Ça y est, une entreprise recrute sans période d’essai

Sylvia Di Pasquale

C'est une première en France. Chez Saur, que vous soyez ouvrier ou cadre dirigeant, votre contrat de travail commence sans période d'essai. Un acte rebelle qui vient d'être récompensé par le Prix de l'Innovation RH de l'année 2021. C'est que ce géant du secteur de l'eau prend le pari de faire confiance et de donner confiance. Premier bilan : les candidatures affluent et les nouveaux embauchés restent. Posons la question : ne serait-ce pas la martingale pour donner envie aux candidats de changer de boîte ? Et au fait, saviez-vous que la période d'essai n'est absolument pas obligatoire dans le droit français ?

Quand Saur supprime la période d'essai, le rapport de force entre candidat et employeur se rééquilibre. Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Ça y est, une entreprise recrute sans période d’essai
Quand Saur supprime la période d'essai, le rapport de force entre candidat et employeur se rééquilibre. Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Elle est aussi ancienne que le CDI. Mais si la période d’essai, ce sas d’entrée dans l’entreprise, n’a rien d’obligatoire dans le droit français, puisque c’est un droit et non un devoir, elle n’en est pas moins traditionnelle et acceptée par tous. Jusqu’ici du moins. Car chez Saur, on vient de lui jeter un sort.

RIP la période d’essai chez Saur

Depuis le mois de mars 2021, c’en est fini du mois ou des mois de période d’essai renouvelable. Dorénavant lorsqu’on est embauché chez ce géant du secteur de l’eau, on l’est définitivement dès le premier jour. Ce dispositif, qui a déjà permis à Saur d’embaucher 700 personnes en l’espace de 7 mois a valu à son DRH Xavier Savigny et à son équipe, d'être récompensé par le prix de l’Innovation RH de l’Année 2021, remis la semaine passée par un jury de professionnels, réuni par Cadremploi (oui c'est nous), Morgan Philips et Le Figaro Economie.

Une partie de l'équipe RH auour du trophée de l'Innovation RH de l'année 2021. De gauche à droite : Nezha Korti, Xavier Savigny et Audrey Fusilli

Évidemment, l’intérêt de la disparition de ce mois, ou des multiples mois de suspense, renouvelables ou pas, est assez évident pour les embauchés concernés, du moins pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir choisir leur job et leur entreprise. Pour eux, la période d’essai est souvent vécue comme une incertitude, un temps suspendu au bon vouloir de la boîte dans laquelle ils viennent de signer un contrat. L’embauche immédiate est donc perçue par ces candidats, comme un cadeau, voire une surprise. D’ailleurs le DRH de Saur l’avoue, « certains, en relisant leur contrat avant de le signer, s’étonnent et nous signalent une erreur : la période d’essai n’est pas indiquée ».

Accepter le risque

Cette disparition peut donc être vécue comme un soulagement, mais aussi comme un avantage en moins. Car certains embauchés de frais sont traditionnellement fort satisfaits d’avoir quelque temps pour jauger l’entreprise, et, s’ils n’en sont pas contents, ils retrouvent leur liberté quand bon leur semble, tout comme les employeurs peuvent les jauger et s’en séparer. En s’enlevant mutuellement cette possibilité, chacun accepte le risque. Un risque qu’il convient de savamment doser et c’est peut-être la principale difficulté de cette opération.

Complexification du processus de sélection ?

Car la suppression de la période d’essai n’est pas une simplification du process de recrutement. C’est même tout l’inverse.

  • A l’employeur d'être encore plus finaud pour cerner au plus près les qualités du candidat et sa capacité à matcher avec le poste et l'entreprise;
  • et au candidat de cerner au mieux si cette entreprise, avec laquelle il va se lier par contrat, a les atouts qu'il lui faut pour s'épanouir.

Et tout ça, uniquement pendant la période où candidats et employeur vont échanger avant de se dire "Oui".

Pour y parvenir, chacune des parties doit s’engager à jouer la transparence, seule manière de garantir l’avenir, et de minimiser (un peu) les risques. C'est là que réside toute l'alchimie de l'opération qui consiste à faire naître des attentions réciproques : "Si tu nous fais confiance, on te fait confiance".
Une phrase magique pour la marque employeur
: ça claque et ça attire des candidats bien au chaud dans leur boîte et qui, peut-être, sans une telle démarche, n’oseraient pas sortir de leur abri.

Magique pour les managers aussi

Mais l'autre avantage est d'ordre encore plus magique pour l'entreprise qui squeeze la période d'essai. Comme les recruteurs qui mènent les entretiens n'ont pas le droit à l'erreur, ils doivent entraîner avec eux les managers opérationnels qui travailleront quotidiennement avec eux. Motivés par l'enjeu, ces derniers sont au taquet et participent plus activement qu'avant à ces embauches. Car pas question d'intégrer quelqu'un qui ne resterait pas, faute d'avoir été clair sur la relation à venir.

Pour y parvenir, ces managers doivent évidemment se former aux techniques de sélection et se perfectionner dans les entretiens. Et quand des opérationnels et des pros des ressources humaines travaillent vraiment ensemble, et se comprennent, c’est aussi un grand pas de franchi dans la bonne marche d’une entreprise.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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