Les cadres sont des quiches en anglais, et après ?

Publié le 06 février 2009 Sébastien Tranchant

Au pays du « CV parfait », c'est angoissant de ne pas maîtriser l'anglais. Surtout quand 50 % des entreprises exigent à l'embauche la pratique d'au moins une langue étrangère. Certains parviennent tout de même à mener leur barque sans pour autant faire l'impasse sur les responsabilités. Reste que pour les plus jeunes, le bilinguisme fait souvent la différence.

Si l'envie vous prend de demander aux recruteurs sur quelle partie de leur CV les candidats « enjolivent » le plus leurs compétences, la grande majorité vous répondra : « les langues ». Satanées langues étrangères - anglais en tête - qu'il faut, dit-on, obligatoirement maîtriser pour obtenir un poste à responsabilités. Rappelons tout de même que notre président de la République demeure une quiche en anglais et que Jean-Pierre Raffarin, feu notre premier ministre, avait fait un four lors d'une conférence de presse sur le Traité européen avec une phrase restée dans les annales : « Win, the yes needs the no to win against the no ! » Une perle encore régulièrement visionnée sur les sites de partage vidéo...

Beaucoup survendent leur niveau

Mais revenons à nos moutons et à leur niveau plus ou moins fluent en langues étrangères. Selon une étude récente réalisée par l'Ifop, 49 % des cadres français se disent mal à l'aise lorsqu'ils sont confrontés à une langue étrangère dans leur activité professionnelle, alors que dans le même temps ils sont 75 % à déclarer parler une, voire plusieurs autres langues... Etrange paradoxe, isnt'it ? A moins qu'on arrête l'hypocrisie et que l'on reconnaisse une bonne fois pour toute que les entreprises françaises sont pleines de salariés qui survendent en permanence leur niveau en langue. Ce qui, au passage, demeure inquiétant en matière de compétitivité, selon certains professionnels : « Face au multilinguisme idéalisé, les cadres manquent encore cruellement de compétences et d'outils pour incarner cette compétitivité » déclare Dimitris Sabatakis, président de Systran, leader mondial des technologies de traduction automatique.

« Comme tout le monde, je pipeaute »

Malgré ce constat, les cadres pratiquant l'anglais s'attribuent en moyenne une note « indulgente » se moque (un peu) l'étude de 7,7 / 10. Signe qu'on finit toujours par croire à ses boniments. « J'ai inscrit sur mon CV anglais lu, écrit, parlé, mais je redoute à chaque fois lors d'un entretien qu'on me teste sur mon niveau, reconnaît Erwan, 30 ans, cadre dans l'assurance. La réalité c'est que je me débrouille en anglais mais je ne peux quand même pas écrire ça sur mon CV ! Alors comme tout le monde, je pipeaute...Mais franchement, je ne me considère pas comme le plus nul de mon service. »

L'expérience compense les lacunes

D'autres font le choix inverse et préfèrent la jouer humble sur leur réelle compétence en langue. Comme Thierry, 50 ans, cadre commercial dans une entreprise internationale de matériel médical, de son propre aveu « une truffe en anglais » et par ailleurs - ça ne s'invente pas - marié depuis 20 ans à une canadienne anglophone : « J'ai toujours été franc avec les recruteurs et mes managers sur mon niveau d'anglais car je pouvais mettre en avant d'autres qualités comme mon expérience métier ou encore mon carnet d'adresses, explique-t-il. Et quand ils abordaient directement le sujet, je leur répondais systématiquement par une question : selon vous, qu'est-ce qui est le plus important, la connaissance du produit ou le niveau d'anglais ? » Il poursuit : « A mon niveau, l'anglais est un outil important mais pas indispensable. Je l'utilise à l'occasion de quelques voyages ou encore pour répondre à une quinzaine de mails par jour. Mais je reconnais que si on vise un grand niveau de responsabilités, c'est indispensable. »

Présentation Power Point à Los Angeles

N'empêche, on peut être une « truffe » en anglais et être tout à fait capable de se surpasser. Comme ce jour où Thierry a dû animer une présentation devant 250 collaborateurs lors d'un séminaire international organisé à Los Angeles ! « J'étais forcément un peu angoissé, se souvient-il. Toutefois la présentation s'est bien passée car j'avais fait valider mon discours par un collègue bilingue. Ce que je redoutais le plus c'était le moment où l'assistance allait me poser des questions pour préciser mes propos. J'ai préféré opter pour la transparence en me faisant aider par un manager. J'ai conscience néanmoins de pouvoir bénéficier d'une certaine tolérance grâce au montant de mes ventes. Car si je n'obtenais aucun résultats, il y a longtemps que mes patrons m'auraient filé un coup de gourdin. »

150 mots de vocabulaire suffisent

Même argument pour Chantal, 46 ans, responsable marketing et plus de 25 ans d'expérience dans le business des petites annonces : « C'est l'expérience qui compte même si effectivement il faut pouvoir s'adapter quand on a affaire à un client anglophone. Mais ce n'est pas non plus insurmontable : pour les conversations téléphoniques, je mets le haut-parleur et demande l'aide d'un collègue, et pour les emails je comprends toujours la trame générale donc ça passe. » Surtout que le jargon professionnel se maîtrise beaucoup plus rapidement que la langue de Shakespeare stricto sensu. « Personnellement, je connais 150 termes techniques et ça me suffit pour tisser une relation commerciale avec mon interlocuteur, rapporte Thierry. En revanche, c'est vrai que je suis un peu court pour parler de la pluie et du beau temps mais on ne m'en a jamais tenu rigueur. »

Accélérateur de carrière pour les jeunes

Reste que, lorsqu'on n'a aucun savoir-faire à « vendre » pour compenser son faible niveau d'anglais, la carrière est plutôt mal engagée. C'est pourquoi les jeunes qui arrivent sur le marché de l'emploi « sont quasi obligés de maîtriser une langue étrangère, estime Chantal, car à niveau d'études égal c'est pour eux le seul moyen de se démarquer les uns des autres. » Un constat confirmé par Maxime, 30 ans, acheteur trilingue : « Dans mon entreprise, environ 10 % des cadres sont en contact avec nos clients étrangers et pour espérer en être il fallait obligatoirement que je parle anglais. » Le « pipeautage » a ses limites.

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