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Chercher un emploi après l'échec de son entreprise

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Contrairement aux pays anglo-saxons où "si à 40 ans, t’as pas monté ta boîte et que tu t’es pas planté, t’as raté ta vie", en France, l’échec entrepreneurial reste encore tabou, notamment auprès des employeurs. Nos conseils pour réussir son come-back comme salarié.

Accepter son échec

Échouer ne veut pas dire être mauvais. « La frontière entre l’échec et la réussite est de l’épaisseur d’un papier à cigarette. On peut avoir échouer pour plusieurs raisons », prévient d’emblée Dimitri Pivot, président de Second Souffle, une association qui aide justement les entrepreneurs à redevenir salariés. Parce que le produit n’a pas rencontré son marché, parce qu’il est arrivé trop tôt, trop tard. On peut aussi avoir échouer à cause de problèmes de financement, de gestion, de personnels, etc… Les causes d’un échec sont souvent multiples, le principal est d’en tirer les bons enseignements. « Sortez une feuille blanche et listez-en les raisons. Si vous avez du mal, faites vous aider par des tiers », conseille-t-il. Avant de postuler, vous devez avoir fait le deuil de votre précédente fonction (et statut) et accepter la réalité telle qu’elle est. « Pour vous y aider, aérez-vous l’esprit. Sortez, faites du sport, allez vers les autres cela vous aidera à aborder un entretien de recrutement », ajoute-t-il.

 

Se transformer en spécialiste 

Pas question de vous vendre comme un ancien chef d’entreprise, faites une photo de vos compétences et ne retenez qu’un ou deux domaines d’expertise dans lequel vous excellez. Ce n’est pas parce que vous avez monté une boîte dans le web marketing que vous êtes un bon financier, une bon marketeur ou un bon commercial. L’objectif est de passer pour un expert d’un domaine précis. « Cette stratégie vous permettra de ne pas vous présenter comme étant sur la pente descendante mais au contraire, comme un spécialiste à la pointe d’un secteur ou d’une fonction », recommande Philippe Hemmerlé, dirigeant de CVFirst.

 

Sur quelles qualités insister ?

En entretien, un recruteur veut avant tout valider vos compétences métiers. Vos qualités d’ancien chef d’entreprise ne seront que la cerise sur le gâteau. « Ils apprécieront votre autonomie, votre courage, votre aversion au risque et votre capacité à prendre du recul. À travers des exemples concrets, montrez leur comment vous avez géré une situation délicate », illustre Dimitri Pivot. « Un ex-entrepreneur, a fortiori qui a échoué, sait mieux que tout le monde qu’un sou est un sou. Il était en général multitâches donc il sait mettre les mains dans le cambouis quand il le faut », souligne Philippe Hemmerlé. Et puis, ayant connu les galères d’un échec, il est fort à parier que vous n’aurez pas envie de revivre ce type de situation. « En général, ces candidats savent trouver les bons leviers pour que leur nouvelle expérience salariée se passe bien », ajoute-t-il.

 

Quelles entreprises cibler ?

Sur le sujet des employeurs qui seraient sensibles à un profil d’entrepreneur, l’avis de nos experts diverge un peu. « Les PME seront davantage séduites par ce type de profil car elles recherchent des candidats réactifs. Les grandes entreprises ne prendront pas le risque de recruter un ancien chef d’entreprise de peur de devoir gérer un électron libre susceptible de mettre le bazar avec ses propres façons de travailler. Les grands groupes préfèrent les profils plus lisses », argumente Dimitri Pivot. Pour Philippe Hemmerlé, les choses sont moins tranchées, en tout cas pas jouer d’avance. « Pour séduire un groupe, l’ex-entrepreneur devra démontrer, dès l’entretien, sa capacité à s’intégrer dans une hiérarchie. Par exemple, en insistant sur le fait qu’il dépendait lui aussi d’actionnaires, de clients ou de banquiers ». Une PME mais aussi une start-up sauront davantage apprécier son autonomie et sa polyvalence. Pour identifier des recruteurs potentiels, commencez par actionner votre réseau d’ex-dirigeant. « Pensez à vos anciens clients, fournisseurs et pourquoi pas concurrents », recommande le boss de CVFirst. Tout en nuançant : « l’entreprise aura plus de facilités à les positionner comme manager de transition, voire comme consultant. De manière ponctuelle, l’ex-entrepreneur devra donc parfois accepter davantage de flexibilité ».

 

Quelles perceptions par les recruteurs ?

