Tests graphologiques pour le recrutement : faut-il en avoir peur ?

29 mars 2013 Farah Sadallah

Votre écriture peut-elle révéler vos compétences et votre savoir être ? C’est ce que croient certains cabinets de recrutement et leurs clients. Pour des postes de direction, ils soumettent leurs candidats à des tests graphologiques. On a voulu en savoir plus sur cette méthode.
Tests graphologiques pour le recrutement : faut-il en avoir peur ?
  1. La graphologie et l’astrologie même combat ?
  2. Manque d’objectivité
  3. De la graphologie à la frappologie

Décrocher un poste. Ça peut se jouer sur la manière dont vous faites la boucle de vos L. Le graphologue dresse votre profil à partir de votre écriture et détermine ainsi si vous êtes en adéquation avec le poste. Cette pratique est légale et a été légitimée en 2001 par la Commission de Normalisation (AFNOR). Proche de la divination pour certains, d’autres s’appuient encore dessus pour recruter.

C’est le cas de CNPG Conseil et ses clients. Le cabinet spécialisé dans le recrutement et les ressources humaines revendique l’utilisation de la graphologie. Plus efficace qu’un test psychométrique selon Bertrand Durand, fondateur du cabinet. « Le test graphologique vient en complément des entretiens, pour éviter aux DRH de se tromper ».  Pour livrer son analyse, le graphologue étudie, en plus de l’écriture du candidat, son parcours (son CV) ainsi que les attentes et les spécificités de l’entreprise (profil du poste). Cette pratique ne peut constituer le critère principal sur lequel le cabinet fonde son évaluation, selon la Commission de Normalisation (AFNOR). Pas étonnant quand on sait que cette méthode manque de fiabilité. 

La graphologie et l’astrologie même combat ?

Le niveau de prédictibilité de la graphologie est très proche de celui de l’astrologie selon le ministère du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique, c’est-à-dire moins de 1 %. « La validité scientifique de cette méthode de recrutement est douteuse… la graphologie et l’astrologie font une recherche sur la personnalité du candidat et non sur ses aptitudes professionnelles » déclare le ministère du Travail. Les graphologues, eux, vous diront qu’ils arrivent à faire le lien entre la structure de la personnalité du candidat et ses aptitudes professionnelles.

« C’est une illusion. La graphologie rassure au même titre que l’horoscope », affirme Laurent Brouat, directeur de Link Humans qui forme des professionnels du recrutement. On l’appelle l’effet Barnum, selon Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à Grenoble. Les résultats sont suffisamment vagues et généralistes pour coller à tout le monde. Ils rassurent le recruteur sur le candidat choisi. Tout comme l’horoscope, plus les descriptions sont agréables et renforcent l’estime de soi, plus la personne est prête à y adhérer. Une méthode grotesque selon Laurent Brouat, qui conseille plutôt aux recruteurs d’évaluer le comportement des candidats lors de mises en situation.

Manque d’objectivité

Les adeptes de la graphologie comme Bertrand Durand plaident aussi pour son objectivité : « Le test de personnalité se faisant à part entière, il permet au recruteur de ne pas se laisser influencer par la sympathie que peut lui inspirer le candidat ». Mais comme le graphologue a accès à des informations sur le parcours du candidat grâce au CV, il peut avoir un jugement subjectif au même titre que le recruteur. Christophe Rosenberger, chercheur à l’ENSI à Caen, déclare : « s’il y a de l’humain et du manuel dans une technique d’analyse, les résultats seront forcément subjectifs ».

De la graphologie à la frappologie

Une nouvelle méthode graphologique pourrait être détournée par les recruteurs : la frappologie. Cette graphologie sur clavier permet d’étudier le comportement d’une personne en analysant la manière dont elle tape sur le clavier, (temps de pression, relâchement des touches, temps de survol entre chaque touche). Si pour le moment elle permet uniquement de savoir à 80 % si nous avons affaire à un homme ou une femme, le chercheur Christophe Rosenberger annonce qu’il est tout à fait envisageable qu’un jour, on puisse extraire les traits de personnalité d’un candidat pendant qu’il remplit son CV en ligne sur le site de l’entreprise. Une éventualité qui fait froid dans le dos.

 

Farah Sadallah
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