Génération XY

Publié le 15 octobre 2010 Marie La Fragette

Visiblement, les recruteurs ont toujours autant de mal à comprendre la génération Y. C'est carrément leur hantise. Une crainte un brin exagérée. Cette semaine, notre chasseuse de têtes vient à la rescousse des jeunes d'aujourd'hui.

Le téléphone est sur haut parleur et on entend le bruit de papiers froissés et les soupirs caractéristiques du RH en train de démonter un à un tous vos précieux CV. Généralement, on arrive au débrief plein d'espoir, et ce vendredi là, ma collègue n'échappe pas au jeu de massacre sur pile de CV.

Cette fois-ci, en écoutant son haut parleur, ce ne sont pas les habituels griefs qui ressortent mais une fois n'est pas coutume, de fines appréciations sociologiques. « Mouais, mouais, marmonne RH préoccupée, j'espère que ce n'est pas un zappeur de la génération XY ».

Ma collègue qui tenait tous prêts ses arguments chocs sur les salaires et l'expérience est quelque peu déstabilisée par la remarque de RH.

En effet, malgré son très brillant cursus en psycho, elle n'a jamais entendu parler de la génération XY. « Soyez plus précise ? », lui demande-t-elle, prudemment. Et je trace à mon tour un grand point d'interrogation dans l'air parce que malgré mon presque brillant cursus en philo, génération XY, connais pas.

Et voici que RH se met à pontifier sur la génération de zappeurs et de jouisseurs arrivée sur le monde du travail. Et nous voici à bavasser sur les jeunes d'aujourd'hui alors qu'à nous trois, nous n'atteignons probablement pas l'âge légal de la retraite (du moins, au train où vont les choses...).

La génération XY, c'est la Net génération, qui a une connaissance intuitive des nouvelles technologies (j'échappe personnellement totalement à cet axiome), qui se sert, qui demande des RTT en stage, des ASSEDIC pour faire le tour du monde, qui zappe les employeurs selon son humeur et refuse la pression.

C'est la génération Dorothée qui exige pour sa pomme, qui demande avant de donner, qui considère le challenge comme de l'oppression.

Intriguée par ce débrief, je mène mon enquête auprès de clients et amis managers et là, c'est comme si j'avais parlé du grand méchant loup et libéré une peur taboue. Les histoires surgissent telles des légendes urbaines.

La génération XY, c'est la hantise des recruteurs.

Il y aurait un étudiant de Sciences-Po qui aurait demandé à récupérer des heures après avoir écouté une conférence en dehors des heures de bureau. Un stagiaire ingénieur se serait offusqué de ne pas avoir quinze jours de vacances à Noël pour partir en croisière à Bali. Une jeune diplômée d'école de commerce se serait rebellée pour avoir dû faire elle-même des photocopies.

Il y en a même, me dit un chef d'entreprise que ce sujet fait visiblement basculer au bord de la crise de nerfs, qui demandent des pauses minutées pour prendre leur café à 10H00.

Alors, les jeunes d'aujourd'hui, vraiment pourris gâtés, instables et revendicateurs ? Peut-être bien.

Mais à leur décharge, ils ont commencé leurs études avec la chute des tours jumelles, ont plus connu les centres aérés que les tartines Bonne Maman, craignent la fin du monde pour 2012 et sont touchés par la crise avant même d'avoir commencé à bosser.

Plus tard ce soir là, je fais un tour par le bac à sable et je vois un lutin de deux ans attaquer sauvagement à la pelle une petite fille à couettes. Sa mère, avec un sourire d'excuse lui fait remarquer tendrement « Léo, je crois que la petite fille n'a pas envie, mon amour ».

Je ne sais pas comment s'appellera cette génération mais j'espère ne plus avoir de débrief du vendredi en 2030...

* A propos de Marie La Fragette

Marie La Fragette, 27 ans, travaille dans un cabinet de conseil en recrutement. Elle est l'auteur de pièces de théâtre et de « Chasse de tête » qui a obtenu le prix du Roman Femme Actuelle 2010.

Marie La Fragette
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