Quand des Gafam jouent à Squid Game avec leurs salariés

Sylvia Di Pasquale

En soit, tout licenciement est cruel, mais les méthodes mises en place par certains géants californiens, s’ils ressemblent à un jeu, font plutôt songer à Squid Game qu’à la marelle.

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Quand des Gafam jouent à Squid Game avec leurs salariés
Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

30 à 90 jours pour se recaser en interne, sinon c'est la porte

Vue d’avion, l’affaire ne semble pas si grave que ça. Moins grave en tous cas que des licenciements secs, à l’américaine, avec le quart d’heure règlementaire pour remplir son petit carton. Et pourtant, ce qui est en train de se produire chez les nababs de la Silicon Valley peut avoir des conséquences sur les licenciements eux-mêmes, et sur l’entreprise toute entière. Des conséquences pas vraiment joyeuses, ni totalement saines.

Car la dernière tendance chez Meta (Facebook pour les boomers) et Alphabet (Google pour les noobs), si elle parait juste et sage en façade est plutôt cruelle et désastreuse en réalité.

En fait de licenciement, il s’agit d’une course, où les gagnants restent dans la boîte et ou les perdants prennent la porte.

  • Chez Alphabet, la moitié des 100 salariés d’une petite structure baptisée Area 120 sont concernés. Au top départ, ils ont 90 jours pour se recaser dans le groupe, passé ce délai, ils sont virés.
  • Chez Meta, qui veut se séparer de 10% de ses effectifs, on se dit que trois mois pour se retourner, c’est drôlement long. Trente jours sont bien suffisants. C’est le délai maximum autorisé aux désignés chez Mark Zuckerberg.

Permis de rester

Face à cette méthode on serait tenté de se dire qu’elle n’est finalement pas si monstrueuse qu’il n’y parait, et qu’après tout, les deux entreprises sont plutôt magnanimes et laissent une chance à leurs victimes. Ou alors, à l’inverse, on se projette un tantinet, on s’invite dans les locaux d’Alphabet pendant 90 jours, et l’on observe les désignés se débattre. L’on voit les plus hâbleurs, les plus chanceux et les plus réseauteurs retrouver un service pour les accueillir. Et l’on scrute la réaction des autres, ceux qui restent sur le carreau et qui comptent les jours qui leur restent pour décrocher ce fameux “droit de rester”. On imagine l’ambiance générale à couper au couteau, l’atmosphère étouffante dans l’open space du département concerné où les rivalités se font jour. Et, surtout, l’on se dit que pas grand monde n’a envie de vivre cela. Personne n’a envie de jouer à Squid Game pour de vrai.

L'arroseur arrosé

Mais qui sommes-nous pour donner des leçons ? Si ces boîtes sont devenues les maîtres du monde, c’est en étant forcément respectueuses de leur prochains, de leurs concurrents et de leurs salariés. Le business c’est la jungle, et pis c’est tout. C’est vrai. Du moins c’était vrai. Mark Zuckerberg devrait de temps en temps jeter un œil à ses propres réseaux. N’est-ce pas chez lui que des phénomènes comme le #BigQuit (la grande démission) ont prospéré ?  N’est-ce pas sur ses Facebook, Whatsapp et autres Instagram que ses usagers parlent à longueur d’année de quête de sens, et de boycott de produits comme de services qui manquent d’éthique ? A force de vivre le monde de l’entreprise comme un boomer, le maître du monde pourrait se retrouver bien isolé dans sa jungle.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

Vous aimerez aussi :