Vive l’autocensure au boulot !

Publié le 20 juillet 2020 Sylvia Di Pasquale

Au boulot, 38 % des salariés ne disent pas tout ce qu’ils pensent selon une récente étude. Un chiffre en hausse mais la vraie nouvelle, c’est qu’une majorité d’entre eux refuse de s’autocensurer. On ne peut s’empêcher de se demander : que deviendrait l’entreprise, et la société, si la parole était totalement libérée ?
Vive l’autocensure au boulot !

 Scoop : 38 % des salariés français s’autocensurent, selon une très sérieuse étude réalisée par le cabinet conseil AlterNego. Spécialisé dans la gestion des conflits, il s’est légitimement posé cette question et l’a, du coup, posée à 1 500 personnes pour en tirer une première leçon : les femmes et les hommes sont presque égaux devant le refus de franchise au boulot puisque les premières sont 40 % à préférer se taire, et les seconds 35 %.

 

Mais si l'on regarde plutôt le verre à moitié plein, ils sont donc  62% à se lâcher au boulot. Diantre. Et si, alors que le cabinet s’inquiète de l’augmentation de l’autocensure, c’était cette forte majorité de sincérité qui était la plus inquiétante ?

Imaginons un monde sans ce filtre qu’on peut appeler autocensure, hypocrisie, simple politesse ou diplomatie selon ses convictions.

Au boss autocrate qui demanderait à son N-1 :

Est-ce compliqué pour toi de proposer une idée opposée à la mienne ?

 

... l’équipier sans filtre se permettrait de lui répondre : « ben oui puisque tu vas me saquer comme tu le fais avec tous les collègues qui ne sont pas de ton avis. »

Mais pourquoi s’arrêter là ? La cheffe du service d’à côté n’est pas très bonne manageuse et collectionne les démissions depuis le déconfinement, c’est dire. Pourquoi lui taire ce que tout le monde n’ose lui dire ? Au nom du simple fait qu’on n’est pas directement concerné ? C’est de l’autocensure où l’on ne s’y connait pas.

Et ce collègue super sympa, Léo, qui se plante à chaque fois qu’il prend un dossier en main. Pourquoi ne pas lui dire qu’il se forme, se fasse coacher, bref cesse d’être le maillon faible de l’équipe, malgré le fait que son manager n'ose le lui suggérer.

Ce règne de la franchise en entreprise, et plus largement dans la société toute entière, se transformerait rapidement en règne de la terreur. Mais finalement, de cette situation catastrophique se dégagerait un gagnant : le cabinet AlterNego qui pourrait développer encore plus son offre de gestion de tous les conflits qui découleraient de ces excès de transparence. Grâce lui soit donc rendu d’avoir mis en avant la progression de l’autocensure en entreprise.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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