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Le DRHache vous coache : mon chef est un pervers. Que dois-je faire ?

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Le DRHache

Comment réagir quand votre chef vous harcèle ? Que faire quand ni la hiérarchie, ni le syndicat ne vous aident ? Le DRHache apporte sa solution.

Tous les 15 jours, le DRHache se penche sur un dilemme professionnel. Envoyez-lui vos questions sur ledrhache@gmail.com. Il vous répondra directement mais fera également partager à tous les internautes les cas les plus inspirants. Bien sûr, votre anonymat sera strictement préservé. Mais attention, foin de langue de bois, le DRHache ne pratique que le franc-parler...

 

Question de l'internaute :

 

Bonjour DRHache,

 

Je lis depuis longtemps votre chronique et viens seulement maintenant de penser à vous confier mon souci au travail. Je suis contente de pouvoir me confier à vous.

 

Je travaille depuis un an dans un service à l'étranger d'un grand ministère français. Depuis mon arrivée, je subis un harcèlement moral de la part du chef du service. C'est d'autant plus difficile à vivre que nous ne sommes que trois dans le service, le chef, un agent de droit local et moi, et que le service n'est pas dans les locaux de l'ambassade. Le chef de service (appelons le « le CS ») ne m'envoie plus aux réunions ni aux nombreux événements en extérieurs auxquels j'étais auparavant conviée. Je me sens donc très isolée.

 

J'ai bien sûr fait remonter les faits à l'ambassadeur, au syndicat, et au DRH à Paris. L'ambassadeur m'a conseillé de partir si cette situation devenait insupportable ou de me mettre quelques jours en arrêt maladie. Selon lui, aucune mesure ne serait prise contre le harceleur et la seule solution serait mon retrait.

 

Le syndicat m'a écouté, compris, soutenu, et transmis le dossier au DRH, ce qui a valu un long coup de fil de sa part au CS. Qui s'est calmé pour quelque temps. Entre temps, j'ai fait une belle maladie psychosomatique qui m'a permis de m'éloigner une semaine du service.

 

Puis le comportement est réapparu, jusqu'à ce qu'une inspection soit annoncée au service, ce qui a totalement inhibé le comportement du CS. Trois semaines après l'inspection, soit depuis début janvier, son comportement incorrect envers moi a repris avec une intensité redoublée.

 

Comportement globalement hostile, dénigrement de chaque tâche effectuée, dénigrement de la totalité du travail sur l'année, constat d'échec et d'impossibilité de progression de mon travail de sa part, puis dévolution d'un dossier après sa date de remise à Paris et pression pour l'achever au plus vite, dévolution de dossiers repris sans m'avertir, conseils habituellement donné à des débutants répétés plusieurs fois, etc... Et récemment accusation d'espionnage après impression d'un mail professionnel sans possibilité de m'expliquer!

 

J'ai l'impression que le CS essaie de me faire craquer ces dernières semaines et aussi qu'il est près d'y être arrivé. Soit je m'énerve contre lui et le résultat ne sera pas beau et nous voulons tous éviter cela, soit je pars. Et dans ce cas là il aura gagné. Le CS a déjà réussi à faire licencier (!!!) mon collègue agent de droit local, qui vit la même situation depuis trois ans mais qui a fait le dos rond tout ce temps pour justement éviter ce qui viens d'arriver...

 

J'ai téléphoné au syndicat plusieurs fois, qui m'a assuré alerter le DRH et ses supérieurs pour trouver une solution. Le syndicat me paraît très bien pour m'écouter pleurer et me soutenir quand je craque, mais pas pour proposer la seule solution qui m'apparaît après avoir côtoyé la personne depuis plus d'un an: l'éloignement. J'ai à peu près compris que rien ne sera fait pour éloigner cette personne.

 

Je ne comprends pas pourquoi, mais il apparaît que cette personne n'ai pas à souffrir de répercussion dans sa carrière malgré les plaintes de déjà... quatre personnes. Le syndicat m'a par deux fois proposé de me changer de poste, pour se rétracter tout de suite après. Quand il me dit réfléchir à une solution, c'est pour me rappeler pour me demander, comme si je n'y avais pas déjà pensé : "et si vous cherchiez un poste en France ?".

