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Le DRHache vous coache : ingénieure, maghrébine et ambitieuse, comment réussir ?

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Le DRHache

Le DRHache est de retour avec une nouvelle séance de coaching. Cette semaine, il livre ses conseils à une jeune ingénieure maghrébine pour percer dans un grand groupe qui ne jure que par les diplômés des très grandes écoles.

Tous les 15 jours, le DRHache se penche sur un dilemme professionnel. Envoyez-lui vos questions sur ledrhache@gmail.com. Il vous répondra directement mais fera également partager à tous les internautes les cas les plus inspirants. Bien sûr, votre anonymat sera strictement préservé. Mais attention, foin de langue de bois, le DRHache ne pratique que le franc-parler...

 

Question d'une internaute

 

Bonjour DRHache,

 

Je suis une femme de 25 ans, d'origine modeste et maghrébine, ayant fait une école d'ingénieur disons dans la moyenne haute sans pour autant bénéficier d'un réseau et d'une renommée conséquente.

 

J'ai commencé ma carrière dans un grand groupe dans lequel il semble que votre école conditionne le reste de votre vie dans l'entreprise. Pour l'instant je travaille comme ingénieur dans un service technique. J'ai peu de responsabilités et pas vraiment de grandes perspectives d'évolution. De plus d'après les statistiques, j'ai à peu près tout contre moi si j'ai l'ambition d'être plus qu'un petit "ingénieur lambda".

 

Ma question est : comment faire la différence ?

 

Dois-je privilégier une plus petite structure pour faire mes preuves ?

 

Dois-je mettre la pression pour changer de poste et évoluer plus rapidement dans l'entreprise alors que je ne me sens pas en position de force?

 

Quelles sont les vraies différences entre un "high potential" et un "ingénieur lambda"?

 

Quels sont les leviers pour lancer une carrière et faire les bons choix dès maintenant ?

 

Merci d'avance pour votre réponse.

 

Cordialement,

 

S.

 

 

Réponse du DRHache

 

Bonjour

 

Tout d'abord votre profil n'est pas compliqué, du moins il ne l'est plus. On rencontre beaucoup de cas similaires dans les grands groupes. Leurs origines sociales se divisent souvent en deux catégories, que les recruteurs et les DRH vont souvent confondre :

 

1-la seconde ou troisième génération issue de l'immigration maghrébine ayant débutée à la fin de la guerre d'Algérie, et

 

2 -les maghrébins issus du cursus scientifique de l'excellence qui s'est maintenu là-bas, principalement au Maroc.

 

Ces deux populations se ressemblent finalement assez peu.

 

La première est souvent d'environnements socio-professionnels plutôt défavorisés, donc très méritants et bénéficiant de l'ascenseur social. De ce que je comprends cela serait plutôt votre cas. En profil, cela donne des gens sans réseau (on en reparlera dans une génération) mais avec beaucoup d'appétit et une intégration déjà faite, ou en tout cas grandement facilitée.

 

La seconde est souvent issue d'environnements socio-professionnels assez favorisés dans les pays du Maghreb. Faisant déjà partie d'une intelligentsia locale, elle épouse les codes de l'entreprise plus facilement. Au début en tous cas. Cette population s'avère paradoxalement plus difficile à gérer à terme que la première d'un point de vue RH. Le biculturalisme pouvant générer des problèmes de fidélité à l'entreprise, ne serait ce que par la volonté de le valoriser au Maghreb ou dans le Golfe après cinq ou dix ans.

 

Cela peut également poser des problèmes d'intégration au sein de l'entreprise, comme toute greffe multiculturelle, et enfin il arrive que ces fruits d'une élite aient totalement perdu leur appétit en chemin.

 

Bien évidement, toutes les généralités présentent moultes exceptions, mais les tendances sont là je pense.

 

Votre cas est donc assez balisé quoi que vous en pensiez. Ce qui saute aux yeux dans la présentation que vous en faites, c'est la clarté, la concision et le réalisme.

 

C'est ce qui me pousserait à vous donner le conseil suivant :

 

Vous manquez de noisettes pour l'hiver ? Allez les chercher sur l'arbre.

 

Vous manquez de munitions pour la bataille ? Repoussez le combat et faites le plein de cartouches.

