Urgence climatique : des collectifs de salariés réveillent les entreprises de l’intérieur

Sylvia Di Pasquale

ENTREPRISE PLUS VERTE – Pour contrer l'inaction climatique, des salariés d’entreprises ont décidé d’unir leurs forces pour pousser leur entreprise à agir. Ils se sont rassemblés dans des collectifs, chacun à l’intérieur de sa boîte, et se sont regroupés dans une association nationale. Un petit pas pour l’homo laborius, un grand pas pour la planète et une aubaine pour la marque employeur.

Carton vert ! Face à l'urgence climatique, des salariés montent des collectifs dans leurs entreprises pour les inciter à agir pour de bon. Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Urgence climatique : des collectifs de salariés réveillent les entreprises de l’intérieur
Carton vert ! Face à l'urgence climatique, des salariés montent des collectifs dans leurs entreprises pour les inciter à agir pour de bon. Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Ils ne sont ni syndicalistes, ni lanceurs d’alerte. Ils ne refusent pas de travailler dans une entreprise pour des raisons éthiques, à cause du produit polluant qu’elle fabrique, ou parce qu’elle n’a pas une politique assez respectueuse de l’environnement. Ces salariés, loin de se boucher le nez, se sont réunis au sein de « collectifs » et ont décidé de changer les choses de l’intérieur, de faire de l’entrisme, comme le théorisait Léon Trotsky en 1934.

 

Des "lobbyistes" internes dans un esprit constructif

Pour autant, il serait vain de leur coller une étiquette politique. Leur truc, c’est de peser, d’influencer et de transformer leur boîte par la discussion et l’évangélisation des collègues, pour que toute l’entreprise soit plus éco-responsable.

Leur conviction : il suffit que 10% du personnel d’une entreprise soit engagé dans un tel processus pour la modifier durablement.

Ils sont aujourd’hui une centaine de collectifs, regroupant au total 3 500 salariés, répartis dans de petites entreprise mais aussi des mastodontes comme Suez, Engie, EDF, Bouygues, Essilor, Airbus entre autres,  et dont certains ne sont pas les moins polluants. Ils se sont fédérés au sein de l’association Les collectifs et au printemps dernier, ont publié, dans Les Echos une tribune où ils se dévoilent, et portent leur mouvements sur les fonts baptismaux.

Nous pensons que cette aventure humaine peut contribuer à une nouvelle expérience de l'entreprise.
Les Collectifs

Adopter les gestes éco-citoyens mais pas seulement

Évidemment, ces collectifs ne vont pas renverser le business en réussissant simplement à faire adopter les plantes vertes de l’open space par ceux qui y travaillent. Ils ne vont pas non plus transformer l’essence même de leur boîte en exigeant des mugs individuels en lieu et place des gobelets en plastique. Airbus, où un collectif est en place, ne fabriquera pas tout de suite des avions électriques et Vinci ne construira pas immédiatement des routes sans bitume. Et si Total est en train de revoir son business model pour s’ouvrir, notamment, à la fourniture d’électricité, ce n’est pas sur l’insistance de ses militants internes, mais contraint et forcé par le marché et les pouvoirs publics.

Réduire la pollution sous toutes ses formes

Reste que ces groupes de salariés concernés et citoyens vont parfois plus loin. Par exemple lorsqu’ils se penchent sur la « comptabilité carbone » des pneus chez Michelin et se demandent quelles sont les émissions nécessaires pour produire une gomme avant qu’elle ne roule. Leurs actions de sensibilisation auprès de leurs collègues et de leur direction sur l’urgence climatique peuvent elles aussi avoir un impact au-delà des gobelets, des plantes vertes et des poubelles recyclables au bureau. Certains collectifs veulent aller plus loin, à l'instar de Bee Gree qui organise des ateliers pour redéfinir les métiers en y intégrant l’environnement. Sous l'œil vigilant de la RH sans doute.

 

Bon pour la marque employeur

Surtout, ces actions collectives, si elles aboutissent et permettent de transformer l’entreprise de l’intérieur, pourraient attirer des candidats que l’entreprise avaient renoncé à séduire.  Notamment des candidats particulièrement attentifs aux préoccupations environnementales, élément que souligne un responsable dans un reportage diffusé sur France Inter* : « C’est un élément très important dans les recrutements, les jeunes que l’on rencontrent demandent des preuves concrètes. On doit être crédible et sincère. » Autant s'appuyer sur les bonnes volontés déjà déjà dans l'entreprise pour y parvenir; Ce nouveau mode d'engagement en interne, c'est bon pour leur image d'employeur déjà en marche vers la transition écologique.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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