Les dirigeants, DRH ou responsables recrutement que nous avons interrogés sont unanimes : ce profil d’ex-entrepreneur tenu en échec peut les intéresser. La preuve, tous en compte dans leur rang, mais aucun n’a souhaité que l’on interroge l’un des collaborateurs concernés. Chez l’éditeur de logiciel Kameleoon, qui emploi deux salariés ayant ce profil, l’échec entrepreneurial n’est pas un tabou. « De toute façon, la probabilité d’échouer est énorme donc cela ne peut pas être un critère de sélection », prévient Jean-René Boidron, le PDG. « Au même titre qu’une année sabbatique, cette aventure entrepreneuriale est de toute façon valorisante et valorisée. Ils ont connu les contraintes d’un chef d’entreprise et d’une manière plus naturelle que les autres, ils sont capables de se décentrer de leur problématique personnelle au profit d’une dimension collective essentielle à la bonne marche de la société », argumente-t-il. Chez Smile, on apprécie leur vision holistique d’une entreprise. « Ils ont des notions de rentabilité, de gestion et de management. Leur investissement personnel est fort. Et leur prise de risque avérée », précise Géraldine Moreau-Luchaire, la responsable recrutement de cette SSII. Et son PDG, Luc Fayet, de surenchérir : « le consensus, c’est bien mais à certains niveaux de poste, on a besoin de personnes qui savent prendre des risques ».

 

Savoir parler de son échec en entretien d’embauche

Een entretien, les recruteurs vont s’attacher à creuser les raisons de l’échec. S’agit-il d’un problème structurel, conjoncturel, ou d’une mauvaise gestion par exemple due à l’absence de business plan ? « Nous allons essayer d’en savoir plus mais c’est au candidat de montrer qu’il en a tiré les conséquences et qu’il est prêt à rebondir », insistent-ils. Chez Credixia, les raisons de l’échec seront également passées au crible. « Le candidat doit être capable d’assumer sa part de responsabilité et ne pas systématiquement rejeter la faute sur les autres », insiste Estelle Laurent, responsable communication et recrutement de ce courtier en prêts immobiliers. En entretien, Marie-Sophie Morawe, DRH de la start-up Twenga Solutions, attend « un discours sincère et pas une histoire romancée. Le candidat doit être capable d’expliquer ce qu’il a raté et quels enseignements il en a tiré. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas réussi dans sa tentative entrepreneuriale qu’il n’a pas les qualités pour être salarié. À compétences techniques équivalentes, j’ai opté pour un candidat ayant ce profil justement car il était plus mature, passionné et avait une plus grande ouverture d’esprit ». La preuve par l’exemple.

 

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Philippe A. C.

16/05/2016

à 16:32

Après 25 ans à des postes de DG et des responsablités de plus de 500 personnes à la clé, j'ai créé une société en partant de 0 en me disant que cela serait facile compte tenu de l'expérience que j'avais. Au bout de 6 ans, j'ai dû liquider l'entreprise il y un an après être passé en puis sorti de RJ. Belle aventure, passionnante, je ne regrette rien j'ai dépensé tout ce que j'avais, et...je suis aussi en train de divorcer (ma fmme n'a pas supporté la situation de risque).
A 54 ans, j'ai retrouvé au bout de 4 mois un job salarié de DG dans une start-up. Je suis fier d'y être arrivé : je l'ai trouvé par le réseau et les seules pistes que j'avais étaient issues de mon réseau. Par contre, c'est encore une start-up (un peu moins risquée que la mienne), et c'est très mal payé et je continue à manger le peu d'économie qu'il me reste. Je continue à chercher pour retrouver une salaire plus correct: je suis assez souvent contacté mais on sent bien que si l'expérience intéresse elle fait aussi peur. Donc, je patiente et en continuant via le filon start-up, je me bats pour reconstruire une carriére dans ce secteur en repartant de plus bas...

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femme 38 ans

10/05/2016

à 22:55

Effectivement un grand merci pour traiter ce sujet ! Tant d'initiatives sont mis en place pour créer une entreprise, en revanche, si vous avez le malheur d'échouer... La descente aux enfers commence et surtout le tourbillon administratif s'enclenche. Voilà un an et demi que j'ai arrêté mon activité et il faut vraiment avoir du cran pour rester la tête hors de l'eau. Des montage de dossiers interminables qui ne donnent rien, aucune aide et tellement d'énergie pour rebondir... Moi, qui étais une entrepreneuse dans l'âme, je conseille à ma fille qui va rentrer au lycée d'envisager sérieusement une carrière de fonctionnaire.

