Histoire vraie : pas de "RTO", pas le droit de revenir au bureau

Sylvia Di Pasquale

Dans la plupart des entreprises auourd'hui, la norme est au retour au bureau encouragé par l'employeur. Pas dans la boîte d'Iris... Si elle veut travailler ne serait-ce qu'une journée au siège, elle est priée de remplir un formulaire de deux pages. C'est le seul moyen d'obtenir un laissez-passer, appelé "RTO" pour "Return To Office". Ceci n'est pas une fiction.

Il faut remplir un formulaire "Return To Office" pour avoir le droit de venir travailler au bureau. Si pas de RTO sur son badge, l'accès est refusé.

Histoire vraie : pas de "RTO", pas le droit de revenir au bureau
Il faut remplir un formulaire "Return To Office" pour avoir le droit de venir travailler au bureau. Si pas de RTO sur son badge, l'accès est refusé.

Elle est comme ça, Iris. Le boulot pour elle, c’est les collègues, le bureau et la vie qui va avec. Mais Iris (appelons la Iris même si ce n’est pas son vrai prénom), bosse au sein de la filiale française d’une grosse boîte américaine. Et depuis un an et demi, depuis le début de cette sacrée pandémie, elle n’y a pas remis les pieds dans son sacro-saint bureau. C’est totalement forbidden. Chacun travaille à la maison. C’est remote pour tous et visio quand il faut.

Mais voilà qu’à la rentrée de septembre, le Covid daigne enfin se décourager un peu. Youpi,  se dit Iris, c’est le retour à la vraie vie. D’autant qu’aux US, la direction a mis en place un programme baptisé "RTO", pour return to office et il est valable pour toutes ses antennes sur la planète. 

« Retour au bureau », voilà qui sonne comme une résurrection. Sauf que ce fameux RTO n’est pas un mot d’ordre général, mais une exception plutôt particulière. 

Un laissez-passer pour une journée au bureau

Pour l’obtenir, durant une petite journée, il faut être motivé : un simple mail à son N+1 ne suffit pas. La maison-mère vous demande de remplir un formulaire de deux pages, où tout doit être dûment justifié. Il faut expliquer pourquoi la réu à laquelle on veut assister ne peut pas se tenir en visio, pas plus que ce fichu rendez-vous qui ne saurait se faire à distance. Bien sûr, il faut réciter comment on compte respecter les distances de sécurité une fois sur place. Compliqué. Mais pas le choix pour obtenir ce laissez- passer.

Iris s’est accrochée malgré sa phobie administrative, et a consciencieusement rempli le formulaire. Elle a coché les bonnes cases, grâce à son chef qui a organisé un petit déjeuner d’une heure avec toute l’équipe. Elle a juré sur toutes les bibles sanitaires qu’elle respecterait les distances sociales et, au final, elle a décroché le graal : un RTO d’une journée.

Le même jour, Iris apprend qu'une collègue qu'elle n'a pas vue depuis des lustres, se rendra aussi au petit déjeuner. Son histoire est tout aussi édifiante : comme elle n’en pouvait plus de tourner en rond chez elle depuis tout ce temps, et qu'elle n’avait pas pu décrocher de RTO, elle s’en était ouverte à la médecine du travail. Verdict : une prescription de 4 jours de retour au boulot hebdomadaire ! Une ordonnance pour aller bosser au lieu d'un arrêt maladie pour rester à la maison, fiesta !

Accès refusé

Le grand jour arrive et Iris, après s’être souvenue de l’adresse de son entreprise, se présente à l’accueil, avec son RTO évidemment inscrit dans le micro-processeur de son badge d’accès. Mais la porte ne s’ouvre pas. Pas de chance, son N+1, en validant le RTO groupé pour toute l’équipe, s’est trompé de jour. Le temps de faire une demande au RTO officer de sa boîte et trente minutes plus tard, le sésame fonctionne et  la porte s’ouvre. Quinze minutes plus tard, elle finit par trouver la salle où son chef ne l'attendait plus, dans les grands locaux absolument déserts. Le temps de boire un café, de demander des nouvelles de la pluie, du beau temps et des enfants à son chef, à la collègue VIP-RTO et aux 10 autres en télé-breakfast (les recalés de la jauge sanitaire ou du formulaire RTO ), voilà que le temps de repartir est arrivé, puisque feuille de temps oblige, pas question de dépasser l'heure offerte. Au-delà, c'est du time qu'il faut facturer.

Une exception

On pourrait se dire que toute cette histoire est totalement inventée, que cet abîme kafkaïen ne saurait jamais exister. Pourtant, elle est rigoureusement vraie. Le RTO est une réalité, le RTO officer chargé de gérer cette organisation surréaliste aussi. Si l’on avait raconté cette aventure à n’importe quel expert du travail il y a deux ans, il nous aurait gentiment souri d’un air entendu, en entendant par là qu’un burn out fait parfois dire n’importe quoi aux cadres surmenés. Evidemment, ce return to office est une exception, et le nombre d’entreprises qui l’appliquent aussi. Mais que l’une d’entre elles songe à mettre de telles méthodes en place, laisse penser que l’on n’a pas fini de mesurer les effets secondaires, et les dommages collatéraux, de cette fichue pandémie.

Qu'est-ce qu'un "RTO : "RTO" signifie "Return To Office" dans le jargon de cette boîte. C'est un laissez-passer qui s'obtient après avoir rempli 2 pages de formulaires dans lequel il faut justifier pourquoi vous voulez venir travailler au bureau.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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