Même si cette transition est souvent douloureuse.

Sauf que dans un second temps, si l’on coupe ces nouveaux emplois sous les pieds de ces convertis, que leur restera t-il ? Le chômage, la casse sociale qu’elle engendre et qui, selon l’économiste, sera d’un coût beaucoup plus élevé pour les Etats (payés par les impôts des entreprises en partie) et pour les boîtes elles-mêmes qui y perdront une partie non négligeable de leurs consommateurs.

Henry Ford tenait à ce que ses ouvriers soient suffisamment bien payés pour pouvoir s’offrir ses voitures, manière pour lui de faire tourner sa boutique. Daron Acemoglu est sur la même ligne. Au final, même Amazon ou Ali Baba, qui tendent à automatiser un maximum, et à déshumaniser leurs systèmes de distribution pour faire des économies sur leur masse salariale pourraient être perdants, faute de clients.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

Vous aimerez aussi :