Episode 50 : Le syndrome du gloubi-boulga

Le DRHache

C'est désormais chose faite. Le DRHache vient de trouver un nom au syndrome qui frappe essentiellement les quinquas has been soit-disant promus. Merci qui ?

Jacques fait des financements structurés depuis plus de 20 ans, c'est long.

Il a dédié la fin de sa jeunesse et une bonne partie de son temps depuis à son travail, et a totalement sacrifié sa femme et ses deux enfants, qu'il ne connait plus.

Sa nature profondément angoissée et sa capacité à parler tout le temps, même seul, ne le rendent pas du tout antipathique car il a cette rare vertu de savoir ne pas reporter son stress sur les autres mais de l'absorber, quitte à passer parfois pour une victime de la maladie de Parkinson tant il psalmodie en dodelinant de la tête.

Lorsqu'on est à coté de lui, Jacques fait rapidement penser à un essaim d'abeille.

On y devine une certaine force intérieure, un sacré foutoir mais passablement cohérent, et une nette difficulté à déplacer le tout d'un endroit à un autre, cette fameuse force d'inertie générée par l'angoisse de la cinquantaine frissonnante.

 

Et puis surtout le bourdonnement incessant.

 

Après avoir bien pressé le citron de Jacques, le groupe souhaiterait de moins en moins silencieusement qu'il aille vibrer ailleurs que dans l'un des département les plus élitiste qui soit.

Processus habituel, baisse des bonus, remarques acerbes, évaluations médiocres.

Jacques passe par le bilan de compétence, cette gare de triage qui va vous remettre sur les rails ou envoyer votre wagonnet au fond de la mine. Le bilan est fait par d'anciens RH du groupe, qui ont un peu aussi des obligations de résultat, et Jacques n'est pas facile à replacer, alors au bout du compte on lui propose les ressources humaines : viens m'aider à expliquer aux autres que je ne sais pas comment les réorienter.

Le choix n'est pas aberrant puisqu'il est sénior et a donc sur le papier la légitimité et le recul pour parler aux différents acteurs de la structure, managers en tête.

Il évolue également dans le monde des monstres gentils, et pourra donc théoriquement faire preuve d'empathie, cette métempsycose fonctionnelle des apprentis sourciers qui tentent de canaliser les motivations individuelles œuvrant pour le bien collectif.

 

Jacques débarque aux RH, et il est immédiatement perdu.

L'immatérialité des situations le panique et très vite il décide de tout faire à deux. Il demande donc à son adjointe de participer aux entretiens, de prendre des notes, de faire les comptes-rendus et passer les coups de téléphone.

Je le surprends quelque temps plus tard à lui demander si elle pense qu'il doit mettre son écharpe pour sortir, ça y est c'est net, Jacques est en train de tomber dans le syndrome du gloubi-boulga.

 

Courant chez les quinquas, ce syndrome pourrait être représenté par un gigantesque chaudron, une marmite dans laquelle sont remuées, mélangées et dissoutes toutes les composantes affectives et professionnelles de la vie de l'individu. A la recherche de sa fille, en fuite de sa femme, en quête d'une protection maternelle, aux aguets d'une légitimité professionnelle après un virage, fantasmant une domination inhérente à son ancien statut, Jacques se débat dans cette onctueuse mélasse et s'en sort comme il peut.

 

Cette interdépendance exacerbée énerve grandement tout son entourage, et lorsque son adjointe part en congé de maternité, on lui voit le regard de Danton vers Robespierre avant de partir vers l'échafaud, comment as tu pu me faire ça après tout ce que nous avons vécu ?

 

Mais il s'en tirera, car il gentil, il délègue beaucoup et donc, le travail est fait.

 

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