 

De plus, comme mon contrat s'achève dans quatre mois, ils me disent "oh, il ne vous reste plus grand chose, tenez bon, soyez forte". Justement, ça fait un an que je vis cette situation et je n'en peux plus. Je suis fatiguée. Tout ce que je veux, c'est ne plus côtoyer cette personne.

 

J'ai pensé demander un arrêt maladie de complaisance mais cette solution ne me plaît pas: ce n'est pas à moi de partir, et puis, je ne suis pas sûre d'obtenir un arrêt jusqu'à la fin de mon contrat. Ces interrogations m'ont tellement torturé ces derniers temps et la cohabitation avec le CS m'est tellement désagréable que... je suis tombée malade.

 

Je suis clouée au lit par une grippe que je sais être en partie commandée par mon cerveau. Il est vrai que la perspective d'un déjeuner professionnel avec mon chef cette semaine me rebutait. La dernière fois que j'ai déjeuné avec lui, il a insisté pour que je goûte un morceau de son plat. Puis, lorsque j'avais un morceau en bouche, il m'a chuchoté à l'oreille: "j'ai craché dessus"...

 

Je suis fatiguée par cette situation et je ne sais pas quoi faire...Je suis surprise que si peu de considération soit donnée à un cas de harcèlement moral.

 

Enfin, j'ai l'impression que cela arrangerait tout le monde que la situation se règle sans leur intervention, c'est à dire que je parte en arrêt maladie. Mais partir, c'est le renforcer dans son impression de puissance. Je me dis aussi qu'il faut que j'apprenne à m'adapter à ce type de personnalité. Mais les vexations ont été trop nombreuses et je connais bien le personnage pour savoir qu'il n'est pas possible de travailler avec lui.

 

Que faire ?

 

Bien cordialement,

 

 

Réponse du DRHache :

Bonjour

Vaste sujet...

Il y a tellement d'éléments dans votre mail.

Essayons de procéder par ordre.

1-Vous

Vous semblez être au petit bord du burn-out, mais pas tout a fait non plus. La preuve est que vous arrivez à maintenir un sens de la justice, et que vous refusez de vous éloigner de votre poste actuel. Cette attitude montre une certaine combativité, qui ne va pas bien avec la dépression, donc je pense que vous avez les ressources pour tenir.

Votre discours est presque étrange : je devrais tomber malade en complaisance pour m'en tirer, mais je refuse, cela dit je tombe malade en somatique. Donc d'un côté je suis la victime de mon corps, d'un autre, il fait ce qui est bon pour moi, il me protège en me collant une grippe...

Méfiez-vous des interprétations de la somatisation, on risque de tourner en bourrique et c'est vraiment difficile de s'auto-diagnostiquer, surtout quand on flirte avec le mental.

 

Centrez vous sur les faits : vous craquez, mais vous avez quatre mois à tirer, et la possibilité de vous mettre en congé maladie. Ça ouvre des portes quand à l'oppression et l'enfermement qui va avec, et ouvrir des portes, vous protégee, c'est aujourd'hui votre seul moteur.

2-Lui

Tel que vous le décrivez, il ressemble à un pervers, ceux qu'on appelle les pervers narcissiques, encore que je me méfie de cette notion très à la mode.

 

L'épisode de la nourriture est intéressant et fait froid dans le dos. Il existe un livre assez bien construit qui s'intitule Comment gérer les personnalités difficiles, et qui vous aiderait à le cataloguer, et pourrait éventuellement vous apporter des débuts de possibilité de comportement en réponse à ses attitudes de harcèlement.

Vous pouvez également lire les livres de Marie France Hirigoyen, Femmes sous emprise sur le sujet, mais je trouve son approche un peu simpliste car selon elle tout les harceleurs sont des pervers, alors que je pense qu'un grand nombre de situations sont bilatérales et beaucoup plus complexes.

La clef, et ce qu'il faudrait que vous compreniez, quitte à en parler à un professionnel ( un psy, donc), c'est que le gars est probablement pathologique, et que vous ne pouvez pas vous battre contre une pathologie mentale générant de l'irrationnel avec des armes rationnelles. Vous ne pouvez pas gagner, car il a déjà perdu. Vous devez donc vous protéger, et en effet protéger vos successeurs en dénonçant les abus et en permettant de recadrer l'individu. Mais ne vous perdez pas non plus dans ce combat.

