Vous allez aimer l'entretien d'embauche 100% en visio (ou pas)

Publié le 25 mai 2020 Mis à jour le 22 mai 2020 Sylvia Di Pasquale

EDITORIAL – La question ne se pose pas. Les premiers entretiens d’embauche en visio deviennent la norme en ces temps de déconfinement progressif. Mais les suivants ?
Dessin de Charles Monnier ©cadremploi

C’est tellement mieux. Et puis ça règle tellement de problèmes. A quoi bon, quand on est Marseillais, sauter dans un TGV ou Parigot prendre le métro, bien distancié, bien masqué, bien muni de sa petite attestation, alors qu’on peut se poster devant sa webcam et passer ce premier entretien avec une entreprise en visio ?

 

C’est le cas, aujourd’hui, des premières étapes d’une large majorité de recrutements. La suite ? Souvent c’est pareil.Deuxième entretien, troisième, voire ultime et dernier, tout est bouclé sans contact, par écran interposé

 

Et la signature du contrat ? « Vous signez, vous scannez et vous me renvoyez tout ça ». De toute façon, puisqu’on va télétravailler, inutile de serrer la louche de son chef, une petite main agitée sur l’écran, un afterwork zoom pour trinquer avec sa nouvelle équipe et le tour est joué. Quant à se pointer au siège de la boîte, vous n’y pensez pas. Enfin pas tout de suite ou peut-être jamais.

La vidéo semble devenue la norme, du moins pour le premier entretien. Et c’est une bonne chose. Le problème vient plutôt de sa généralisation au reste du processus.

Tout cela semble bel et bien effrayant ? C’est pourtant la vision, quelque peu caricaturale certes, de ce qui pourrait advenir du fameux monde d’après, voire, depuis quelques jours, du monde de maintenant. La vidéo semble devenue la norme, du moins pour le premier entretien. Et c’est une bonne chose. Le problème vient plutôt de sa généralisation au reste du processus. En fait, c’est comme si dorénavant, dans le couple recruteur-recruté, le premier tirait tous les draps de son côté, comme si, finalement, l’entreprise choisissait son candidat et que ce dernier se contentait d’accepter son sort.

 

Sauf qu’il manque l’étape de la visite. N'en déplaise au chœur des services généraux : « c’est déjà assez compliqué d’organiser le retour des salariés à leur poste de travail alors s’il faut aussi sécuriser la venue des candidats… ! » Oui mais quand même. Se déplacer physiquement sur son futur lieu de travail, ce n’est pas seulement du tourisme. Ça en dit beaucoup sur l’entreprise elle-même, au-delà de ce que peut en dire le recruteur lui-même.

 

  • Des inconnus viennent de me dire bonjour...
  • Tiens, des pistolets nerf dans les open space...
  • Oh, tout le monde a deux écrans...
  • Alerte ! Les sièges de bureau sont tout pourris mais ils ont un baby-foot
  • Ah... des plantes vertes entretenues !
  • Ça alors, ils ont encore des bureaux individuels (oui, il en restait dans le monde d’avant)
  • Tiens, un chien...

 

En réalité, tout, tout, absolument tout peut faire indice sur la greatplacetoworkitude de l’entreprise pour les candidats qui y sont attentifs. Des indices que ne se laissent pas forcément deviner à partir d’une image en 2D au cours d’une visio.

 

A la fin de la discussion, le recruteur demande généralement à son interlocuteur, s’il a des questions. Dans le nouveau monde, le candidat en posera une, très simple : « est-ce que je peux venir vous voir en vrai ? ».

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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