La marque employeur ? Le dernier des soucis d’Elon Musk

Sylvia Di Pasquale

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

La marque employeur ? Le dernier des soucis d’Elon Musk
Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

C’est plus qu’un tollé, c’est un tremblement de terre. Même l’Onu s’en mêle, par l’entremise de son haut commissaire aux droits de l’homme. Comme si Twitter était un pays, et Elon Musk son dictateur. Volker Türk, le haut fonctionnaire des Nations Unies en question, demande au milliardaire de respecter les droits de l’homme au sein du réseau social qu’il vient de s’offrir pour 44 milliards de dollars. 

Droits de l'Homme bafoués au pays de Twitter

À ce point là ? Le patron de Tesla et Space X n’est certes pas un tyran génocidaire, mais ses premiers pas à la tête du petit oiseau et ses méthodes brutales ont pour le moins horrifié les salariés maison, et tous les salariés de la planète à même de s’identifier à leurs congénères qui travaillent chez Twitter, au siège de San Francisco ou dans ses filiales à travers le monde.

Car quand Musk n’est pas content et juge que la masse salariale de son dernier joujou (qui n’a été rentable qu’un seul trimestre en 16 ans d’existence) est trop importante, il envoie ce qui lui reste de pudeur en orbite dans une fusée Space-X. Le respect des droits élémentaires des salariés, ou même le début de compassion à leur égard a autant de prise sur lui qu’une goutte d’essence dans un moteur Tesla. Quand il décide de virer la moitié des 7 500 employés de sa nouvelle boîte, il le fait par mail, avec effet immédiat, en prenant soin d’interdire à tous l’accès au siège de San Francisco pour éviter le grabuge. 

Depuis, les licenciés sont vent debout et ceux qui restent tremblent de peur. Mais comment dans un tel climat délétère, avec de telles conditions sociales, Elon Musk peut-il espérer un jour recruter de bons développeurs, de grands spécialistes du marketing ou d’autres postes indispensables à la bonne marche d’un réseau social, et que les Google et autres Microsoft s’arrachent ? 

Une marque employeur exsangue

Il semble qu’il n’en a cure. Il semble que le milliardaire se fiche totalement de la marque employeur de ses boîtes. Entre Tesla et Space X, il emploie déjà près de 110 000 personnes et ses méthodes expéditives sont connues de tous ceux qui travaillent avec lui. Des méthodes qui ne l’empêchent pas d’attirer les meilleurs. Tesla est valorisé à 207 milliards de dollars (soit plus que Toyota qui fabrique 5 fois plus de voitures que lui) et dispose d’une énorme avancée technologique par rapport à ses concurrents. Space X est encore mieux placé : il ne souffre d’aucune concurrence. Alors les bons candidats affluent, font leurs armes, se forgent un CV, s’en vont ailleurs et sont remplacés par d’autres, attirés à leur tour par l'impression de participer à l'histoire des réseaux sociaux.

Sauf que le monde change, Elon. Sauf que le chantage à la belle carte de visite a de moins en moins cours. Ce système, qui a perduré dans d’autres boîtes que celles de Musk, dans l’audit ou les SSII, est à bout de souffle. Etre visionnaire comme le Tycoon américain affirme l’être, c’est aussi avoir une vision d’avenir en matière de gouvernance managériale. Et si les boîtes  qu’il dirige aujourd’hui sont les figures de demain en matière de techno et de produits, elles appartiennent à un passé révolu en matière de bien-être au travail. Du moins faut-il l'espérer.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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