Joue-la comme Mbappé

Sylvia Di Pasquale

Et si les tractations du buteur du PSG qui se sont achevées samedi étaient représentatives de la mentalité de la génération Z en entreprise ? Une génération qui pose ses exigences, qui est consciente de sa propre valeur et se sent parfaitement capable d’imposer ses diktats en matière de rémunération et de hiérarchie. Quand ils ne sont pas contents, ils ne se barrent pas, ils restent et imposent leurs règles.

Dessin de Charles Monnier

Joue-la comme Mbappé
Dessin de Charles Monnier

Certes, tout le monde n’a pas des pieds en or. Bien sûr, tout le monde ne gagne pas en un an l’équivalent des émoluments de toute une carrière, plutôt réussie d’ailleurs. Mais l’exemple de Kylian Mbappé est peut-être représentatif d’une attitude, celle de sa génération, la fameuse génération Z, puisque le footballeur est aujourd’hui âgé de 23 ans.

 

Au moment où son contrat s’achève à Paris, le garçon, qui joue depuis 5 ans au PSG est évidemment dragué par toute la planète foot, et surtout par le Real Madrid, le club des clubs européens. Après des semaines de tractation, le jeune prodige a annoncé sa décision samedi : non seulement il reste à Paris, mais il rempile pour un nouveau contrat de trois ans. Pour quelle somme et quelles conditions ? Si l’on en croit la version espagnole de la chaine Eurosport, les Qataris, propriétaires du club, auraient offert à Mbappé, une sorte de « re-welcome bonus » de 300 millions d’euros et, histoire de sécuriser un tant soit peu sa précarité et son CDD de trois ans, 100 millions de salaire annuel. Ce qui aboutit à un salaire mensuel brut de 7, 69 millions d’euros, si l’on inclut le 13e mois, évidemment. C’est beaucoup, mais ce n’est pas tout. Car le meilleur buteur de la ligue 1 n’aurait pas seulement demandé beaucoup beaucoup d’argent, mais il aurait exigé de devenir le maitre du jeu du club parisien.

 

Kylian Mbappé président du PSG ? Pas la peine, car son pouvoir est presque aussi grand. Il tient d'abord à avoir un droit de regard (ou plutôt un droit de veto) sur les futurs recrutements. Ce qui, déjà, lui donne les clés du Parc des Princes.

Mais en plus, il tient à ce que Zinedine Zidane, son mentor, devienne l’entraineur du club. L’autre génie du foot français, devenu le coach le plus cher d’Europe, est dispo. Il a quitté le Real, et comme Didier Deschamps ne compte pas lâcher l’équipe de France, un poste qu’il pourrait légitimement revendiquer, former un tandem avec son disciple ne serait pas la pire manière de rebondir. D’ailleurs une délégation du PSG est partie à sa rencontre dès hier.

 

Mbappé a donc tout demandé à son employeur actuel. Et il a tout obtenu, en bon Z qui se respecte. Le respect de la hiérarchie, toute Qatarie soit elle ? Il la foule des crampons et impose ses exigences. Il sait ce qu’il vaut et n’est dupe de rien. Il utilise son employeur pour arriver à ses fins, qu’elles soient financières ou carriéristes. La management du PSG ne lui convient pas ?

Les footballeurs de l’ère d’avant seraient partis ailleurs, pas lui. Il reste, mais aux conditions qu’il a fixées, et elles sont liées à un staff modifié qu’il a lui-même concocté.

 

Bien entendu, la plupart des DRH ne vivent pas dans le monde hors-sol du foot professionnel de très haut niveau. Mais certains d’entre eux côtoient des Mbappé qui, dans leur métier et dans leur fonction, sont d’excellents buteurs capables de leur faire gagner la ligue des champions de leur secteur. Doivent-ils les laisser filer en maugréant sur « cette jeunesse pourrie gâtée qui ne pense qu’à elle et pas à l’Entreprise (avec un E majuscule) ? »

Ils le peuvent. Ils peuvent laisser partir les prodiges à la concurrence. Mais le jour où ceux qu’ils auront formés jusqu’à en faire les champions bankables qu’ils sont devenus s’en iront brandir la coupe sous la bannière d’un rival, ils ne pourront que regretter de ne pas avoir su s’adapter aux temps nouveaux. 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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