Faut-il parler chinois pour travailler en Chine ?

Pauline Bandelier

Vous êtes cadre, vous rêvez de partir à l’étranger et vous avez bien noté que la Chine est un marché d’avenir. Mais… faut-il parler chinois pour évoluer dans l’Empire du Milieu ?

À l’heure où les futurs diplômés recherchent activement leur premier emploi, la Chine continue d’offrir de belles opportunités aux étudiants français qui s’investissent dans la langue et la culture du pays. À moins de 30 ans, Maxime Bourget est déjà directeur général adjoint d’un grand groupe énergétique chinois du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine. Alors que la France subit un ralentissement de son activité économique, le marché chinois, en plein essor, offre en effet de beaux débouchés, notamment aux jeunes cadres, et peut permettre de booster une carrière. À condition toutefois, selon Maxime Bourget, de maitriser correctement le chinois : « Il n’est pas raisonnable, ni même productif, de penser pouvoir gérer un travail d'équipe sans parler la langue de ses collègues.» Un point de vue qui fait encore débat mais qui progresse, même au sein des entreprises françaises, qui « sinisent » progressivement leurs équipes et ont besoin de cadres maitrisant la langue et la culture locale. Cette évolution s’explique aussi par la progression fulgurante en France de l’apprentissage du mandarin, langue officielle chinoise. Ce constat demande toutefois à être nuancé en fonction des secteurs d’activité.

Dans certains secteurs, l’anglais peut suffire au début

Sur les postes de commerciaux, dans la communication ou le marketing, on vous demandera le plus souvent un niveau élevé de mandarin à l’écrit comme à l’oral. Même pour les ingénieurs, « la connaissance du chinois est parfois exigée », rapporte Noëlle Wu, DRH à la chambre de commerce de Shanghai. Dans d’autres domaines, une bonne maitrise de l’anglais sera en revanche suffisante, comme dans la Finance et le contrôle de gestion. À Pékin ou Shanghai, les entreprises françaises n’exigeront généralement pas non plus le chinois pour des postes de direction ou pour ceux qui requièrent une forte expertise technique. Cependant, dans le contexte concurrentiel actuel « parler le chinois peut permettre de faire la différence par rapport aux autres candidats français et étrangers», dit Noëlle Wu. Au-delà de la connaissance de la langue, le recruteur recherche en effet des personnes qui connaissent la culture et les traditions du pays et qui sauront aborder les Chinois sans commettre d’impair.

On manage les Chinois… en chinois

Un besoin que Frédéric Béraha, fondateur et dirigeant de GTE Hong Kong, une société de conseil qui aide les entreprises françaises à se développer en Chine, confirme : « Il est compliqué de gérer des équipes chinoises et un décalage va très vite se créer si l’expatrié ne parle pas chinois.» Ainsi, se reposer exclusivement sur des traducteurs n’est pas sans risque, ces derniers « ne traduisant pas exactement ce qui est dit pour éviter de froisser l’un ou l’autre… », témoigne Jean-Luc Josse, expert en production dans l’industrie du ciment à Pékin. Dans ce contexte, apprendre le chinois sert avant tout à ne pas « juger hâtivement, sur des interprétations fausses, ce qu’on a cru voir ou comprendre », ajoute-t-il. Que ceux qui luttent pour apprendre la langue de Confucius se rassurent, on ne vous demandera pas non plus de parler un chinois irréprochable. « Les chinois sont les premiers conscients de la difficulté d'apprendre le mandarin et je ne reçois jamais de remarques désobligeantes sur mes erreurs de chinois », témoigne Maxime Bourget. En dépit de la compétition grandissante, la Chine offre de réelles chances à saisir, en particulier pour ceux qui font l’effort d’apprendre le mandarin et de s’intéresser à la culture de l’Empire du Milieu.

Pauline Bandelier
Pauline Bandelier

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