Entretien de départ : comment se lâcher sans gâcher sa carrière ?

30 janvier 2017 Sylvie Laidet

C’est fait, vous avez démissionné et vous partez maintenant dans un mois. Votre employeur va sans doute vous inviter à un entretien de départ. L’occasion de se lâcher ? Voici quelques conseils pour faire passer des messages (pas toujours très agréables) sans se griller à vie.
Entretien de départ : comment se lâcher sans gâcher sa carrière ?
  1. Choisissez le bon moment 
  2. Limitez les idées à faire passer
  3. Évoquez des faits précis et pas de ressenti
  4. Critiquez de manière constructive
  5. Anticipez le coup d’après

Choisissez le bon moment 

Déjà, vous ne déballez pas vos 4 vérités, le jour où vous annoncez votre départ à votre N+1. « Parlez quand vous êtes en colère et vous ferez un discours que vous regretterez longtemps, disait Gary Chapman. Idem, le jour de votre départ effectif », cite volontiers Rosa Rossignol, consultante en mobilité professionnelle et fondatrice de Carnet d’adresses RH. Préférez un rendez-vous dans un lieu informel, un café ou un restaurant, pour échanger avec votre N+1 ou N+2 une semaine ou deux après votre annonce de départ. Vous aurez retrouvé vos esprits et votre interlocuteur aussi. « Certaines entreprises mènent ces exit interview par téléphone une semaine ou deux après le départ du collaborateur afin que chacun ait davantage de recul », constate Noëmie Cicurel, directrice chez Robert Half.

 

Limitez les idées à faire passer

Même si vous pouvez légitimement penser que ça vous fera du bien, inutile de tout déverser comme ça. Ciblez les reproches que vous avez à faire. Et jamais par écrit, toujours à l’oral. Par exemple, des soucis d’organisation, de reconnaissance, de management, etc… « Ne parlez jamais pour les autres. Vous n’êtes pas leur porte-parole. Exprimez-vous en votre nom », insiste Noëmie Cicurel. Réservez certaines vérités à votre N+1, d’autres à votre N+2 et au DRH. « Les RH sont souvent plus neutres qu’un N+1. Il devrait y avoir moins de crispation », ajoute-t-elle.

 

Évoquez des faits précis et pas de ressenti

Le meilleur moyen d’être entendu est de parler des situations concrètes qui ont, (entre autres), motivé votre départ. Cela peut tourner autour de l’organisation de l’entreprise, par exemple : "j’ai souvent fait remonter les soucis d’organisation qui pesaient sur mon travail", "pour tel dossier, j’ai eu besoin de ressources supplémentaires mais je n’ai pas été entendu, ce qui a mis à mal le livrable", etc.

Vous pouvez également citer des dysfonctionnements dans les relations interpersonnelles avec des phrases du genre « quand on me reproche quelque chose, je n’apprécie pas nécessairement la forme employée, je trouve cela injuste ». Le tout, sans jamais citer de nom », insiste-t-elle. « Même au bout de 10 ans de vie commune, ne tombez pas dans le pathos, restez professionnel. Pour cela, privilégiez le verbe avoir plus que le verbe être. Ne dites pas "je ne m’entends plus avec toi car tu es…", mais plutôt "dans la gestion de ce projet, nous n’avons pas la même vision", recommande concrètement Rosa Rossignol, auteur de Gérer efficacement un départ. Nouvel emploi, retraite, licenciement… partir dans les meilleures conditions (Dunod, 2012).

 

Critiquez de manière constructive

Cela peut paraître bateau de dire ça, mais l’idée est que personne ne perde réellement la face. Donc dites partiellement ce que vous avez sur le cœur, mais offrez une porte de sortie à votre interlocuteur. « Évoquez ce qui a posé problème en avançant un début de solution. N’humiliez jamais le "vaincu". Soyez bienveillant car il en va aussi de votre propre intérêt », préconise Rosa Rossignol. « Listez également 2-3 éléments qui fonctionnent bien en interne. C’est toujours appréciable pour l’entreprise », souligne Noëmie Cicurel. Et ça contre balancera vos griefs.

 

Anticipez le coup d’après

Se lâcher en entretien de départ est plus ou moins conseillé selon le contexte et l’étape d’après. « La parole sera facilitée si vous changez de secteur, de fonction et/ou de pays. En revanche, si vous restez dans le même microcosme, où tout le monde est au courant de tout, ou si, un jour, vous étiez amené à revenir dans cette même entreprise, ne rien dire d’authentique me paraît la meilleure des solutions », estime-t-elle. Se lâcher quand on part, c’est touchy et nécessite beaucoup de tact. Toutefois, si vous visez un job dans le même secteur, c’est quasi impossible. Dans ce cas, avancez tout simplement des motifs imparables : un projet personnel, une expérience internationale, une mobilité géographique… Ça fera le job.

Sylvie Laidet
Sylvie Laidet

Au quotidien, Sylvie Laidet, journaliste indépendante, réalise des enquêtes, des portraits, des reportages, des podcasts... sur la vie des salariés en entreprise. Égalité femmes-hommes, diversité, management, inclusion, innovation font partie de ses sujets de prédilection.

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