Les 3 phases d’un burn-out

18 mars 2012 Luc Brunet

Le professeur Luc Brunet, spécialiste en psychologie du travail à l’université de Montréal, nous explique comment reconnaître le bon stress du mauvais stress... et comment identifier les 3 étapes d'évolution d'un burnout. Un cadre averti en vaut deux !
  1. Le bon stress, dit l’eustress
  2. 1, 2, 3… burn-out !

Vous reconnaissez-vous dans l'un ou plusieurs de ces signaux ?

  • Souffrez-vous de maux de tête fréquents, surtout avant d’aller travailler ou au travail même?
  • Vous sentez-vous déprimé ou impuissant devant les tâches à accomplir?
  • Vous sentez-vous désengagé au travail et avez-vous l’impression de ne « faire que du présentiel » avant de profiter de vos loisirs?

Si vous avez répondu oui à ces questions, c’est que votre travail commence à peser lourd, non ? Sachez que la notion de « stress au travail » n’est plus taboue : ces 40 dernières années, elle rencontre un écho croissant. Les articles de recherche qui s’y intéressent et les interventions en milieu de travail se multiplient.

C’est que, dans nos sociétés modernes, le travail occupe près de 60% de notre temps éveillé. Et que les entreprises ont bien compris que, s’il peut être une source d’accomplissement, il peut aussi devenir un enfer.

Le bon stress, dit l’eustress

Pour les mieux lotis, donc, n’oublions pas que les effets positifs du « bon » stress, appelé « eustress », découvert par Hans Selye, le « découvreur » du stress. L’eustress donne l’énergie et la motivation nécessaire pour vaincre les obstacles, se dépasser : il est donc positif côté performance… mais lorsque les défis sont jugés surmontables par l’individu, en fonction de ses compétences, de sa personnalité et du soutien organisationnel.

Car lorsque l’organisme ne peut plus supporter le « combat », c’est le mauvais stress qui prend le dessus. L’individu risque alors de développer des troubles psychiques et/ou physiques, qui surviennent de façon graduelle et dont les symptômes peuvent être l’épuisement physique et émotionnel, une image négative de soi-même, une attitude négative envers le travail, une perte d’intérêt et de préoccupation envers les gens dont nous sommes responsables…

1, 2, 3… burn-out !

Le burnout ne survient jamais de façon subite mais plutôt graduelle. Ce dernier peut connaître une évolution plus ou moins longue, en général entre 5 et 10 ans, selon la durée et la force des stresseurs occupationnels auxquels est exposé l’individu. Et bien sûr, aussi, selon la personnalité ou la capacité de résistance de ce dernier. Ce qui est mieux défini, ce sont les 3 étapes de développement graduel d’un syndrome d’épuisement professionnel, qui peuvent d’ailleurs aider à le reconnaître et à le prévenir en trouvant des solutions pour éviter le burn out. Il y a d’abord la confusion, la frustration puis le désespoir.

Dans la phase confusion, l’individu pressurisé au travail commence à développer des appréhensions et de l’angoisse. Cette personne commence à éprouver un sentiment diffus de crainte à propos de tout ce qui peut survenir. À cette étape on voit aussi apparaître de fréquents maux de tête, de l’insomnie et aussi un certain manque d’énergie.

Suit la phase de frustration : plus le burnout évolue, plus la personne en vient à éprouver une forme de frustration et de rage - le sentiment d’être impuissant à surmonter une angoisse qui n’a pas de fonctionnement rationnel. À cette étape, les désordres physiques deviennent plus prononcés.

Vient finalement, la phase de désespoir : il s’agit de l’étape ultime où la personne commence à sentir que tous ses efforts ne servent à rien, que le travail n’a plus de sens, que l’ennui, le désenchantement et la dépression prennent le dessus. C’est l’étape de mise « hors de combat » où l’individu n’est plus capable de fonctionner au travail.

Une intervention thérapeutique rapide dans la première ou la deuxième phase est susceptible de freiner l’évolution du burnout et de ramener un équilibre psychologique. La prévention passe, non seulement, par la réduction des stresseurs organisationnels mais aussi par une meilleure gestion de soi, surtout lorsque l’on ne peut réduire les irritants de l’environnement de travail.

Ainsi un climat de travail sain caractérisé par un leadership authentique, de la reconnaissance face au travail des employés et une éthique de la justice et de la sollicitude, tout ceci aurait un effet réducteur sur le stress. En plus, une bonne gestion de soi caractérisée par le développement d’une philosophie de vie positive, une mise en forme physique et psychologique devraient permettre à l’individu de mieux gérer les stresseurs de sa vie de travail.

À noter : pour reprendre le travail après un burn out, veillez à le faire en douceur et ne retombez pas dans le même schéma.

Retrouvez la précédente chronique de Luc Brunet : comment survivre à un patron conflictuel.

Luc Brunet
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