Les Français admirent les boîtes pragmatiques plutôt que les entreprises chics

Sylvia Di Pasquale

Les entreprises les plus "admirées" des Français sont en prise directe avec leur quotidien et se sont montrées solidaires pendant le Covid. La preuve par Décathtlon, Peugeot et Leclerc. Le luxe est moins admiré que la réalité, selon le récent sondage réalisé par l’Ifop pour Eight Advisory et le JDD. Que faut-il en déduire ?

Le luxe est moins admiré que les entreprises du quotidien dans le monde d'après, selon un sondage Ifop pour Eight Advisory et le JDD. Dessin original de Charles Monnier pour ©Cadremploi

Les Français admirent les boîtes pragmatiques plutôt que les entreprises chics
Le luxe est moins admiré que les entreprises du quotidien dans le monde d'après, selon un sondage Ifop pour Eight Advisory et le JDD. Dessin original de Charles Monnier pour ©Cadremploi

Dans la vie d’avant, tout était si simple. Pour qu’une entreprise soit admirée de tous, il lui suffisait de s’exposer à travers des écrans publicitaires les plus nombreux possibles, ou de fabriquer des produits clinquants, ou de le laisser croire, et de faire rêver le chaland,. C’est fini, du moins si l’on en croit le récent sondage* réalisé par l’Ifop pour Eight Advisory et le JDD. Pour les 3 500 personnes interrogées, les trois entreprises les plus "admirées" des Français sont Décathlon, Peugeot et Leclerc. Évidemment, ce ne sont pas des inconnues, et elles sont plutôt bien représentées dans les écrans pub.

Source : Eight Advisory

Pour être populaire, il faut se montrer solidaire

Mais si elles figurent dans ce classement, c’est pour d'autres raisons. Si des marques de luxe comme Chanel ou Cartier, elles aussi très communicantes, en sont absentes, c’est que le monde a changé, c’est que le Covid est passé par là. Dans le monde d'après, la proximité que les interrogés du sondage ont avec les marques – et les entreprises qui les conçoivent – est aujourd’hui plus importants que le fantasme qu’elles dégagent.

Ce n’est pas un hasard si les trois gagnantes se sont impliquées dans la crise sanitaire , chacune à leur niveau. Peugeot en fabriquant des respirateurs, Décathlon en transformant ses fameux masques de plongée pour les mettre à la disposition des soignants, et Leclerc pour permettre à tous de se nourrir (même si ce n’est pas spécialement à l’initiative du distributeur), ou pour avoir, en ces temps de hausse des carburants, été le premier à afficher la vente de l’essence à prix coûtant. Sans parler de Doctolib qui fait la plus forte percée du palmarès, passant de la 32e à la 11e place du classement.

La proximité, nouvelle valeur sûre

Évidemment, ces postures "solidaires" en temps de crise sanitaire, ou de crise tout court, ne sont pas les seuls ingrédients qui ont amenés ces trois entreprises à ce sommet de popularité. Le facteur de proximité est également révélateur de leur succès. Les Français vont chez Leclerc toutes les semaines et chez Décathlon lorsqu’ils ont besoin d’un jogging ou d’un vélo. Et ils voient des Peugeot chaque jour dans la rue lorsqu’ils n’en ont pas une dans leur garage. 

Une nouvelle alchimie pour la marque employeur ?

Et le luxe, alors ? Il semble ne faire plus rêver que ceux qui ont la possibilité d’y accéder. Et que le plus grand nombre ne rêve même plus d’y accéder. Les Français admirent ce qu’ils peuvent se permettre. Quant aux entreprises, elles peuvent elles aussi tirer un enseignement de ce sondage, qu’elles fabriquent, ou distribuent des objets ou des services du quotidien ou des produits de luxe.

 

Ce sondage est la démonstration qu’une boîte qui s’investit un minimum dans son époque, qui prend des initiatives solidaires, même si elles ne sont que de façade, aura plus de chances d’être admirée qu’une autre. Et par là-même, de développer son business mieux qu’une autre, de motiver ses troupes comme aucune, et d’attirer les meilleurs candidats comme personne.

Ce dernier point est d'ailleurs souligné dans le JDD par Romain Bendavid, ­directeur de l'expertise stratégie d'entreprises à l'Ifop : « On constate que les Français accordent plus d'importance aux entreprises qui suscitent l'envie d'y travailler. » Ce critère passe même devant les efforts en matière environnementale. Employeurs, à vos marques employeurs !

* Le sondage de l'Ifop pour Eight Advisory et le JDD a été mené auprès d'un échantillon de 3.005 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, du 28/9 au 7/10/21. Une liste de 77 entreprises leur a été soumises afin qu'ils les évaluent selon 6 critères : : la performance, la responsabilité environnementale, l'innovation, la capacité à donner une bonne image de la France, la contribution au quotidien des Français et la marque employeur, c'est-à-dire l'envie que suscite l'entreprise d'y travailler.

Source : JDD

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

Vous aimerez aussi :