Mais pourquoi donc le "syndrome de l’imposteur" fait + 130 % de recherches sur Google ?

Sylvia Di Pasquale

EDITORIAL Pour connaître les préoccupations de ses contemporains, un détour par Google peut s'avérer très instructif. Depuis le début de la pandémie, l'expression "syndrome de l'imposteur" enregistre + 130 % de requête sur le moteur de recherche. Mais pourquoi cette inflation ? Ce syndrome serait-il un dégât collatéral du télétravail forcé ?

Dessin de ©Charles Monnier

Mais pourquoi donc le "syndrome de l’imposteur" fait + 130 % de recherches sur Google ?
Dessin de ©Charles Monnier

Le télétravail forcé aurait-il renforcé certains salariés dans leur impression d'illégitimité à leur poste ? Alors que s'organise le retour au bureau à partir du 9 juin, il me semble utile de poser quelques questions sur les failles psychologiques qu'aurait pu accentuer le travail à distance prolongé, chez certains salariés.

Le syndrome de l'imposteur très populaire sur Google

Au début ce sont des conversations qui m’ont alertée :

« Ils vont bien finir par se rendre compte que je ne sers à rien. »
« Il y a des visio où on ne m’invite plus, c’est bien la preuve qu’ils me trouvent nul. »
« Plein d'autres feraient mieux que moi à ce poste. »

Pourquoi ces gens ont-ils le sentiment de ne pas mériter la place qu’ils occupent dans leur entreprise ? Et pourquoi ai-je l'impression qu'ils l'expriment davantage aujourd'hui, à quelques jours du début du retour au bureau et de la fin du télétravail généralisé ?

Pour étayer ce ressenti, j’ai demandé à notre grande prêtresse du SEO de Cadremploi si le « syndrome de l’imposteur » était une expression très recherchée en ce moment sur Google. Bingo ! Depuis mars 2020, donc à partir du premier confinement, l'expression enregistre en moyenne + 130 % d'intérêt chez les internautes français.

Source : Google Trends (merci Marjolaine)

Pourtant, aucune étude médicale, pseudo médicale ou purement fantaisiste récente ne vient corroborer ce constat que ce syndrome préoccupe davantage les Français. L’enquête la plus récente sur le phénomène date de 2019, une époque lointaine où tout le monde allait au bureau, prenait des pots et déjeunait entre collègues.

Quel rapport entre syndrome de l'imposteur et pandémie ?

Le supposé imposteur souffre de ne jamais se sentir suffisamment compétent.  Sa réussite professionnelle, si réussite il y a ? Un énorme coup de bol, une cécité managériale, une bienveillance des collègues, ou un sentiment de passer à travers les mailles du filet à détecteurs de nuls. Par peur d'être démasqués, ils ont tendance à en faire beaucoup plus et bossent plus que les autres, ce qui renforce leur sentiment d'être nul, vus les efforts fournis. D'autres finissent par se décourager, faute de réassurance, et sabotent eux-mêmes leur travail.

Or, quel est le meilleur remède pour soigner cette souffrance, car c’en est une ? Pour éviter que les imposteurs supposés tombent dans le burnout ou la procrastination, les spécialistes du management recommandent l’écoute permanente, le réconfort tout aussi permanent, et surtout, de temps à autre, le petit mot bienveillant. Tout ce qui est moins spontané et qui peut venir à manquer lorsque l’on est isolé et en télétravail à 100 %. 

L'éloignement raréfie les signes de validation

Evidemment, au cours des zooms programmés à l’avance, le boss peut remotiver ses troupes en leur expliquant combien leur boulot est parfait. Mais ce n’est pas d’une harangue générale dont nos complexés du talent ont besoin, mais d’attention individuelle.

 

Les personnes qui souffrent de ces troubles ont besoin de signes explicites de validation. 

Or la distance a empêché les petites attentions faites au débotté, au coin d’un bureau, d’un couloir ou d’une machine à café, forcément en présentiel, donc. On mesurera les dégâts de la pandémie lorsqu’elle sera vraiment finie, mais on peut d’ores et déjà glisser dans la colonne sombre du tableau, l’explosion du syndrome de l’imposteur.

Etes-vous atteint du syndrome de l'imposteur ?

Faites le test conçu par Pauline Rose Clance

Ecouter l'exxxcellent podcast "Change ma vie" de Clotilde Dusoulier sur le Syndrome de l'imposteur

Clotilde Dusoulier : "Vous l'entendez, cette petite voix qui vous dit que vous n'êtes pas à votre place, pas à la hauteur, pas aussi bien qu'on croit, et que d'un instant à l'autre "on" va s'en apercevoir et que ce sera terrible, la honte, l'échec, le rejet, la ruine ? Pas de panique : c’est juste le syndrome de l’imposteur, et le traitement existe." Page Web du podcast

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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