Pour être ministre, il faut toutes les soft skills + 1

Publié le 13 juillet 2020 Mis à jour le 13 juillet 2020 Sylvia Di Pasquale

Ils étaient nombreux à attendre le coup de fil de Jean Castex pour rejoindre sa nouvelle équipe ministérielle. Et ils sont encore nombreux à ne pas lâcher leur mobile cette semaine au cas où le Premier ministre aurait un poste de secrétaire d’Etat à leur proposer. Ce qui fera la différence entre deux profils brillantissimes, c’est une soft skill apparemment ordinaire mais rarissime.
Pour être ministre, il faut toutes les soft skills + 1

À chaque remaniement ministériel, c’est la même antienne. On entend ce bon vieux refrain qui accuse untel d’être incompétent ou illégitime. Et le premier gouvernement de Jean Castex n’échappe pas à la sacro-sainte règle.

Roselyne Bachelot ? Comment une ex-ministre de la santé peut-elle s’occuper de la culture ? Eric Dupont-Moretti ? Comment une star du barreau peut-il gérer la Chancellerie ? Elisabeth Borne ? Comment peut-elle prendre en main les dossiers du travail alors qu’elle vient des transports et de l’écologie ?

C’est comme si les fameuses soft skills, ces incontournables d'une carrière en entreprise, étaient moins importantes lorsqu’il s’agit de gérer la Nation. Comme si les compétences non techniques comptaient peu dans un job, justement, peu technique. Ce sont elles pourtant, qui font toute la différence dans ce club très sélect des serviteurs de l’Etat, qui possèdent à peu près tous les qualités de base pour en faire partie.

 

Prenons le cas d Elisabeth Borne nommée, le 6 juillet dernier, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, en remplacement de Muriel Pénicaud. Il est toujours préférable de demander leur avis aux ennemis de la personne que l’on tente de cerner. En l’occurrence, les syndicats de la RATP, qui ont eu affaire à elle alors qu’elle était présidente de la Régie entre 2015 et 2017. Peu enclins à dresser son hagiographie, ils l’ont surnommé Elisabeth « Borne out » en reconnaissant son énorme, et exténuante, capacité de travail.

Tous ses interlocuteurs ont noté l’agilité de cette Polytechnicienne passée à la fois par 4 postes en entreprise et 8 dans le public, à zapper d’un dossier à l’autre et à faire preuve d’un sens de la négociation hors pair. Des qualités de courage à prendre des décisions – en plus de son sens politique – qu’elle a affinées au fil des environnements qu’elle découvrait.

Pourquoi ces soft skills, tant recherchées en entreprise, sont-elles déniées au monde politique ? Y compris parfois par ceux –  quelle ironie – qui prônent une gouvernance du pays semblable à celle de l’entreprise.

Enfin, il est une qualité rarissime que détient la ministre et qui a dû faire pencher la balance pour lui attribuer ce ministère où des dossiers brûlants – comme la réforme des retraites, les 6 millions de chômeurs, les vagues de plan sociaux, l’insertion des jeunes… –, l’attendent : c'est sa légendaire capacité à gérer son stress. Elle a pu la démontrer non seulement lors de négociations difficiles comme elle en a connu lorsqu’elle pilotait la réforme ferroviaire qui a déclenché la plus longue grève des transports de ces 30 dernières années. Mais aussi lorsqu’elle a découvert le surnom de « Calamity Borne » dont l’ont affublé les syndicats. Même pas mal.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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