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Homme 50

11/05/2016

à 15:31

Madame,
ce que vous avez fait est bien et beau. Je suis moi même en entrepreneuria, parce que je désirai créer le produit que je souhaitais lancé. Tout n'est pas rose bien entendu., mais je vis mon rêve. la réalité financière fera que je serai peut être obligé de reprendre un poste, car il faut du temps parfois pour développer un produit et en vivre. Mais à ce jour je ne regrette rien. Oui la France est frileuse et oui il vaut mieux être entrepreneur ailleurs (j'ai vécu aussi à l'étranger). J'encourage mes enfants à apprendre les langues, à être mobile, à vivre leur vie. Etre entrepreneur, créer fait partie de mon ADN. je constate que l'énorme majorité des entreprises que j'ai fréquenté sont managées par la peur, la non prise d'initiative, l'aversion au risque, le reporting pour le reporting, d'où l'explosion des burn-out à mon avis. L'entreprenariat est difficile, mal vu par le système, fantasmé et donc jalousé par beaucoup dans l'entreprise qui souhaiteraient franchir le pas et ne le font pas. A mon avis c'est une raison fondamentale du si fort taux de chômage en France et de cette insatisfaction prégnante que l'on sent partout. Moi je vous admire et vous dit bravo, malgré tout ce que vous avez enduré. Bravo et si j'ai la possibilité d'embaucher je prendrais certainement des personnes avec l'esprit d'entreprise (j'en ai recruté dont des anciens chef d'entreprises et avec succès), plutôt que des fonctionnaires.

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Hervé

10/05/2016

à 22:53

Bonjour à Tous,

Directement concerné depuis 2013, je travaille aujourd'hui en qualité de salarié. Dirigeant de PME, je perçois systématiquement lors des entretiens, la curiosité du recruteur lors de l'échange, qui très vite se transforme en " ce type avait tous les atouts pour réussir et faire prospérer son entreprise, mais il a échoué." en conclusion, il est mauvais.
Le décalage entre la cible et la sélection me laisse penser que le poste est à pourvoir, mais contrairement aux situations auxquelles j'ai été confronté, la notion de nécessité reste secondaire ainsi que la précision du poste. UN GROS SYNDROME DU MOUTON TRICOLORE à Cinq pattes.

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BL37

10/05/2016

à 18:13

Un sujet très important pour les entrepreneurs depuis 2008/2009. Malheureusement pour la France , de milliers de petites entreprises ont mis clef sous porte. Je fais parti de ceux là...Les contacts professionnels que nous avons lors de notre carrière reste pour moi le meilleur moyen de porte de sortie.
Après le piège est d'y retourner..ou pas. Nous restons toujours des entrepreneurs dans l'âme.
Cela fait 4 ans et je n'ai pas encore encaissé la perte de mon entreprise. J'ai beau me dire que c'est une expérience "riche" cela reste couteux...et il n'y a malheureusement peux voir pas de soutient. pour la majorité cela reste un échec de mauvaise gestion.

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En réponse à BL37

CHARLES Thierry thierrot78

11/05/2016

à 10:12

Bonjour , Mon entreprise de mécanique de précision vient de passer en liquidation après un an et demi de redressement et je me demande toujours si tous les efforts consentis au péril de la vie familiale ont été efficaces, s'il il n'y avait pas encore un moyen de la sauver
cette idée m'obsède et le manque de soutient m'empêche de faire le deuil peut-être avec le temps..
Je comprends de ce fait votre sentiment mais constate que même après 4 ans ce sentiment persiste toujours...

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Chris 235

10/05/2016

à 16:30

Merci d'avoir mis sur sujet sur la table.
C'est assez rare de le voir traiter de cette manière, d'autant plus qu'il est tabou. Et un de plus !
Mon avis est qu'il sera certainement plus pratique de se reconvertir en mode salarié si la boite plantée est récente, et si l'ex-dirigeant, a moins de 45 ans.

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nkp

10/05/2016

à 14:59

Bel article, mais beaucoup de fautes d'accord : " on peut avoir échoué" et non "échouer ! "
Astuces dans ce cas pour éviter les erreurs : remplacer le verbe du 1er groupe par un verbe du 3ème groupe du style "prendre".

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Philippe R

10/05/2016

à 11:16

Après 10 ans d'entrepreneuriat en franchise artisanale ,j'ai été contraint de liquider ma société :baisse de chiffre d'affaire , le début des factures impayées .....
Malgré les difficultés rencontrés...mais ceci est normal .. j'ai trouvé bcp de satisfaction de cette expérience, j'ai aussi analysé mes erreurs et développer des qualités .
Pour moi ce n'est pas réel échec ,car j'en ai tiré des nombreux enseignements : et le plus important à mes yeux serait de savoir s'entourer rapidement de bonnes personnes pour contribuer au développement de l'affaire .

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