"Ne rien faire" est une compétence désormais enseignée

Sylvia Di Pasquale

Apprendre à s'ennuyer est au programme de l'université du Wisconsin nous apprend le magazine Time. Et si l'on osait l'ennui sur le CV ?

Dessin original de Charles Monnier

"Ne rien faire" est une compétence désormais enseignée
Dessin original de Charles Monnier

Et si ne rien faire était devenu une compétence ? Et si s'ennuyer était une activité qu'il fallait ré-apprendre ? C’est en tous cas une discipline enseignée à l’université du Wisconsin, comme l’a révélé le Time et qui, dès sa publication s’est trouvée clouée au pilori par les réseaux sociaux plus prompts à la vilipende qu’à la réflexion.

Enseigner l'ennui

Les messages énervés en mode « encore cette génération de fumistes qui ne se donne plus la peine de rien, sauf quand il s’agit d’un cours de glande » se sont évidemment succédés. Et pourtant, ce que les profs de la fac de Lawrence enseignent, n’est pas une méthode pour en faire le moins possible au bureau ou pour tirer au flanc en télétravail ou en fac. C'est l’exact inverse.

Car les cours du Dr Connie Kassor - qui sont même devenus les plus populaires du campus - ne sont pas une opportunité de glander au fond d’un amphi, mais plutôt un apprentissage à ne rien faire. La nuance est non seulement de taille, mais elle pourrait bien permettre de travailler mieux à condition de s’ennuyer plus

Comment ça ? En fait, les profs partent du principe que le zéro minute d’ennui, à coups de consultation permanente de son smartphone, d’ultra connexion systématique et constante, fait que l’on remplit à longueur de journée (et parfois de nuit) tout le laps de temps et de cerveau disponible, tout le temps et à chaque instant, sans arrêt et sans prendre la peine de s’ennuyer, de divaguer, et in fine, de réfléchir, voire de dormir suffisamment.

Or des études prouvent que les étudiants qui dorment 7 ou 8 heures par nuit ont de meilleurs résultats scolaires. Alors les profs leur proposent, en leur demandant au préalable d’abandonner leur smartphone à l’entrée, des cours de marche consciente, des séances de 30 minutes où il est interdit de parler et de communiquer. Mais aussi des cours pour apprendre à mieux dormir. Bref : un apprentissage de l’ennui qui pourrait bien avoir de (bonnes) répercussions au moment des examens.

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Oser l'ennui sur le CV

Mais au fait, si les étudiants du Midwest réussissent mieux en s’ennuyant plus, pourquoi ce ne serait pas le cas au boulot ? Tout le monde se plaint d’être bombardé de mails, de slacks, de Whatsapp, et de coups de fil auxquels s’ajoutent des réunions d’ « échanges » toute la journée. A peine sortis du boulot, les mêmes assaillis diurnes se jettent le soir sur Netflix ou la salle de sport pour ne surtout pas s’ennuyer. Et si on faisait le contraire ?

Et si on vidait la rubrique « divers » de nos CV ou l’on se targue d’être 15.1 au tennis, adeptes du fooding ou cinéphiles convaincus ? Et si à, la place, on inscrivait, en gras, qu’on est des champions de l’ennui, histoire de prouver qu’on est capable de réflexion, de concentration et d’efficacité parce qu’on sait se poser et bien dormir.

Et si on prenait nos désirs pour des réalités ?

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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