#FYI - "J'ai des trous partout dans mon CV"

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Les recruteurs détestent les oisifs. Ce qu’ils aiment, quand ils embauchent, ce sont les parcours « denses et cohérents ». Alors, comment faire pour les convaincre quand on a un CV rempli de trous ? La réponse de l’humoriste Benjamin Fabre, auteur de la chronique #FYI (for your information)

La situation

Voilà ce que c’est de donner dans le sabbatique. Chômage, congés parentaux, croisières en Nouvelle-Zélande ou retraites bouddhiques, vous avez passé des semestres entiers à l’écart des open-space et votre CV s’en ressent : avec ses zones d’ombre et ses créneaux béants, il ressemble à une muraille médiévale. Un boulet que vous allez traîner partout dans vos recherches d’emploi et devoir justifier, pauvre de vous, face à des recruteurs qui ont une sainte horreur du vide. Un peu comme à l’école, autrefois, quand vous deviez expliquer pourquoi vous n’aviez rien foutu en maths et en latin. Brrr…

 

Les clés pour s’en sortir

Heureuse nouvelle : nous vivons une époque dix fois plus tolérante que celle de nos parents. En effet, il est pleinement acceptable, de nos jours, de s’accorder des pauses humanitaires et des aventures entrepreneuriales. C’est même devenu très chic. En revanche, pas de pitié pour la glande. Si la doxa du recrutement est devenue plus indulgente à l’égard des digressions, celles-ci ne doivent en aucun cas sentir le monoï ou le Lexomil.

Tout est donc question de discours. Vous avez des blancs dans votre CV ? Règle n°1 : ne les laissez jamais sans justification (le non-dit laisse toujours imaginer le pire). Règle n°2 : présentez-les sous un jour reluisant, voire, si vous êtes un bon conteur, carrément fascinant. N’hésitez pas à mentir. En réalité, vous pouvez raconter n’importe quelle fable, du moment qu’elle respire l’énergie de conquête et la fureur de vivre. Quelques exemples :

VOS TROUS DE CV

TELS QU’ILS SONT POUR DE VRAI

VOS TROUS DE CV BIEN MAQUILLES

À la suite d’une rupture conventionnelle bien négociée

(= gros chèque),

2 bonnes années de glande comme on les aime.Lever à 11H. Club Med Gym. Plats en sauce (+ 15 kg).

+ pseudo-projets Internet pour avoir des trucs à raconter dans les dîners

- Incubation d’un portail web dédié au sport en salle (nom à inventer°

- Activité de business-angel dans le secteur de la restauration (citer des marques pas trop connues)

- Rédaction d’un ouvrage de management (préciser : « En cours de publication »)

Congé parental.

3 années trop craquantes avec mon petit bout.

Destruction accélérée de neurones.

Aucune envie de retrouver tous ces cons en costard.

- Congé parental (rassure le DRH = « Un de moins »

- Création d’une ligne de vêtements pour enfants (nom stupide à inventer genre Babywaouh + préciser : « référencement en cours »)

OU BIEN

- Expatriation à Singapour (infos du cru à collecter auprès de la communauté française, très abondante)

OU BIEN

- Lancement d’un nouveau réseau de crèches privées mêlant l’apprentissage de l’anglais et de la propreté (NDLA : est-ce vraiment compatible ?) (raconter que l’agrément du Ministère vous a été refusé au dernier round tellement les contraintes sanitaires sont draconiennes)

Tour du monde des meilleurs spots de kitesurf.

Énorme kif. Total décalage avec la réalité.

Plus un rond. Bronzage SCANDALEUX.

- Tour du monde en vélo pour le compte d’une ONG (nécessité de pouvoir présenter des mollets de bonne taille

OU BIEN

- Missions au sein d’orphelinats à Manille et à Calcutta (les DRH évitent généralement de creuser les expériences humanitaires, cela les culpabilise. Montrer une ou deux photos débraillées pour donner le change) 

 

Oui, cela s’appelle du « story telling ». Un vrai métier, je vous jure.

Retrouvez les articles et les vidéos de Benjamin Fabre sur https://www.facebook.com/benjaminfabre2000

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