L’avenir ? D’accord, mais sans les jeunes, les femmes, ni les entreprises (ou alors pas trop)

Sylvia Di Pasquale

Génial. Du 19 au 21 novembre prochain, l’Institut de France réunit 160 personnalités pour discuter d’avenir avec « ceux qui changent le monde ». Mais le casting de ces "Rencontres capitales : quel monde réinventer pour demain ?" manque singulièrement de jeunes, de femmes et de dirigeants d'entreprises. A qui la faute ?

L'Institut de france réunit 160 personnalités pour discuter d’avenir avec « ceux qui changent le monde » mais le casting a xx ans de moyenne d'âge, seulement 25% de femmes et x représentants d'entreprise. Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

L’avenir ? D’accord, mais sans les jeunes, les femmes, ni les entreprises (ou alors pas trop)
L'Institut de france réunit 160 personnalités pour discuter d’avenir avec « ceux qui changent le monde » mais le casting a xx ans de moyenne d'âge, seulement 25% de femmes et x représentants d'entreprise. Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Dans quelques jours va commencer la 6e édition des Rencontres capitales organisées tous les deux ans par l’institut de France. Pour ce Woodstock biennal de la pensée, toutes les stars françaises de la réflexion vont confronter leurs idées durant trois jours. Un vrai bonheur, puisque le public est invité à assister à ces discussions de haut vol, où l’on pourra croiser Yves Coppens, Barbara Hendricks ou Etienne Klein parmi les 153 intervenants. Que de la pointure XXL qui va disserter, sous la coupole de l’Académie, de thèmes aussi divers qu’essentiels tels que l’avenir de la planète, l’avenir de l’entreprise, l’avenir de la différence, l’avenir de la crise ou l’avenir de la laïcité.

De grands débats pour décrypter les mutations profondes de notre société et ceux d’une planète en quête de nouveaux repères afin de mieux préparer notre futur.
Les Rencontres capitales

 

Autant de sujets passionnants dont il nous tarde d’entendre les avis éclairés de la bouche même de ces sommités. Mais ces 30 débats sont tellement intéressants qu’on est déçu d’avance en découvrant leur composition. Et de se demander pourquoi les femmes, les jeunes et les dirigeants d’entreprise ont trainé la jambe pour se rendre au quai Conti et intervenir au même titre que les hommes, boomers, économistes, artistes, intellectuels, journalistes et scientifiques qui figurent au programme ?

Ces dames avaient-elles une lessive à lancer ? Les jeunes un jeu vidéo à terminer ? Les chefs d’entreprise leur tas d’or à recompter ? On caricature à dessein. Jugez plutôt.

 

Parmi les 153 intervenants, 25 ont moins de 45 ans, 27 exercent en entreprise, 41 sont des femmes.
Source : Liste des intervenants 2021 aux Rencontres capitales

Certes, il y a des jeunes, des femmes et des dirigeants d’entreprises au programme mais à dose homéopathique. Dans cette grande messe pour « Réinventer le monde avec ceux qui le changent » (c’est la promesse), les jeunes ne sont pas très nombreux à répondre présents aux côtés des sommités des Académies. Les moins de 45 balais sont une petite trentaine parmi les 153 intervenants annoncés. Seuls deux d’entre eux ont moins de 30 ans : la jeune entrepreneuse Elise Thibaut-Gondré (28 ans), fondatrice de Day One et la journaliste Eugénie Bastié (29 ans). Elles seront les benjamines de cet aéropage de sages dont 45 % ont dépassé les 60 printemps.  La dessinatrice Catherine Meurisse ou Raphaël Glucksmann, député européen, sont des bambins du haut de leur petite quarantaine.

Dans le colloque inaugural consacré aux leçons à tirer de l’épisode Covid, une femme distribue bien la parole mais aucune ne figure parmi les speakers. Et dans les 29 débats suivants, la parité est respectée… une seule fois, et l’on ne peut s’empêcher de sourire à la lecture du thème des débats : « Handicap, différence, égalité, que reste-t-il encore à accomplir ? » Quant au débat "Capitalisme numérique : quel monde nous réinvente-t-il ?", il faut espérer qu'il ne soit pas prémonitoire car aucune voix féminine n'a été conviée à s'y exprimer..

Quid des dirigeants d’entreprises ? Ils sont une petite trentaine, répartis dans les débats. Des dirigeants d’Accenture, Engie, Compass, Pfizer, Zurich ont répondu présents, de même que Elise Thibaut-Gondré qui cumule la jeunesse, le genre féminin et le titre d’entrepreneuse puisqu’elle a créé une start-up. Pourquoi les autres patrons ou patronnes de boîtes “normales”, jeunes entreprenants ou moins jeunes, n’ont pas voulu faire le déplacement pour rééquilibrer les plateaux ?

 Comme si les uns et les autres ne se souciaient pas de l’avenir (le thème de ces rencontres, on vous l'a déjà dit ?). A moins que l’Institut de France et les académies réunies, n’aient même pas songé à élargir le cercle au-delà des tauliers de la pensée. Une négligence que l’on ne saurait concevoir, l’organisme, garant de la pensée hexagonale ne saurait tomber dans un travers aussi grossier.

Tags : Parité
Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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