Episode 3 : le pire ennemi

8 juin 2009 Le DRHache

Cette semaine, le DRHache explique comment marche l'entreprise et surtout, "comment y rester sans s'aigrir ?" Ames sensibles s'abstenir, le héraut de l'entreprise vache se penche sur les ressorts de la motivation.

Le pire ennemi de la vie en entreprise, à part le chômage, c'est l'aigreur.  Somme d'individualités plus ou moins équilibrées, l'entreprise permet à chacun de libérer un certain nombre de forces obscures, dont l'expression sera souvent hélas proportionnelle à la place que l'on a dans sa hiérarchie.

En clair c'est beaucoup plus facile d'être un emmerdeur quand on est manager, de faire régner la terreur et d'extérioriser sa colère sur le dos de ses subordonnés pour reculer son propre cancer.

 

Paradoxalement, il y a toujours eu des chefs caractériels, ce qui tendrait à démontrer que l'entreprise s'en nourrit. On comprendra ici que la démarche est pragmatique : nous partons du constat que ça marche, nous essayons de comprendre comment, et de réfléchir à comment ça pourrait marcher mieux.

 

Une fois de temps en temps, un (en ce moment une foule de) prophète en phase maniaque pourra toujours invoquer la fin du monde à venir, et tenter de tout casser  une fois que la récession est là. Mais s'il était si malin il aurait pu en parler avant.

Donc, comme on disait à l'armée, et ça résume assez bien ma vision du management, « On est dirigé par des cons, et bientôt c'est nous ».

 

En poussant un peu plus loin le raisonnement, on peut se dire, et c'est horrible, que l'on a besoin d'une certaine dose de caractériels pour faire tenir le tout. Nous avons tous eu des chefs psychopathes dont on n'osait imaginer la vie de famille. Comment l'expliquer ? En discutant avec un ami psychiatre, j'ai réalisé la chose suivante. Les grands types de personnalités, pour faire court, sont :

 

paranoïaque (je m'en méfie, tout le monde me déteste)

obsessionnel (il manque une virgule)

narcissique (je m'aime)

histrionique (je veux qu'on m'aime, flattez-moi mon bon Blaze).

 

On pourrait penser qu'un bon manager serait le corps glorieux exempt de toutes ces taches, mais pas du tout : le bon manager, c'est celui qui serait un peu de tout cela.

 

Parano : il verra venir les coups tordus à cent kilomètres

Obsessionnel : il va rendre un travail immaculé.

Narcissique : il va fédérer autour de lui

Histrionique : il va réveiller les morts et secouer le cocotier.

 

Pour aller à l'encontre de cette idée, nous avons tous en tête des managers gants de toilette mouillés,  informes et coulants, qui épousent temporairement toutes les formes qu'on leur impose : les yes men.

 

Ce sont des adjoints dont la seule fonction est de valider les décisions de leur responsable. Pas besoin de cerveau ni d'attributs, un peu d'expérience et beaucoup de souplesse sont requises. La présence des yes men est plus liée à un type de management qu'à la taille d'une entreprise. Ils sont souvent méprisés de la troupe, ne possédant aucune personnalité propre. Ce sont des chambres d'enregistrement  dont l'obédience garantit  la pérennité, mais dont la fragilité réside dans le lien avec leur manager. Lorsque celui-ci saute, à l'instar de la sangsue, ils doivent trouver un autre abreuvoir. Ils peuvent également servir de fusible le cas échéant.

 

 

Alors si l'entreprise est gérée par des feux de bengale d'un coté et des fines de claire de l'autre, comment marche-t-elle,  et surtout, question du jour, comment  y rester sans s'aigrir ?

 

A part le constat évident que le trait est un peu forcé quand même et qu'il y a plein de gens très bien au milieu des extrêmes (les employés sandwichs, comme dirait Serge Lentz), on peut trouver deux raisons majeures :

 

Si on veut servir à quelque chose et continuer à y croire, réaliser qu'on ne change le système que de l'intérieur.

Il faut payer le loyer.

Le DRHache
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