Et si les émotions de nos messages écrits devenaient palpables ?

Sylvia Di Pasquale

Transformer des interactions virtuelles en sensations réelles ? C’est presque au point : une intelligence artificielle est désormais capable de traduire à distance et par le toucher, les émotions de nos écrits. Une fois ce manchon palpeur enfilé sur le bras. Adoptée par l’entreprise, cette invention pourrait-elle révolutionner la façon dont on reçoit et envoie nos milliers de messages au boulot ? Ne nous emballons pas.

Dessin original de Charles Monnier

Et si les émotions de nos messages écrits devenaient palpables ?
Dessin original de Charles Monnier

On connait tous ce curieux phénomène : celui de ne pas saisir précisément le sentiment de ce collègue, client ou fournisseur qui vous envoie un mail, slack, SMS, Whatsapp ou pigeon voyageur. Est-il en colère ? Est-il légèrement chiffonné, ou absolument ravi ? Les nuances de l’écrit sont infinies, et Rémi du service paperasse, n’est pas forcément Marguerite Duras. Aussi, il arrive que l’on ne sache pas exactement s’il est agacé, ou simplement content, ou totalement indifférent.

Mais l'intelligence artificielle va peut-être corriger ce drame quotidien. Car Millie Salvato de l’université de Stanford a trouvé un début de solution, selon l’article du Scientific Américan. Avec ses collègues chercheurs, elle a mis au point un gant, un grand gant qui couvre l’avant-bras, comme celui de Rita Hayworth dans Gilda (en moins glamour). A l’intérieur, des capteurs reproduisent le toucher humain. Ils sont reliés à une machine capable d’analyser un message écrit numériquement. Il s’agit en quelque sorte d’un traducteur de sentiments, capable d’exercer une pression sur la peau.

Millie et ses amis ont recueillis 661 manières de se toucher. Autant de façon de faire qu’ils ont glissé dans la moulinette du deep learning pour en ressortir 6 sentiments qui sont appliqués par le fameux gant : la tristesse, la gratitude, l’amour, le bonheur, la sérénité et le besoin d’attention.

Certes, tout cela est très bien intentionné, et pas question pour les scientifiques de Stanford de glisser dans leur gant des sentiments plus négatifs comme l’agacement ou la haine pure. On ne saura donc pas, en correspondant avec son chef de service, s’il juge que le dossier qu’on a bouclé et qu’on lui a envoyé est un peu bâclé, complètement raté ou désespérément mauvais. En revanche, l’on saura si Rémi du service paperasse nous aime d’amour. L’entreprise est ainsi, même dans sa version intelligente et artificielle : elle n’aime pas les conflits.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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