Pour cela, vous devez justement vous servir de vos armes les plus rationnelles, et construire un réel dossier, avec des preuves. Mail, courrier, enregistrement de réunions ( l'iPhone a un très bon micro par exemple. Un enregistrement, ça ne sert a rien dans un dossier, mais ça fait très très peur, et ça peut circuler, parlez en à Madame Bettencourt).

Souvenez-vous aussi, dans une logique de protection, que le harcèlement est traité au pénal, et que vous pourrez l'emmener devant les tribunaux, mais seulement si vous avez du solide.

Voilà, segmentez, faites vous aider, par un psy s'il le faut, car j'ai toujours considéré que ce type de pathologie avait une tendance à vouloir s'étendre, alors protégez vous de la contagion, vous ne serez jamais comme lui mais il peut vous abîmer en effet.

3-Eux

Le monde des expatriés et très particulier, et je veux bien croire que les responsables envoyés par la maison mère à 10 000 KM soient plus difficiles à déboulonner que lorsqu'ils sont au siège.

 

Le truc des pathos, en plus, c'est qu'ils ont les qualités de leurs défauts tout aussi développées, et qu'ils sont souvent précieux à l'organisation a cause de ça. Cela dit ça fini toujours par les rattraper, et vous ne pouvez pas à mon sens faire plus que ce que vous avez fait pour dénoncer le problème.

 

Mais ne vous battez pas contre le système dans ce cas précis, utilisez juste tous les moyens que vous avez pour vous protéger d'abord, et tenter de l'empêcher de nuire ensuite. Et selon moi, sur le second point vous en avez déjà fait beaucoup, alors s'ils ne font rien, ça n'est pas votre problème mais le leur.

Donc prenez du recul en admettant qu'il est peut être patho, piégez le si vous pouvez et surtout s'il vous attaque de façon de plus en plus délirante, protégez vous mais ne vous trompez pas combat.

Bien cordialement

DRHache

 

Réponse de l'internaute :

 

Bonjour,

 

Je viens de lire votre réponse et vous remercie chaleureusement pour ces éléments de réflexion.

Je retiens notamment votre conseil, "protégez vous de la contagion". En effet, j'ai de nombreuses fois été tentée répondre à son comportement sur le même mode pervers. Pour ne pas tomber à son niveau, la seule attitude que j'ai trouvée est le mutisme.

Par ailleurs, je vais essayer de moins me concentrer sur l'aspect "injustice" de la situation et plus sur l'aspect "protection", de moi-même.

 

Je suis sûre que la publication de cet échange sera utile pour d'autres lecteurs. Pour moi, et pour eux, merci, merci.

 

Cordialement,

 

Le DRHache © Cadremploi.fr

4

commentaires

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laporte

29/08/2013

à 23:21

coucou, j'ai connu la meme situation que toi de la part d'un certain CS aussi.....
je travaillais a l'epoque pour le MAE.
s'agit il du meme type?
C comme Camille n'est ce pas?

> Répondre

jeje

01/06/2013

à 00:17

bjr l drh j ai probleme mon entreprise bas de l aille je demande des cp sans solde on me les refuse je parle avec une collegue on vient nous dir sop de plus ce midi mon chef atelier me dit je fait parti du chtt je trouve que vous manquieei higiene vous sentez de la bouche que doije repondre a sa doije leprendre pourpour harcellement ou pour autre chose

> Répondre

Natacha

22/02/2011

à 08:31

Bonjour,

Merci pour tous vos conseils. J'ai vécu la même situation mais en moins pire il faut l'avouer. J'ai monté un dossier et fait suffisamment peur à la Direction pour me voir proposer une rupture conventionnelle. Je l'ai accepté et j'ai même eu une indemnité supérieure au légal. Certes je suis partie, mais je suis partie la tête haute : je n'ai pas démissioné. Et le harceleur, pour qui je n'étais pas sa première victime, a vu son pouvoir un peu ébranlé. En lisant vos conseils, je suis rassurée de constater que j'ai eu la bonne attitude.
Merci encore.
Et bon courage à l'internaute harcelée.

> Répondre

camomille

21/02/2011

à 22:27

Excellent exposé du probleme de harcelement et toute aussi excellente solutions proposées. Quelle clarté!

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