Le CV, son absurdité et sa nécessité

Sylvia Di Pasquale

L’affaire du CV improbable posté par la maman d’un ado de 14 ans à qui une entreprise exigeait un tel document pour obtenir un stage de 3e n’est pas la démonstration de l’inutilité du Curriculum Vitae, bien au contraire. Explications.

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Le CV, son absurdité et sa nécessité
Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

C’est rudement pratique un CV. Pour un recruteur, cette bande originale de la vie professionnelle d’un candidat est même indispensable. N’en déplaise aux abolitionnistes qui considèrent qu’on est tous égaux devant le boulot, un doctorant en médecine n’est pas un ingénieur en mécanique, pas toujours du moins.

Quant aux jobs qui ne requièrent ni diplômes particuliers, ni compétences tout aussi particulières, la non nécessité d’un CV en vue de leur obtention, basée uniquement sur les atomes crochus et les soft skills en dit long sur les jobs en question, et leur niveau de bullshit.

 

On l’aura compris, le procès en sorcellerie du CV n’aura pas lieu ici, même si cette bonne vieille pratique en a pris un coup sur la cafetière cette semaine.

L’affaire débute avec un poste Linkedin dans lequel une maman, ex-pro des RH, raconte que son fiston, en tentant de décrocher son stage d’observation de 3e, s’est vu réclamer un CV.

Qu’est ce qu’un gamin de 14 ans peut bien indiquer au rayon « formation » ou « expériences professionnelles »  alors qu'il n'a pas encore commencé sa vie pro ? Rien, nada, nothing, nichts. 

 

Comprenant l’incongruité de la demande, la maman a suivi la requête du recruteur de l’absurde au pied de la lettre et à rédigé le curriculum du fruit de ses entrailles sur le même mode absurde. Son expérience ? « un CDD de bébé, suivi d’un autre contrat à durée déterminé de poseur de questions aux parents ». Dans un CV qui se respecte, il faut évidemment mettre en avant ses principales réalisations. Celui-ci n’en manque pas puisque son auteur sait « faire du vélo sans roulettes ». Il est même « champion du monde de la coupe la plus improbable ».

 

Le vrai-faux CV a fait mouche et a atteint 4 millions de vues sur LinkedIn. C’est rigolo et c’est une bouffée d’air frais sur un réseau où tout un chacun se prend généralement beaucoup trop au sérieux. Mais ce succès est aussi le reflet d’un phénomène moins drôle. Dans les divers commentaires suscités par ce post multi-partagé et multi-médiatisé, revient la vieille litanie des anti-CV puisque, selon ces derniers, la demande faite à l’ado par une entreprise de produire un tel document témoigne de l’absurdité du document en question.

 

Et si le problème était ailleurs ? Si cette demande de CV à un gamin qui n’a strictement rien à y indiquer était le fait d’un recruteur incapable de passer outre une règle et une instruction ? Et si le recruteur en question avait perdu toute notion de jugement personnel et s’avérait juste capable de suivre la règle ? Que demande t-on à un spécialiste des RH dûment formé ? Être capable d’une réflexion et d’une prise de décision au cas par cas. Mais peut-être que le recruteur dont il est question a lui-même été embauché sans CV.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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