Le démarchage téléphonique, dur combat

Publié le 04 juillet 2011 Marie La Fragette

Une bonne chasse de tête commence toujours par un coup de fil. Ce que certains candidats ont du mal à comprendre, nous explique Marie La Fragette.

Les chasseurs de tête ont dû avoir dans une autre vie un comportement sulfureux et patibulaire... si l'on en juge par l'extrême méfiance avec laquelle peuvent être accueillis leurs appels.

« Comment avez-vous eu mon numéro ? », nous demandent certains candidats, avec une telle angoisse qu'on pourrait penser qu'ils font partie d'un programme de protection des témoins orchestré par le FBI.

Souvent la réponse est toute bête : « Via un annuaire d'anciens élèves, monsieur... » Voire, tout simplement : « Et bien, il était indiqué sur votre CV... »

Les candidats semblent bien peu rassurés d'être dans notre base de données, comme si nous allions vendre leurs coordonnées à un call center qui allait leur proposer en vrac des abonnements téléphoniques, du shampoing et des machines de sport.

« Etes-vous à l'écoute du marché ? » : cette question un peu systématique semble parfois susciter un raz de marée dans le psychisme du responsable bureau d'études contacté. Gros blanc, puis palpable nervosité de la part de l'interrogé nous répond quelque chose du genre : « Et bien, faut voir, peut-être bien que oui, peut-être bien que non», comme si nous étions des espions à la solde de leur patron chargés de vérifier leur loyauté à l'entreprise.

Mais c'est lorsque l'on parle d'argent que se cristallisent les peurs des candidats. Typiquement français ? Peut-être. L'argent, c'est pas beau, on n'en parle pas. Alors encore moins avec une petite chasseuse de tête à la voix cristalline, comme ça, sans même avoir été reçu. Comme dans des négociations pour une voiture d'occasion où le premier qui avance un prix a perdu.

Certains candidats semblent penser que nous révéler leur niveau de rémunération équivaudrait à louper des occasions, à se faire rouler ou pire, à étaler sur la place publique le contenu de leur compte en banque. Alors que pour le chasseur, c'est une information factuelle. C'est tout.

Mais souvent, on sent de la gêne dans le propos. Au mieux. Certains nous opposent une fin de non recevoir bien cassante, du type : « Je ne souhaite pas divulguer cette information ». Comme si nous allions, à peine le combiné raccroché, afficher une pancarte dans le métro avec la rémunération annuelle en KE de monsieur Martin. D'autres, plus malins, font du troc : « Vous me dites pour qui c'est et je vous donne le montant de ma solde... »

Enfin, à la proposition de l'entretien, certains avancent sur la pointe des pieds comme si on leur tendait un guet-apens dans le 8e arrondissement de Paris. Ils aimeraient passer outre, éviter les charlatans, aller directement aux choses sérieuses. Un rendez-vous ? Pourquoi faire ? On va encore se faire cuisiner par des ignorants, au pire, et au mieux brasser du vent pendant une heure.

Mais dites-donc, me direz vous, vous avez beau jeu de vous gausser. On a tous une expérience de chasseur qui pirate notre ligne directe, nous pose des questions abruptes, nous convoque pour un poste « pour une entreprise leader en Île-de-France dont on-vous-révèlera-le-précieux-nom-quand-vous-aurez-gaspillé-une-précieuse-après-midi-de-RTT-pour-venir-nous-voir ». Ceci pour nous faire poireauter trois quarts d'heure, nous faire passer un test psychédélique dans lequel on nous demande si on est plutôt : spontané ? Facétieux ? Pondéré ? Avant de nous laisser dans le flou pendant deux mois pour nous dire que non, finalement, le poste a été pourvu en interne.

Oui, ça arrive. Mais peu. Parce qu'au final, on fait avancer les choses depuis notre open space et avec nos tableaux excell. On vous questionne sur votre carrière, on vous donne des opportunités et des conseils à la pelle. On fait réfléchir les gens en interne, on repositionne des postes mal définis. On met la bonne personne au bon endroit et quand ce n'est pas parfait, on reprend notre téléphone et on recommence avec l'acharnement d'un chercheur d'or.

Et quand un chasseur de tête n'est plus totalement convaincu de cela, c'est peut-être qu'il est temps pour lui de raccrocher son fusil. Ou d'écrire un livre...

Marie La Fragette
Marie La Fragette

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