 

Oui, il faut challenger votre environnement. Mais pas n'importe comment.

 

Oui, il faut probablement quitter votre structure à terme. Mais pas forcément. En fait, il serait même mieux de rester la ou vous êtes et d'y obtenir ce que vous souhaitez.

 

Alors cherchez.

 

Passez des entretiens. Répondez aux annonces, faites de d'intelligence économique, mettez vous sur le marché.

 

D'abord, cela vous valorisera.

 

C'est toujours bon de se faire dire "on vous veut".

 

Et mine de rien par les temps qui courent un peu de valorisation ne saurait nuire.

 

Ensuite, et seulement ensuite, une fois que vous avez une vision plus claire de ce que valez/ voulez, commencez à faire sentir que vous voulez bouger. Parlez avec votre boss. Parlez avec votre RH. Avec vos collègues. Avec les autres départements.

 

Si la structure s'adapte, vous y resterez.

 

Si la structure fait la sourde oreille, cherchez ailleurs avec la volonté de trouver, en effet dans une plus petite structure, il semble que cela pourrait vous correspondre.

 

Une fois que vous avez l'offre concurrente, allez refaire le tour des popotes en montrant votre joli contrat en disant :"et là, je fais quoi?"

 

S'ils ne réagissent pas, changez de boite.

 

S'ils s'adaptent, comparez les deux offres.

 

Voilà.

 

Tout cela reste assez théorique, mais j'espère que cela vous aura aidé.

 

Bien cordialement

 

DRHache.

 

 

(Suite) Réponse de l'internaute

 

 

Bonjour,

 

Merci pour votre réponse rapide.

 

Effectivement, vous avez vu juste. Je suis de la deuxième génération issue de l'immigration maghrébine. Ayant fait ma prépa avec des personnes de la deuxième catégorie, je trouve vos "généralités" plutôt justes. J'ai pu faire une école d'ingénieur, faire mes stages à l'étranger et me construire un profil correct.

Je suis certaine d'avoir bénéficié de l'ascenseur social comme on dit. Mais n'en connaissant pas toutes les ficelles avant d'être en plein dedans, je n'ai pas forcement fait tous les meilleurs choix. Je ne me rendais pas compte à quel point l'école dont on sort est importante pour les entreprises françaises.

Ce qui est fait est fait. Je ne voudrais juste pas que cela nuise à mes ambitions. Je ne veux pas me réveiller dans 5 ans à la même place ou presque parce que je n'aurais pas pris les choses en main.

Merci pour vos conseils. C'est la démarche dans laquelle je m'étais lancé. Malgré les temps difficiles, je m'acharne et essaie d'améliorer ma façon de postuler comme mes performances en entretien. Et vos chroniques me sont précieuses donc merci bien...

Voilà le plan d'action que j'avais mis en place et que je suis :

-faire mon bilan de compétences (on apprend ça en école d'ingénieur maintenant)

-définir mon objectif professionnel et déterminer quelles sont les compétences qui me manquent (en analysant les offres d'emploi correspondantes par exemple)

-me placer sur tous les projets de mon service (voir d'autres services) sur lesquels je peux acquérir ces compétences (j'en suis là et ca me fait des journées sans fin)

- réseauter en interne et en externe un maximum (pour compenser)

- rester au courant du marché de l'emploi et postuler quand une opportunité se présente.

 

Pour finir, je voudrais rebondir sur un extrait de votre email : "Faisant déjà partie d'une intelligentsia locale, elle épouse les codes de l'entreprise plus facilement.". Quand j'observe les "high potentials" confirmés ou en devenir autour de moi, une chose me frappe : ils sont très sûrs d'eux et d'être à leur place. Ils savent se mettre en avant (bien que à mon avis, partant du principe qu'ils ont déjà fait leurs preuves, on leur confie des projets complexes facilement valorisables) et faire la différence dans les conversations...Et ça, on ne l'apprend pas à l'école...

 

(Suite) Réponse du DRHache

Merci pour votre réponse, et je suis assez admiratif de votre plan d'action, à mon avis si vous ne trouvez rien qui vous plaise a terme dans les métiers de l'ingénierie vous pourrez toujours aller faire des RH, et je ne plaisante qu'à moitié.

 

Ma réponse était un peu incomplète donc j'en profite pour tenter de compléter.

