La flemme !

Sylvia Di Pasquale

Le phénomène fait cette semaine la une de deux hebdomadaires. La grosse flemme, le manque de volonté d’apprendre et de travailler semble s’emparer de nos sociétés. De la grande démission, à la toute aussi grande démobilisation des salariés, surtout des plus jeunes, décryptage des symptômes et pistes de solutions.

La grande flemme 2022, vue par Charles Monnier ©Cadremploi

La flemme !
La grande flemme 2022, vue par Charles Monnier ©Cadremploi

Tourner le dos au travail, perdre le goût de l'effort

Quand deux magazines s’emparent d’un même thème, sans qu’il ne soit d’une actualité guerrière ou politique, c’est qu’il y a anguille sous roche et tendance sociétale lourde dans l’air.

En l’occurrence, c’est le travail qui préoccupe Le Figaro Magazine et le Point, qui lui consacrent leur une de la semaine. Le travail, ou plutôt, son absence. En l’occurrence, le Fig Mag consacre son dossier principal à « ces Français qui ne veulent plus travailler », quant au Point, il se demande, sur près de 10 pages, « ou est passé le goût de l’effort ? ».

Des enfants gâtés ?

On le sait, entre la « grande démission » version paillettes dans l’Amérique de Beyonce et les soucis, plus pragmatiques, des restaurateurs français qui peinent à recruter, et des jeunes diplômés en quête de sens, la palette des problèmes est large. Le Figaro s’en est allé à la rencontre des adeptes du « travailler moins pour vivre mieux » et le Point interroge des scientifiques et des intellectuels pour tenter de comprendre le phénomène. 

Quant au philosophe Pascal Bruckner, il se délecte à fustiger l’hédonisme de l’époque, celle de « l’homme narcisse » (coucou les réseaux sociaux) et de la « sécurité que nous offre la protection qui nous rend fragiles et insatisfaits » (coucou l’État providence), pour conclure par un éloge de l’effort : « Ne nommons pas souffrance ce qui relève de notre inachèvement, nommons-le aubaine ».

La flemme est bonne pour la survie de l'espèce humaine

L’effort, pour les études ou le travail serait donc une notion devenue obsolète ? Pour Boris Cheval, chercheur en neuropsychologie, cette carence ne daterait pas d’hier. « C’est même dans la nature de l’homme de s’économiser pour survivre ». Et d’ajouter que « depuis le premier outil fabriqué par l'homme, toute la société s'est construite avec l'objectif de minimiser ses efforts. » Soit, mais à l’heure de la livraison à domicile qui évite de se déplacer, et du GPS qui évite d’avoir à planifier son trajet, comment se montrer capables d’efforts pour se former et travailler, cette notion perdue devenue cauchemar de DRH et des managers confontées à des équipes démotivées, ou carrément démissionnaires ?

 A la recherche de la niaque perdue

La solution réside peut-être dans un petit livre précurseur et paru en 2017. « L’art de la niaque ». L’ouvrage de la prof de psycho à l'université de Pennsylvanie Angela Duckworth est un mode d’emploi. La chercheuse livre des pistes pour retrouver le goût de l’effort perdu en expliquant que cette notion peut s’acquérir et qu’en ce n’est pas très difficile d’y parvenir. Managers et DRH, n’offrez plus des chocolats à vos collaborateurs à Noël, mais un livre.

 

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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