Un blog pour qui ?

Publié le 01 novembre 2006 Michel Holtz

Puisque la plupart des échanges entre recruteurs et futurs recrutés se font déjà par ce biais, il est tentant de mettre sa petite personne en avant sur la Toile pour aguicher quelque recruteur surfeur. Mais le site perso, blog emploi, blog CV ou blog tout court est parfois plus futile qu'utile, et il peut même produire l'effet contraire de celui escompté. Pourtant, il est des cas où ce nouvel outil peut apporter une vraie plus-value à une candidature.

À l'heure où la grande majorité des CV s'envoie par e-mail, il est tentant d'installer sur le Net un curriculum plus complet, plus coloré et, pourquoi pas, augmenté de sons et de photos. Surtout que la sacro-sainte règle du parfait curriculum oblige les candidats à adopter le format de la page unique, avec dérogation exceptionnelle pour en rédiger une seconde en cas de carrière XXL. Sur le Net en revanche, le format A4 explose, et tout est possible. Les candidats envoient un CV succinct, par courrier électronique comme c'est l'usage, en y glissant un lien vers leur CV virtuel. Et si d'aventure, le recruteur est d'humeur surfeuse, il ira constater de visu l'étendue des talents de celui qui le sollicite. Reste que si tout cela est bien alléchant sur le papier, la réalité est sensiblement différente.

De nos jours, les services RH sont submergés de candidatures, les CV sont triés électroniquement, et le robot n'a que peu de raisons d'aller consulter un curriculum rigolo sur le Net et encore moins de l'apprécier. Inutile donc d'espérer remplacer le bon vieux CV sous traitement de texte par celui plus moderne, plus beau, plus long et plus multimédia que l'on veut voir trôner sur le Net. Nul recruteur ne tolérera de recevoir un simple e-mail avec un lien renvoyant au Net. Il est vital d'agir de manière classique, avec un CV classique, en signalant l'existence du curriculum virtuel par un lien hypertexte niché dans un coin du CV traditionnel.

Ce complément doit avoir une bonne raison d'exister. S'il s'agit de répéter la même chose, simplement agrémenté de quelques enluminures, c'est inutile. Cette option n'est intéressante que si elle apporte un réel plus. Si elle illustre le CV par un exemple de réalisation précise : une série d'articles pour un journaliste, des images pour un photographe, un plan pour un architecte, un type de programme pour un informaticien ou une solution développée par un ingénieur peuvent justifier un curriculum élargi. Le blog est une offre complémentaire, un argument que le recruteur peut aller vérifier au cours de la deuxième étape de la sélection. Lorsque le robot aura trié les CV, et que le vôtre émergera parmi d'autres. Avant de vous convoquer à un entretien, le recruteur pourra jeter un œil sur ces réalisations. Manière pour lui aussi de se préparer à cette rencontre. On ne lui impose pas cette consultation, simplement on la lui suggère, on lui en laisse la possibilité.

Du CV statique au CV animé

Certains CV-blog, très classiquement, se contentent d'énumérer les expériences vécues et les diplômes obtenus. L'intérêt de la chose ? La place sur le Web n'est pas comptée, alors qu'un CV traditionnellement réalisé sur traitement de texte et expédié par mail ne saurait dépasser une page A4, deux à la rigueur. Un CV-blog permet de détailler plus longuement une réalisation précise ou une fonction en particulier. Utile à signaler au bas d'un CV classique ou dans la rubrique « autres informations » d'un formulaire.
Et puis, il y a les CV plus élaborés. Avec des photos, des animations, des vidéos... Ceux-là sont majoritairement le fait de spécialistes de l'informatique. Tel ce jeune ingénieur programmeur qui, en 2004, a mis en ligne un CV où il chantait son expérience, en français et en anglais, le tout agrémenté d'un petit dessin animé (voir ci-contre). À sa grande surprise, les réactions furent rapides et nombreuses, et une centaine de recruteurs l'ont invité à les contacter ! Il est aujourd'hui salarié de Microsoft à Seattle. Mais si l'on peut chanter ses mérites dans certains secteurs, ce n'est pas forcément conseillé dans de nombreux autres, où la fantaisie ne fait pas vraiment recette. Cela dit les temps peuvent changer...

Le phénomène blog est en pleine expansion. Au départ journal à la fois intime et planétaire, cet outil est désormais utilisé par certains candidats en complément, voire en remplacement, du CV classique. Tout ce qu'il faut savoir sur cet avatar, seule véritable révolution de la technique du CV depuis ses origines.

