Comment déjouer un test de recrutement selon Benjamin Fabre

Publié le 1 juin 2015 Benjamin Fabre

Peu confiant dans sa capacité à évaluer la personnalité d'un candidat, le recruteur moderne s’en remet de plus en plus à des questionnaires informatisés. Comment damer le pion à ces robots ? La réponse de Benjamin Fabre, auteur de la chronique # FYI (for your information).
  1. Description de la situation
  2. Les clés pour s’en sortir

Description de la situation

- Et maintenant, laissez-vous guider par l’ordinateur. Je reviens dans dix minutes.

Le DRH ferme la porte. Il vous laisse seul dans une salle sans fenêtre, la souris à la main, face à un PAPI, un Sosie, un MBTI ou un de ces amusements en –i dont la logique est au fond identique, toutes choses égales par ailleurs, à celle des tests des magazines féminins. Le but de la manœuvre : sonder votre personnalité et la faire entrer, par recoupements subtils, dans une case à angles droits.

C’est un des effets de la digitalisation du monde : les études graphologiques ont pratiquement disparu des processus de recrutement. Les candidats d’aujourd’hui (et notamment les plus jeunes) étant incapables de dessiner autre chose que des smileys avec leurs stylos, il a fallu renouveler les méthodes. Et tant pis pour les graphologues qui ont vu, sans un mot et dans l’indifférence générale, leur business s’éteindre à petit feu (n’est-ce-pas les taxis).

 

Les clés pour s’en sortir

Oublions la question de savoir si, oui ou non, ces petits QCM ont une "valeur prédictive". Qu’ils soient scientifiquement aussi robustes que la graphologie, la psychanalyse, la géomancie ou l’art du grimoire, cela n’a aucune importance : ce qui compte, c’est qu’ils vous donnent accès au job dont ils vous barrent, pour l’instant, stupidement la route. Mes conseils :

1. Ne vous fiez pas à la consigne

Avant de quitter la salle, le DRH vous a glissé d’un air complice : « Le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de répondre franchement. Soyez vous-même ! » Mais bien sûr. Votre carrière est en jeu, vous avez enfin décroché l’entretien de vos rêves, et il faudrait vous saborder en livrant « franchement » les abîmes de votre personnalité à un ordinateur que vous ne connaissez même pas ? Un peu de sérieux.

2. Raisonnez comme un scénariste

Tout en haut du questionnaire, il est écrit « Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse ». Tu parles. Évidemment qu’il y a des mauvaises réponses. Il y a même, pour chaque poste, toute une série de traits de personnalité à proscrire vigoureusement (introverti pour les fonctions commerciales, etc.). Alors, soyez plus malin que les testeurs : identifiez, pour chaque type de job, le profil-type de personnalité qu’ils attendent. Immergez-vous dans ce personnage et répondez aux questions comme si vous étiez lui. C’est exactement ce que font les scénaristes. Si eux sont capables de faire vivre leurs héros, sans incohérence, pendant des saisons entières, il n’y a pas de raison que vous n’y arriviez pas sur un QCM de dix minutes.

Exemples :

Fonction

Personnage attendu

Caractérisation

Commercial

Cyrano

Bagou, courage,

confiance dans le produit…

Chef de produit

Astérix

Malice, intelligence visionnaire, indépendance d’esprit…

Informaticien

Q (James Bond)

Dévotion sans condition, passion pour les gadgets…

Contrôleur de gestion

Harpagon

Goût du cash-flow

Auditeur interne / responsable de la conformité

Javert

Incorruptibilité,

amour de la règle…

PDG

Arsène Lupin

Elégance, port de la toilette,

sens de la dérobade…

Consultant

Scapin

Sens de l’intrigue…

Chargé de communication

Tintin

Tiédeur, neutralité, houpette…

 

3. Jouez le jeu à fond

Tout ceci suppose, évidemment, que vous prolongiez la mise en scène pendant l’entretien. Pour des raisons de cohérence, faites-le à fond. Sans arrière-pensée. J’ai hâte de connaître vos témoignages…

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