Ce que rêver du boulot veut dire

Sylvie Laidet

Vous êtes nombreux à rêver du travail, nous avez-vous dit sur Facebook. Nous avons demandé aux psy ce qu’ils en pensent…

No Rya, sur Facebook, nous explique avoir « déjà terminé des dossiers lors de [s]es rêves. Le lendemain, [elle] avai[t] comme un sentiment de "déjà vu" ». Florian, lui, a rêvé qu’il dirigeait son service d’une main de fer. Plutôt cool. Mais pour d’autres, rêver de leur job est plutôt synonyme de cauchemars… Qu’en pensent les psys ?

Rêver de son boulot, est-ce normal ?

« Rêver de son travail n’a rien de pathologique et n’a pas de signification univoque du côté de la santé mentale du rêveur », insiste Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste et co-auteur de « La Panne, repenser le travail et changer la vie » chez Bayard. Ouf. Rêver de son boulot serait même nécessaire. « Avec l’amour, le travail est une dimension fondamentale de la vie. On fait du travail une dimension du désir humain et le désir veut toujours sortir soit sous forme de lapsus, de symptôme ou encore de rêve », explique Roland Guinchard, psychanalyste, dirigeant du cabinet Montgolfière Management et auteur de l’ouvrage à paraître chez Masson, « Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail ». Donc rêver de son boulot, c’est plutôt sain : ça permet d’évacuer les tensions qui peuvent empêcher d’avancer au bureau.

Rêvez de votre job, pour faire face à l’imprévu

Au quotidien, votre boulot est en général encadré par des prescriptions très strictes (ordre, procédure, mode opératoire…) qui ne tiennent pas compte des imprévues, bugs techniques ou autre. « Pour y faire face, tout le monde doit « tricher », s’arranger avec les prescriptions initiales… Et pour bricoler efficacement, les salariés doivent convoquer leur intelligence inventive en engageant leur subjectivité pendant leur temps de travail, mais aussi en dehors de leur temps de travail. Or, toutes les choses qui nous emportent dans la subjectivité génèrent des rêves. En fait, le travail ne s’arrête jamais. Si on ne rêve pas, on ne sera jamais un travailleur habile », démontre Christophe Dejours, fondateur de la psychodynamique du travail.

Attention à la récurrence !

Cela dit, le rêve « pathologique » existe et doit être dépisté. Vous faîtes toutes les nuits un rêve identique depuis plusieurs semaines ? Là, il y a un problème. « La récurrence d’un rêve est le signe d’une névrose ou d’un traumatisme, c’est-à-dire de quelque chose qui n’arrive pas à se digérer. Par exemple, un choc, du stress. Quelque chose d’important a été touché chez l’individu, il ne faut pas en rester là », prévient Roland Guinchard. Warning également si, en vous réveillant, vous éprouvez encore un sentiment de colère, de honte… Pire, si vous êtes exténué. « En refaisant sa journée une deuxième fois durant la nuit, on est dans un sommeil non réparateur donc une situation épuisante », ajoute Thierry Chavel, coach ou sein du cabinet Alter & Coach - btc partners. Donc, rêver du boulot, point trop n’en faut.

Sylvie Laidet © Cadremploi.fr

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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