Alexandre Guéniot, le fou du CV chantant

Jeune diplômé en informatique, Alexandre Guéniot a osé. Il a mis en ligne un CV en forme de dessin animé flash, où il chante son parcours (en français et en anglais) plutôt que de l'écrire. Une opération qui a porté ses fruits : aujourd'hui, il a quitté la France et travaille au siège de Microsoft, près de Seattle.

« Quand j'ai créé ce CV en octobre 2004, je ne m'attendais pas à ce résultat. Quelques jours après l'avoir mis en ligne, j'avais déjà des milliers de visiteurs chaque jour. Le cumul total dépasse aujourd'hui le million. La véritable explosion est arrivée lorsque mon animation a été référencée dans des forums. Je pense que son succès est lié au côté brouillon, au fait que je chante mal et que mon anglais est assez incompréhensible. Ça fait rire. Malgré tout, sur 1 million de visiteurs, 1 000 m'ont écrit, dont 100 recruteurs. Je les ai laissés venir d'eux-mêmes, sans jamais leur avoir envoyé le CV, ce qui m'évitait de prendre des risques en me faisant jeter par ceux qui manquent d'humour.

 

Le plus curieux dans cette histoire, c'est que les rôles se sont inversés : les entreprises sont devenues candidates à m'embaucher, et c'est moi qui lisait leurs lettres et qui les contactait le cas échéant. J'ai eu des offres d'un peu partout dans le monde, mais en réalité, j'ai passé très peu d'entretiens, car je visais Microsoft dès le départ, et ils m'ont contacté assez vite. J'ai eu la chance de choisir le métier qui m'intéressait : créer des logiciels utilisés tous les jours par des centaines de millions de personnes. Finalement, cette drôle d'aventure prouve que ce n'est pas parce qu'on fait un CV en forme de dessin animé et qu'on y chante comme un débile qu'une grande entreprise internationale ne nous fait pas confiance. Même pour un poste sérieux avec des responsabilités. Un curriculum, pour moi, c'est du marketing, rien de plus qu'une pub pour vendre un produit. En l'occurrence le candidat. Si j'étais recruteur et que je recevais des CV tristounets, je les jetterais directement à la poubelle. La plupart d'entre eux énumèrent les mêmes écoles et diplômes, et leur seule fantaisie tient dans une liste d'activités diverses balancée à contrecœur : les traditionnels « cinéma, sport, jeux vidéo » qui sont là pour prouver qu'on est un être humain normal, tout en restant suffisamment vague pour ne donner aucune information sur sa personnalité. » Autant commencer par le début : la présentation du curriculum, la première chose que verra le recruteur et qui lui donnera, en une fraction de seconde, un à priori sur une candidature. Rien ne sert de soupeser chaque mot du CV si sa forme décourage le lecteur. C'est sans doute le constat que partagent le plus unanimement les recruteurs. Depuis cinq ans, ils ont droit à un festival perpétuel de mise en page. Les couleurs s'étalent, les aplats rivalisent avec les logos disséminés çà et là et les photos se généralisent. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.

Les experts se distinguent

L'autre tendance, c'est le blog d'actualité. Lorsqu'on recherche un emploi, ou même lorsqu'on est en poste, cette formule peut s'avérer payante pour décrocher un job ou en changer. À condition d'avoir quelque chose à dire, de savoir comment le dire et d'avoir pas mal de temps pour surfer. Ce qui signifie que pour se risquer efficacement à cet exercice, il faut posséder une solide expertise (de préférence liée à l'emploi que l'on recherche). Par exemple : un juriste spécialisé en droit du travail qui commenterait brillamment l'actualité jurisprudentielle de la semaine aurait toutes les chances d'intéresser des pros à la recherche d'informations pointues (DRH, cabinets d'avocats, etc.). Évidemment, il lui faudra, pour retenir ces visiteurs exigeants, posséder de réels talents d'écriture. Une multicompétence qui peut porter ses fruits au prix d'une assiduité sans faille ; en témoignent quelques bloggeurs qui ont ainsi décroché un emploi.

Le mot « blog » est l'abréviation de « weblog », mot-valise anglais issu d'une contraction de Web et de log, ce dernier désignant les journaux de bord de la marine et de l'aviation américaines.

Extrait du Guide du CV, Michel Holtz, Groupe Express Editions, Collection Cadremploi

Michel Holtz
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