Changer de vie : « Si pas maintenant, alors quand ? », se dit le Yolo

Sylvia Di Pasquale

L'acronyme Yolo pour « You only live once » reprend du service. Selon le New York Times, des Américains abandonnent des emplois stables, d’autres refusent de revenir au bureau… Et si le mouvement « On n'a qu'une vie » débarquait en France ?

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Changer de vie : « Si pas maintenant, alors quand ? », se dit le Yolo
Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Le compte à rebours du retour à une vie « normale » a commencé. Et avec lui le retour des sourires à l’évocation d’un printemps de terrasses, de cinémas et d’expos. Mais peut-être aussi d’un essor du Yolo. Un jouet d’enfant ? Un gros mot ? Plutôt une expression inventée par le rappeur Drake. Cet acronyme de You only live once a été créé par l’artiste américain il y a une dizaine d’années déjà, mais il pourrait prendre tout son sens ces temps-ci, si l’on en croit le New-York Times qui évoquait un nouveau phénomène il y a quelques jours : celui de l’émergence d’une génération Yolo, ou plutôt d’une partie de la génération Covid, plutôt jeune, plutôt privilégiée, qui a passé cette dernière année en télétravail, en conservant son poste et en faisant de substantielles économies.

 

Selon le média américain, ces juniors sont plutôt enclins à changer de cap à l’heure de la reprise, à changer d’entreprise, pourquoi pas, mais surtout, à bousculer leur manière de vivre, puisqu’on ne vit qu’une fois.

 

Le credo Yolo ? « Plus de temps pour soi, et moins pour le boulot ».

En toile de fond, on retrouve aussi un air de déjà vu chez ces nouveaux rebelles : la prise de risque pour une quête de sens et un refus des bullshit jobs. Evidemment, ils ne constituent pas les troupes entières des salariés occidentaux et se recrutent plutôt parmi les jeunes gens bien formés et bien payés, dans des secteurs qui n’ont pas failli durant la crise ou qui sentent la brise de la relance s’amorcer.

 

Pas de quoi s’inquiéter pour un DRH ? Et pourtant, chez les employeurs LinkedIn et Twitter, en première ligne devant cette fronde yolesque, on a pris des dispositions. Le premier a offert une tournée générale d’une semaine de congés à ses salariés, et le second leur consent une journée de repos supplémentaire chaque mois. Faudrait pas non plus qu’ils partent s’égayer parmi les bisons dans le Montana.

 

En France, on n’a pas encore le Yolo très démonstratif ou du moins les dirigeants d’entreprise semblent n’avoir qu’une chose en tête : le retour à la vie d’avant et au boulot comme avant. Mais peut-être que rien ne sera plus comme avant, et surtout pas le boulot. Les Yolos pourraient donc se rappeler à leur bon souvenir d’ici pas longtemps, lorsque ces dirigeants leur demanderont de reprendre le chemin du bureau à 100%, lorsqu’ils réclameront un week-end un peu plus long et plus déconnecté, et reviendront à la charge pour cette augmentation qu’ils n’ont pas osé demander pendant le premier confinement.

 

Les autres entreprises, celles qui auront intégré cette tendance, risquent de récupérer les fruits, et les bons candidats, que les premières n’auront pas su garder. Ces boîtes seront des « Yalla », pour reprendre l’expression en arabe de Sœur Emmanuelle qui signifie « En avant ».

 

Finalement, Yalla et Yolo sont faits pour s’entendre.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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