Entretien : avoir le dessus...

Publié le 11 mars 2011 Marie La Fragette

L'entretien d'embauche version Marie La Fragette, c'est un combat psychologique d'une rare intensité. Cette semaine notre chroniqueuse vous présente sa méthode pour mettre le recruteur au tapis.

Un entretien est une interaction professionnelle entre adultes consentants ayant pour but l'échange de points de vue constructif pour étudier la convergence des idées dans une même direction. Avec maturité, chacun, sûr de son offre et attentif à la demande, réfléchit avec pragmatisme et transparence à l'adéquation d'un poste et d'une personne pour l'intérêt de tous.

Absolument. Sauf que, axiome, dans les faits : la pureté des intentions des protagonistes est rarement totale. Et bien que cela soit anti constructif, puéril et pas toujours conscient, on se retrouve souvent, l'un et l'autre dans un huis clos où se joue la destinée hobbesienne de l'individu en société. Cette bonne vieille histoire de loup pour l'homme.

Les mécaniques roulent, c'est une question de pouvoir. « Et comme ça, vous n'êtes resté que 22 mois, que s'est-il passé ? » « Et Alors, monsieur Durandot, les pompes industrielles, c'est votre passion, vraiment, vous en faisiez en lego quand vous étiez petit, c'est ça ? », « Je vois que vous êtes classé au tennis ? Combien ? A bon ! C'est dans le classement, ça ? »

Et comme, il est toujours important de privilégier les questions ouvertes aux questions fermées, on passe aux « expériences probantes » : « citez moi votre dernière expérience probante, dans la vente de pompes industrielles. A gaz. ». Et Durandot sur sa chaise se dit qu'au prochain CV, il ne parlera pas de tennis et préparera des chiffres à balancer à la personne qui a fait grimper sa température corporelle au niveau d'un thermomètre de sauna.

Il a besoin de vous et vous le savez.

Mais Durandot se vengera. Et c'est lui qui la prochaine fois profitera du huis clos pour bâtir son petit bout d'enfer : « Parce que vous vous y connaissez vraiment aux pompes industrielles ?».

Il vous regardera d'un air narquois en hochant la tête. Et il passera aux questions ouvertes parce que ce n'est pas tout mais il n'a pas que ça à faire : « Comment d'après vous ça marche ? Une pompe industrielle. A gaz ? », « Et votre client, je pourrais quand même connaître son nom avant de lui serrer la main ? Parce que j'ai d'autres propositions, moi, en attendant ». « Vous êtes spécialisée dans l'industrie, vraiment ? Vous êtes ingénieur ? Stagiaire, peut-être... ». Et vous aurez le même sentiment d'impuissance que si l'on vous faisait passer au tableau pour commenter dans la langue les théories du mathématicien chinois Sun Zi.

Vous avez besoin de lui et il le sait.

« Mais pas du tout, s'insurgera dans les commentaires de la chronique « Consultant232 topconseil », moi-même et mes candidats sommes bien au dessus de tout cela. Nous rassemblons nos talents en prenant de la hauteur sur nos egos et nos craintes » ». Et «Candidatoftheworld45 » renchérira « Ceci est typiquement le signe de votre totale incompétence... »

Mais allez. Dans un entretien, souvent, il y en a un qui s'amuse et l'autre qui trinque. Et ça peut s'intervertir au cours du rendez-vous. Sauf que le consultant a une arme. Le silence. Qui est beaucoup plus facile à manipuler que la parole.

Candidat, la prochaine fois que vous serez en entretien et que votre vis-à-vis vous fixera sans piper mot d'un air lugubre, au lieu de paniquer et d'imaginer le pire des jugements silencieux, dites vous simplement que le type en face de vous n'a peut-être tout simplement rien à dire....

* A propos de Marie La Fragette

Marie La Fragette, 27 ans, travaille dans un cabinet de conseil en recrutement. Elle est l'auteur de pièces de théâtre et de « Chasse de tête » qui a obtenu le prix du Roman Femme Actuelle.

Marie La Fragette
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