 

Une partie que j'avais laissée de coté était la différence entre les ingénieurs lambdas et les high potentials.

 

Bonne question, d'autant plus qu'elle s'applique dans la majorité des grands groupes.

Je pense que le déterminisme institutionnel qui définit le système français trouve son pic dans la gestion des ingénieurs.

 

La sélection se fait très tôt, et vous n'êtes pas sans savoir qu'être passé par MP * c'est mieux, ne pas avoir triplé c'est mieux aussi tout comme avoir fait Ginette, Henri IV ou Louis le Grand aussi.

 

Et ben ça continue.

 

Si vous êtes X Mines, vous êtes Hi Po, sauf si vous faites partie de cette tranche de plus en plus fine que ne sais pas parler, ne se lave pas et joue au Stratego en équipe de France.

 

Mais le fait que les X mines, en tout cas les corpsards (hauts fonctionnaires des grands corps techniques de l'Etat), soient appelés à diriger les entreprise du Cac 40 ne doit pas vous décourager : vous n'avez probablement pas été identifiée Hi Po sur votre école, mais la vision binaire "en être ou pas" se justifie peu à votre niveau : toute entreprise intelligente, c'est a dire qui veut survivre, est obligée de s'adapter à son environnement, et son environnement, en l'occurrence, c'est vous.

 

Alors allez-y.

 

Existez.

 

Bien cordialement

 

DRHache

 

(Suite et fin) Réponse de l'internaute

 

Merci pour vos remarques complémentaires.

J'ai de l'ambition tout en restant réaliste sur mes capacités. Je ne pense pas devenir un "Hi Po". Mais dans ma structure, il semble que soit on en est un, soit on n'est pas grand chose. Mais c'est vrai que ce sont des spécimens qui me fascinent et que j'aime observer...bien que j'ai encore du mal à les décrypter.

Vous avez raison, je laisse les directions du CAC 40 aux Xmines et je me souhaite juste de trouver ma voie et d'arriver un jour à faire quelque chose qui me passionne.
Merci pour votre temps.

Bien cordialement,

S.

 

 

Ecrivez au DRHache : ledrhache@gmail.com

 

3

commentaires

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Réagir à cet article

Ga

07/01/2011

à 19:20

Faut arrêter avec cette histoire de réseau. Dans le monde des ingénieurs, ça ne joue strictement aucun rôle. Vous avancez sur vos compétences, ou sur le réseau que vous vous constituez vous-même, pas sur celui dont vous héritez (à moins évidemment de s'appeler Bouygues ou Peugeot mais franchement, combien de personnes ça concerne ?)

Avant de crier au racisme ou au déterminisme social, la question est de bien savoir si la frustration de promotion qu'éprouve cette personne est justifiée ou non par ses compétences professionnelles.

Tout le monde veut être promu, mais certains seulement le méritent.

> Répondre

Courbet

24/11/2010

à 09:24

Bonjour,

j'aimerais dire à cette personne qu'il ne lui faut surtout pas trop se "fasciner", (même s'ils sont beaux gosses avec des dents bien brossées!) et en aucun cas se dévaloriser en regardant ces jeunes élites "hi po" sûres d'elles. Leur papa joue peut-être au golf avec des célébrités, mais elle peut être particulièrement fière de la clarté de son regard, de la droiture de sa démarche et de toutes les étapes déjà franchies. Un hi po, dnas le livre de la jungle, c'est un animal qui a mauvaise haleine, mais là, c'est quelqu'un qui a le potentiel de s'élever très haut, ce qui à mon avis est bien le cas de cette jeune personne. Son intégrité et la fierté de tout ce qu'elle est, racines, acquis anciens et récents inclus ainsi que capacité à se régaler de la vie, prouvent qu'elle en est clairement.
Signé : une ancienne fascinée qui avait des yeux de koudou dans la lumière des phares !

> Répondre

lafontaine

23/11/2010

à 09:56

Belle tirade sur l'adaptation à l'environnement.
Mais, cette fois, c'est décidé, au prochain entretien d'embauche je m'excuse de n'être plus assez jeune, pas suffisament vieux ni handicapé et n'appartenant à aucune minorité visible.

A bon entendeur.

PS: Puis-je vous tenir au courant de la réponse du recruteur ?

> Répondre

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