Greatwashing : quand la "qualité de vie au travail" en fait trop sur les réseaux sociaux

Sylvia Di Pasquale

Parfois, les réseaux sociaux servent à dénoncer les mensonges. Souvent aussi, ils les aident à prospérer. En ces temps de guerre des talents, le "greatwashing" reprend du service. Avez-vous remarqué cette inflation de messages dégoulinants de bons sentiments, censés faire passer une entreprise pour le paradis sur terre ? Au détriment des autres qui n’en font pas des caisses mais se retrouvent noyées dans ce sirop.

La QVT utilisée à outrance comme argument pour attirer des candidats, . Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Greatwashing : quand la "qualité de vie au travail" en fait trop  sur les réseaux sociaux
La QVT utilisée à outrance comme argument pour attirer des candidats, . Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

A force de nous répéter que l’argent ne fait pas tout, que le salaire on s’en fout et que ce qui compte c’est la quête de sens et le bonheur éprouvé en allant bosser, ça nous pendait au nez. Surtout quand une pandémie a sévi et que les salariés ont du mal à quitter leur poste. 

Great appât

Dans cette guerre pour attirer les talents, les boîtes investissent encore plus qu’avant dans la promo sur les great conditions de boulot tellement sympas, et leur happy qualité de vie au travail trop bien. Si cette communication, et la marque employeur, correspond à la réalité, on applaudit. Mais s’il ne s’agit que d’un simple appât destiné à attirer des candidats sur-sollicités par ces temps de pénurie, on sourit et on s’attend à voir le hashtag #greatwashing refleurir. 

Car ces pratiques ont été astucieusement dénoncées dès 2019 dans une tribune censée mettre les pieds dans le plat du greatwashing et publiée par des enseignants chercheurs français. Mais que vaut une prise de position universitaire dans la presse économique face à un déferlement de paroles sirupeuses vantant le sex appeal de tel employeur sur les réseaux sociaux professionnels ? Surtout si elles sont émises par des salariés de ces mêmes boites, consentants ou saisis du syndrome de Stockholm.

Green précédent

 Dans le même genre, on se rappelle de fameux précédents. Au temps d’avant la pandémie, ces boîtes voulaient absolument apparaitre plus vertes que vertes. C’était simple : toutes les entreprises, même les plus polluantes, fonçaient tout droit vers la décarbonisation en courant. Il fallait retenir leurs dirigeants pour qu’ils n’adhèrent pas à EELLV. On s’est évidemment aperçu rapidement que ces manœuvres n’étaient parfois que du vent, et pas de celui qui fait tourner les éoliennes. Ainsi, sur les réseaux sociaux, les annonces mystificatrices se sont vues affublées d’un #greenwashing qui remettait l’église au milieu du village d’une écologie qui lave plus blanc que la réalité de l’entreprise.

Greatwashing

Sauf qu’aujourd’hui, ce ne sont pas les réseaux sociaux qui dénoncent l’illusion du bonheur au travail de façade, au contraire : ils l’entretiennent. Ce filet d’eau tiède noie les communications sincères, celles de boîtes qui font réellement des efforts pour améliorer la qualité de vie au travail. Elles sont perdues au milieu des leurres, des entreprises qui se présentent sous leur meilleur jour alors que leurs propres salariés les fuient. Les entreprises qui pratiquent ce greatwashing devraient être conscientes du possible et soudain revers de la médaille peu glorieuse qu’ils arborent. Car si la dénonciation prend de l’ampleur, les dégâts risquent d'être irréversibles. On le sait depuis le phénomène #metoo.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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