Faire un break dans sa carrière : un pari trop risqué ?

Tiphaine Réto

Les motifs et les projets sont variés, mais les résultats sont presque toujours les mêmes : bien préparé et bien mené, un break de quelques mois peut permettre de repartir du bon pied dans sa vie professionnelle.

Vous en rêver ? Ils l'ont fait. Prendre trois ou six mois, voire un an, loin des contraintes habituelles du boulot. Partir en voyage, démarrer une entreprise, retaper une maison dans le Larzac ou simplement s'occuper de la famille qui s'agrandit.

« Pour moi, c'est nécessaire de faire à un moment ou à un autre une pause dans son travail, affirme Fabien Dauges, coach et consultant chez EOS Conseils. Ca permet de réajuster le tir dans sa carrière, de faire le point. Ou juste de respirer. »

« Envie de découvrir d'autres horizons »

C'était tout l'intérêt d'Anne-Laure Siligoni, manager Conseil chez Deloitte, pendant ses 7 mois de périples à travers l'Asie. « Je suis rentrée dans l'entreprise en 2006. Et, j'avais depuis longtemps cette envie de prendre quelques mois off pour découvrir d'autres horizons, d'autres cultures et sortir de mon quotidien. Au fur et à mesure, ce besoin s'est imposé comme une évidence. » Avec plus de deux ans d'ancienneté, la jeune femme rentre dans les critères du congé sabbatique. Mais en préparant son départ, elle découvre que son employeur lui propose bien mieux : « Deloitte a mis en place un système de congé pour projet personnel. J'ai juste eu à monter un dossier pour expliquer ce que je voulais faire et j'ai obtenu le droit de partir tout en conservant 30% de ma rémunération. »

Du donnant-donnant

Un coup de pouce qui semble être une évidence dans l'entreprise : « L'activité de nos collaborateurs est soutenue, explique Fabrice Roncin, senior manager à la DRH du groupe. Après quelques années, certains peuvent ressentir le besoin de faire une pause et de prendre du recul. C'est important de pouvoir leur offrir cette possibilité. » L'homme sait de quoi il parle : passionné de montagne, il a pris trois mois en 2009 pour aller découvrir les massifs sud-américains. Pour Anne-Laure Siligoni, ce break est devenu un donnant-donnant : « On m'a donnée la possibilité de faire ce que je voulais. Maintenant, j'ai envie de donner le meilleur de moi-même dans mon travail. »

Des réticences très françaises

En 2010, 10 collaborateurs de Deloitte ont eu recours à ce congé compris entre 2 et 18 mois. Mais ce genre d'initiative reste encore rare en France. « Les recruteurs ont parfois du mal à comprendre l'intérêt de ce type d'expérience pour un salarié, reconnaît le consultant d'EOS Conseils, Fabien Dauges. Pour faire de votre break un atout, il faut bien montrer qu'il ne s'agit pas d'une fuite, mais d'un véritable projet qui pourra par la suite servir l'entreprise. »

Même avis pour Anne-Laure Siligoni : « La mentalité française n'est pas très en avance sur ce genre de procédé, pourtant, je considère que mon voyage m'a apporté autant qu'une expérience professionnelle : je suis plus sereine dans mon travail, plus sûre de moi aussi. Ce temps de réflexion m'a permis de savoir où je voulais aller. »

Préparer son départ

Pour être fructueuse, l'expérience ne doit donc pas être prise à la légère. « Il faut bien préparer son départ de l'entreprise, conseille Fabien Dauges. Afin de mieux préparer également son retour. » C'est ce qu'a fait Fabrice Roncin : « Mon associé responsable avait besoin d'être rassuré sur le fonctionnement du service pendant mon absence. Au cours des semaines qui ont précédé mon congé, j'ai donc consacré le temps nécessaire pour définir et formaliser l'organisation intérimaire. »

Ne pas couper complètement

Et pas question de couper complètement avec l'entreprise pendant son break. Chez Deloitte, on demande à chaque collaborateur en congé pour projet personnel de tenir la société au fait de l'avancée de son projet. « J'envoyais donc périodiquement des mails avec quelques photos, qui étaient ensuite publiés dans l'intranet, se souvient Fabrice Roncin. Compte tenu de l'effort financier consenti par mon employeur, cette demande ne m'a pas heurté. » Au-delà, la tenue d'un blog ou l'envoi de nouvelle régulière permet de reprendre un contact plus facile et plus rapide avec les collègues, qui auront déjà une vaguer idée de ce que vous avez vécu.

Faciliter son retour

« Et rester connecté, c'est aussi montrer qu'on reste intéressé, rappelle Fabien Dauges. Et là encore, cela facilite le retour : coupure ou pas, votre employeur attend de vous que vous soyez toujours dans le coup. » Un rapide survol du net pour voir les évolutions du marché ou un coup de fil à un collègue avec lequel on s'entend bien pour se mettre au fait des potins de la société vous aidera à être moins largué les premiers jours. « Je suis rentrée trois semaine avant ma reprise, reprend Anne-Laure Siligoni. Je voulais reprendre le lien avec mes associés pour faciliter la transition des dossiers. » Une précaution qui n'aura fait qu'alléger le retour : « Après avoir vécu tant de choses, il faut reconnaître que le retour au quotidien est forcément difficile », reconnaît Anne-Laure Siligoni.

Un phénomène en expansion ?

Pas suffisamment, cependant, pour la décourager de repartir : « Je sais désormais les bienfaits de ce genre de break... » Aux employeurs de se mettre désormais au diapason : « Les nouvelles générations cherchent un équilibre entre vie personnelle et professionnelle, observe Fabien Dauges. C'est pour moi la preuve d'une maturité à laquelle les entreprises feraient mieux de s'accorder. »

 

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr

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Tiphaine Réto

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