Le climat avant le profit, really ?

Sylvia Di Pasquale

EDITORIAL – On nous le répète : les jeunes générations sont très investies dans le sauvetage de la planète, beaucoup plus que leurs aînés. Vraiment ? Alors devinez où rêvent de travailler les jeunes diplômés français ? La comparaison entre le classement de Challenges des entreprises les plus vertes, et celui des boîtes préférées des jeunes diplômés réserve quelques surprises. Explications.

Eclipse climatique. Dessin original de Charles Monnier pour ©Cadremploi.

Le climat avant le profit, really ?
Eclipse climatique. Dessin original de Charles Monnier pour ©Cadremploi.

C’est parti pour quinze jours. Deux semaines durant lesquelles près de 200 pays sont réunis à Glasgow pour tenter d’enrayer ce fichu dérèglement climatique. Boris Johnson, le premier ministre anglais a d’ailleurs prévenu, en ouverture de cette Cop 26 : « Il est minuit moins une ». Une façon de rappeler à tout le monde que c’est maintenant ou jamais. Mais tout le monde ne semble pas avoir le même sens du timing que le leader anglais à la coupe de cheveux approximative.

Pas très vertes, les entreprises préférées des jeunes diplômés

Prenons les jeunes générations. Il est communément admis qu’elles sont beaucoup plus concernées par la sauvegarde de l’environnement que leurs boomers de parents. Pourtant, les Y et Z ne sont pas tous des Greta Thunberg, loin s’en faut. Pour le constater, il suffit de consulter, en guise de baromètre, trois classements récents.

Deux d’entre eux ont été établis respectivement par le cabinet Universum et par Harris Interactive-Epoka pour l’Etudiant. L’un comme l’autre nous livrent les entreprises préférées des jeunes diplômés des écoles de commerce et d’ingénieurs en 2021, du moins celles où ils aimeraient bosser. Malgré la pandémie, on constate peu de changements dans la tête des palmarès chez ces futurs cadres et dirigeants, le critère de choix ayant pris +18% étant "la sécurité de l'emploi", loin devant le mieux disant environnemental des boîtes en question.

Les "champions du climat" ne sont pas leurs préférées

Pour s’en convaincre il suffit de comparer leurs desideratas à une autre liste, établie quant à elle par Statista pour le magazine Challenges.

Cette dernière répertorie les boîtes les plus respectueuses en matière d’environnement et l’on retrouve en tête des entreprises telles que Altarea, Kering, Klépierre, Vallourec ou Groupe M6. Peu de rapport avec les vœux des jeunes diplômés qui leur préfèrent des boîtes paillettes comme L’Oréal, Google, LVMH , Chanel, Airbus, Thalès, Safran dans les classements Universum ou Harris Interactive-Epoka. Des boîtes plus connues du grand public, mais pas vraiment les plus décarbonnées.

D'un côté les entreprises "championnes du climat", de l'autre les entreprises préférées des jeunes diplômés
Les championnes
du climat 2021


(Statista/Challenges)
Les entreprises préférées des étudiants et jeunes diplômés d'écoles 2021

(Harris Interactive/Epoka/
L'Étudiant)
Les entreprises préférées des jeunes d'écoles de commerce 2021

(Universum/Le Monde)
Les entreprises préférées des jeunes d'écoles d'ingénieurs 2021

(Universum/Le Monde)
Altarea Danone LVMH Airbus
Kering L'Oréal L'Oréal Google
Klépierre Google Chanel Thales
Vallourec Groupe LVMH Google Safran
Groupe M6 Thalès Apple Apple
Worldline Pomme KPMG Dassault Aviation
Maisons du Monde Décathlon BNP Paribas Microsoft
Capgemini Nestlé Air France EDF
Michelin KPMG Disneyland Paris Vinci
Schneider Electric Airbus Goldman Sachs Dassault Systèmes
Sources : les sites de Challenges, L'Etudiant, Le Monde, Statista, Epoka, Harris Interactive et Universum.

Danone, really ?

Cerise sur le CO2 : l’entreprise où les jeunes diplômés interrogés dans l’un des deux palmarès rêvent de bosser est Danone. C’est justement cette entreprise et ses actionnaires qui ont évincé son PDG Emmanuel Faber, il y a six mois, ne lui reprochant pas officiellement le tournant écologique et social qu’il voulait donner au groupe. Pas du tout. La version officielle étant la piètre performance boursière de Danone par rapport à celle de ses concurrents. Emmanuel Faber a depuis lors rejoint un fond de capital risque éthique qui a, notamment, investit dans la chaine de vente locale La ruche qui dit oui.

Entrisme discret ?

En observant ces résultats on reste évidemment prudents. On peut ainsi se dire que les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs sont installées dans des contrées aux micro-climats qui ne laissent pas passer le moindre signe de changement climatique mondial. Ou alors, version optimiste, les réponses de ces futurs décideurs révèlent une stratégie secrète : ils veulent agir de l'intérieur. Une fois en poste, ils pourront enfin faire basculer ces entreprises vers l'activisme climatique. C'est juste une question de timing.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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