L'ultracrépidarianisme fait aussi des dégâts en entreprise

Publié le 21 septembre 2020 Sylvia Di Pasquale

EDITORIAL – Et si cette lame de fond qu’est l’ultracrépidarianisme, qui touche les réseaux sociaux – ces nouveaux bistrots – ne s’étaient pas arrêtés à l’écran de nos smartphones ? Si ce comportement avait, et depuis fort longtemps, atteint les entreprises au travers du vecteur qu’est le manager ?
L'ultracrépidarianisme fait aussi des dégâts en entreprise

On cherchait un mot à ces kilotonnes de bêtises qu’on lit quotidiennement sur les réseaux sociaux au sujet de tout. De la Covid, du nucléaire, de la 5G, des OGM... Et voilà qu’il surgit hors de la nuit pour éclairer notre lanterne égarée. Ce Zorro, c’est le divin Etienne Klein.

Ça m’avait étonné qu’on puisse avoir autant d’assurance alors même qu’on venait de déclarer qu’on est incompétent

Physicien et philosophe, il nous rappelle dans cette video qui fait un carton sur Youtube, que l’ultra-crépidarianisme guette chacun d’entre nous.

Pour la faire courte, l'ultracrépidarianisme est un comportement qui consiste à parler avec assurance de sujets qu'on ne connait pas .  « Je ne suis pas médecin mais... » et l’expert auto-proclamé assène ses vérités comme s’il l’était. 

Comment corriger ce vilain défaut ? En prenant le temps d'approfondir les notions que l’on survole, pardi ! Facile à dire. 

Téléportons-nous dans une réunion, dans n’importe quelle boîte de n’importe quel coin de France ou du monde. Le manager vient exposer à ces N+1 ou à son codir ce que les experts de son service lui ont appris au cours d’une précédente réunion. En une seule rencontre, il est censé avoir emmagasiné suffisamment de connaissances pour être à même de les restituer à ses supérieurs. Parfois, il va même s’approprier lui-même l’idée, complexe, imaginée par les experts en question. Et voilà que, tous ensemble, lui et ses supérieurs qui auront une vision encore plus partielle du projet, vont décider de son sort pour la valider ou pas. Un magnifique terreau où peut fleurir le biais de surconfiance, étudié par les psychologues Dunning et Kruger en 1999, selon lequel les moins qualifiés ont tendance à s'exprimer en réunion à la place des plus compétents.

C’est ainsi que l’entreprise est devenue l’un des lieux les plus actifs de l'ultracrépidarianisme au XXIe siècle, aussi vrai que la terre est ronde, même si certains ultracrépidariens prétendent le contraire puisqu’ils l’ont lu quelque part.

Certes, tous les manuels de managers nous expliquent que ce dernier n’a pas à être un expert, mais un accompagnateur, un passeur, un média, un motivateur, un traceur de chemins (cochez les cases correspondantes). Et c’est exact. Un bon ministre des chaussures n’a nul besoin d’être cordonnier. Pour autant, le manager néophyte dans un domaine pointu devrait, peut-être, prendre le temps de l’apprentissage, et se donner le temps de creuser quelque peu le sujet dont il entend parler et qu’il entend trancher. 

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Mais le temps est certainement ce qui manque le plus aux managers de terrain. Du coup, les dégâts de l’ultracrépidarianisme ne peuvent leur être imputés. Ils ne sont pas plus à coller sur le dos de l’entreprise qui court après ses concurrents, ses clients et après le temps. Finalement, l’ultracrépidarianisme n’a qu’une cause : l’époque, l’air du temps.

Dessin original de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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